{"id":65,"date":"2017-03-18T18:43:03","date_gmt":"2017-03-18T22:43:03","guid":{"rendered":"https:\/\/voixmultiples.com\/?page_id=65"},"modified":"2017-09-25T03:15:26","modified_gmt":"2017-09-25T07:15:26","slug":"outil-lexical","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/outil-lexical\/","title":{"rendered":"Outil Lexical"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;Dans le texte, il y a beaucoup de m\u00e9taphores, c'est po\u00e9tique, \u00e7a suscite l'imaginaire et \u00e7a nous ressemble. \u00c7a nous am\u00e8ne \u00e0 imaginer ce que nos anc\u00eatres ont v\u00e9cu avant nous. En lisant le texte, \u00e7a porte \u00e0 r\u00e9flexion par rapport \u00e0 notre identit\u00e9, notre h\u00e9ritage. Le texte correspond bien \u00e0 ce que mes parents m'ont racont\u00e9. C\u2019est ce qui m'a facilit\u00e9 la t\u00e2che; ce qui se dit dans le texte, je l'ai aussi entendu de mes parents. Les diff\u00e9rentes nations du Qu\u00e9bec, on est tous des Autochtones. \u00c7a vient chercher l'Anicinabe en moi; ce que je vis et ce que j'ai v\u00e9cu, ce que j'ai appris de mes parents.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/a><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Notre histoire, c\u2019est une tradition orale. Il est difficile de savoir exactement comment c\u2019\u00e9tait avant; c\u2019est une histoire qui nous est racont\u00e9e. Le terme que j\u2019ai utilis\u00e9 pour traduire le mot \u00ab histoire \u00bb, c\u2019est \u00ab atisokan \u00bb. \u00ab Atiso \u00bb veut dire \u00ab impr\u00e9gner \u00bb, comme lorsqu\u2019on teint une peau. On parle de notre histoire, de l\u2019histoire de quelqu\u2019un d\u2019autre, ce qui l\u2019impr\u00e8gne. \u00ab Ka wapisitc otatisokan \u00bb veut dire \u00ab l\u2019histoire de l\u2019autre, l\u2019histoire du Blanc \u00bb.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour t\u00e9moigner de l\u2019histoire, il faut conna\u00eetre les mots de nos anc\u00eatres. On peut litt\u00e9ralement dire \u00ab\u2009les histoires que nos anc\u00eatres ont apprises des leurs et qu\u2019ils ont transmises\u2009\u00bb. Ce sont les histoires du pass\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 transmises aux plus jeunes, pour le futur. \u00ab\u2009Histoire\u2009\u00bb se dit simplement \u00ab\u2009tipachimuun\u2009\u00bb. Son fondement est la narration. M\u00eame bas\u00e9 sur des faits, \u00e7a reste une histoire avec le point de vue de quelqu\u2019un sur celle-ci. Alors \u00ab\u2009anshchaa-tipachimuun\u2009\u00bb veut dire \u00ab\u2009histoire\u2009\u00bb. \u00ab\u2009Atiyuu\u2019kan\u2009\u00bb, c\u2019est notre \u00e9vangile, nos l\u00e9gendes. C\u2019est un mot compl\u00e8tement diff\u00e9rent.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, \u00ab histoire \u00bb se traduit par \u00ab tipatshimuna \u00bb; ce que nos a\u00een\u00e9s ont v\u00e9cu. Il y a une distinction \u00e0 faire avec \u00ab atanukana \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re aux l\u00e9gendes.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">histoire<\/a>. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J'ai traduit par \u00ab c'est seulement les Blancs qui ont \u00e9crit l'histoire \u00bb. Le terme \u00ab histoire \u00bb se traduit par \u00ab atisokanan \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">L\u2019histoire est blanche<\/a> Elle transpire la soumission. La <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand les missionnaires vinrent sur le territoire cri, ils dirent \u00e0 notre peuple \u00ab\u2009vos tambours sont mauvais, br\u00fblez-les tous\u2009\u00bb. C\u2019est ce que la plupart des gens ont fait, mais ils avaient l\u2019habitude de danser pour les animaux chaque saison parce que c\u2019\u00e9tait important et essentiel. Alors notre peuple se d\u00e9partit de ses tambours pour jouer du violon. Tout le monde pensait qu\u2019on jouait \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une gigue \u00e9cossaise, ce qui ne fait pas partie de nos traditions. Ce que les pr\u00eatres ne savaient pas, c\u2019est qu\u2019ils observaient des gens giguer, danser et jouer du violon pour des gens qui en fait, dansaient pour les animaux. C\u2019\u00e9tait la seule mani\u00e8re pour nous de continuer \u00e0 danser pour les animaux et leurs esprits sans que les pr\u00eatres ne le sachent. \u00c7a m\u2019a \u00e9tonn\u00e9. Chaque nation a conserv\u00e9 un secret qui appartient aussi \u00e0 chaque nation du Qu\u00e9bec et m\u00eame du Canada.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas ce qui s\u2019est produit dans la t\u00eate de ces gens, pour avoir pris les enfants autochtones et les avoir emmen\u00e9 dans les pensionnats. Ils ont fait \u00e7a avec des Inuit aussi, \u00e7a ne fait pas tr\u00e8s longtemps, ces gens sont encore en vie aujourd\u2019hui. Un autre exemple, il y avait des enfants de Puvirnituq, ils les ont emmen\u00e9s dans une \u00e9cole de politique, pour qu\u2019ils deviennent politiciens, mais \u00e7a n\u2019a pas march\u00e9. C\u2019\u00e9tait stupide, on ne peut pas faire \u00e7a, m\u00eame si c\u2019est fait avec une bonne intention. Le raisonnement est limit\u00e9; ils ne se sont jamais dit que lorsque ces enfants deviendront adultes, ils n\u2019aimeront pas n\u00e9cessairement ce m\u00e9tier. Elle n\u2019est pas si \u00e9volu\u00e9e, la race humaine; en g\u00e9n\u00e9ral, elle est m\u00e9chante. Je donne un autre exemple, l\u2019autre jour mon copain et moi on \u00e9tait au parc, c\u2019\u00e9tait un des premiers jours o\u00f9 il faisait beau et chaud, il y avait beaucoup de monde au parc. Il y avait aussi des bernaches; moi j\u2019ai beaucoup de respect envers les animaux. Il y avait un enfant, d\u2019environ 3-4 ans. Le parent n\u2019a probablement jamais enseign\u00e9 \u00e0 son enfant ce respect, puisque ce dernier a pris un morceau de bois et l\u2019a tir\u00e9 sur la bernache. \u00c7a m\u2019a tellement f\u00e2ch\u00e9, j\u2019avais envie de prendre l\u2019enfant et le chicaner : \u00ab H\u00e9! Ne fais pas \u00e7a \u00e0 l\u2019animal! \u00bb C\u2019est en nous, cette m\u00e9chancet\u00e9. La race humaine fait de l\u2019intimidation; certains trouvent un peuple qu\u2019ils per\u00e7oivent comme inf\u00e9rieur, donc ils vont en abuser. Je le dis de mani\u00e8re tr\u00e8s crue, sans nuances, mais c\u2019est d\u2019une certaine fa\u00e7on comment je le vois. Probablement qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque des pensionnats, avec leur mentalit\u00e9, ils percevaient \u00e7a comme correct. L'esclavage aussi \u00e7a vient me chercher. M\u00eame si on n'\u00e9tait pas n\u00e9cessairement des esclaves, juste d'avoir trait\u00e9 des \u00eatres humains de la sorte, de justifier ce traitement parce qu'ils ne sont pas de la m\u00eame mentalit\u00e9, \u00e7a me f\u00e2che.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">mentalit\u00e9 colonisatrice<\/a> devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il serait faux de classifier de mani\u00e8re rigide \u00ab ceux qui chassent \u00bb, \u00ab ceux qui cultivent \u00bb, \u00ab ceux qui p\u00eachent \u00bb, \u00ab ceux qui cueillent \u00bb. \u00c0 ma connaissance, les nations autochtones du Qu\u00e9bec pouvaient faire plusieurs de ces activit\u00e9s, dans diff\u00e9rentes mesures. Les Ab\u00e9naquis font partie de la grande famille linguistique algonquienne, regroupant des nations consid\u00e9r\u00e9es comme nomades, chasseurs\/cueilleurs, mais ils faisaient aussi de l\u2019agriculture et de la p\u00eache.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Toujours \u00e0 ma connaissance, pour ceux qui faisaient de l\u2019agriculture, jamais le ma\u00efs n\u2019\u00e9tait cultiv\u00e9 seul. Il y avait toujours du compagnonnage avec la courge et le haricot, souvent qualifi\u00e9s des \u00ab trois s\u0153urs \u00bb. Les tiges de ma\u00efs servent de tuteur pour les haricots grimpants. Les haricots enrichissent le sol en azote, ce qui est b\u00e9n\u00e9fique pour le ma\u00efs et la courge. Les grandes feuilles des courges produisent un ombrage qui r\u00e9duit la croissance de \u00ab mauvaises herbes \u00bb et retiens plus d\u2019humidit\u00e9 dans le sol. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">cultivent le ma\u00efs<\/a>. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, ils y a plusieurs concepts diff\u00e9rents, qui r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 ce qu\u2019on regroupe sous le terme \u00ab shaman \u00bb. D\u2019ailleurs, le concept de \u00ab shaman \u00bb d\u00e9coule officiellement des cultures autochtones sib\u00e9riennes. Pour les Ab\u00e9naquis, nous avons retrac\u00e9 : 1. mdawlinno \u00ab celui qui est reli\u00e9 au huard \u00bb, le huard \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme un oiseau poss\u00e9dant des pouvoirs magiques; 2. chamocha, \u00ab celui qui jongle par la pens\u00e9e \u00bb, dont les pouvoirs sont associ\u00e9s \u00e0 la pens\u00e9e; 3. kigawad \u00ab le gu\u00e9risseur \u00bb, celui qui utilise ses pouvoirs pour gu\u00e9rir.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">shamans<\/a> gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;L'imaginaire, ici, je l'ai traduit par \u00ab on r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 \u00bb, \u00ab on pense seulement \u00e0 \u00bb; c'est comme une r\u00e9flexion. Plus tard dans le texte, j'ai utilis\u00e9 un autre concept en anicinabe pour traduire \u00ab imaginaire \u00bb, puisque le contexte n'\u00e9tait pas le m\u00eame. Dans cet autre cas, j'ai traduit \u00ab imaginaire \u00bb par \u00ab un r\u00eave qui n'est pas vrai, qui n'est pas r\u00e9el \u00bb. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">L&#8217;imaginaire<\/a> reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00ab D\u00e9ception \u00bb n'est pas facile \u00e0 traduire en anicinabe. J'ai traduit par \u00ab tristesse, peine \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">d\u00e9ception<\/a>, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Notre histoire, c\u2019est une tradition orale. Il est difficile de savoir exactement comment c\u2019\u00e9tait avant; c\u2019est une histoire qui nous est racont\u00e9e. Le terme que j\u2019ai utilis\u00e9 pour traduire le mot \u00ab histoire \u00bb, c\u2019est \u00ab atisokan \u00bb. \u00ab Atiso \u00bb veut dire \u00ab impr\u00e9gner \u00bb, comme lorsqu\u2019on teint une peau. On parle de notre histoire, de l\u2019histoire de quelqu\u2019un d\u2019autre, ce qui l\u2019impr\u00e8gne. \u00ab Ka wapisitc otatisokan \u00bb veut dire \u00ab l\u2019histoire de l\u2019autre, l\u2019histoire du Blanc \u00bb.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour t\u00e9moigner de l\u2019histoire, il faut conna\u00eetre les mots de nos anc\u00eatres. On peut litt\u00e9ralement dire \u00ab\u2009les histoires que nos anc\u00eatres ont apprises des leurs et qu\u2019ils ont transmises\u2009\u00bb. Ce sont les histoires du pass\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 transmises aux plus jeunes, pour le futur. \u00ab\u2009Histoire\u2009\u00bb se dit simplement \u00ab\u2009tipachimuun\u2009\u00bb. Son fondement est la narration. M\u00eame bas\u00e9 sur des faits, \u00e7a reste une histoire avec le point de vue de quelqu\u2019un sur celle-ci. Alors \u00ab\u2009anshchaa-tipachimuun\u2009\u00bb veut dire \u00ab\u2009histoire\u2009\u00bb. \u00ab\u2009Atiyuu\u2019kan\u2009\u00bb, c\u2019est notre \u00e9vangile, nos l\u00e9gendes. C\u2019est un mot compl\u00e8tement diff\u00e9rent.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, \u00ab histoire \u00bb se traduit par \u00ab tipatshimuna \u00bb; ce que nos a\u00een\u00e9s ont v\u00e9cu. Il y a une distinction \u00e0 faire avec \u00ab atanukana \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re aux l\u00e9gendes.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">histoire<\/a> a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J'ai traduit le concept de \u00ab r\u00e9silience \u00bb par \u00ab ils ont quand m\u00eame pris la vie qui change \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour exprimer le concept de \u00ab r\u00e9silience \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise, j\u2019ai formul\u00e9 par \u00ab oublier la m\u00e9chancet\u00e9, oublier les mauvaises histoires et se souvenir des bonnes \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">r\u00e9silience<\/a>, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J\u2019ai traduit cette phrase par \u00ab nous voulons enlever le fait qu'on ait oubli\u00e9 les Anicinabeg \u00bb..&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective<\/a>. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J\u2019ai eu de la difficult\u00e9 \u00e0 traduire ce terme; j\u2019ai mis \u00ab dans le jour \u00bb, \u00ab tshishikut \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019espace<\/a>. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il y a onze nations au Qu\u00e9bec et m\u00eame si chacune d\u2019elle poss\u00e8de sa propre philosophie, nous sommes tous li\u00e9s. Je savais qu\u2019une partie de ce texte \u00e9tait en lien avec la philosophie crie et qu\u2019une autre \u00e9tait en lien avec les Hurons-Wendats ou les Mohawks. Le texte a r\u00e9ussi \u00e0 tout couvrir. Il y a un fil conducteur.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">Se recr\u00e9er un nous<\/a> pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>Ce nous que l\u2019on veut crier, ce nous en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce nous que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour exprimer \u00ab impossible \u00e0 tuer \u00bb \u00e0 travers la langue ab\u00e9naquise, j\u2019ai indiqu\u00e9 que cette chose \u00ab ne meure jamais \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">impossibles \u00e0 tuer<\/a>. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;On n\u2019a pas de mots pour parler de ce type de lien. On peut parler de liens familiaux, de liens entre les nations, mais on dit plut\u00f4t qu\u2019on appartient \u00e0 la nature.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la pens\u00e9e autochtone, tout est reli\u00e9. Nous sommes attach\u00e9s, reli\u00e9s \u00e0 \u00ab notcimik \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la nature, \u00e0 la for\u00eat, au territoire. On ne peut pas \u00eatre s\u00e9par\u00e9s de \u00ab notcimik \u00bb; on vient de \u00ab notcimik \u00bb, on est issus de \u00ab notcimik \u00bb, \u00ab ni otci \u00bb veut dire \u00ab issu de \u00bb. Tous les \u00e9l\u00e9ments qui en font partie sont reli\u00e9s et forment un tout; arbres, animaux, plantes. C\u2019est pourquoi on consid\u00e8re que si le territoire est perturb\u00e9, nous sommes perturb\u00e9s aussi. On utilise aussi le terme \u00ab aski \u00bb, qui est plus g\u00e9n\u00e9ral. On l\u2019emploie aussi pour parler de la Terre. Lorsqu\u2019on parle d\u2019un \u00ab territoire de trappe \u00bb, on dit \u00ab otatoskeaw aski \u00bb, \u00ab atoskew \u00bb r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la trappe. On peut donc consid\u00e9rer que \u00ab notcimik \u00bb est dans \u00ab aski \u00bb, il fait partie de ce dernier, plus englobant. Nous utilisons aussi \u00ab nitaskinan \u00bb, qui signifie \u00ab notre territoire \u00bb (voir la section \u00ab \u00catre ensemble \u00bb sous le concept \u00ab nous \u00bb pour plus de d\u00e9tails).&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que si on saisit la nature des c\u00e9r\u00e9monies et notre lien avec l\u2019ensemble, c\u2019est surnaturel et c\u2019est vrai. Quand on parlait sommairement des c\u00e9r\u00e9monies, on oubliait qu\u2019elles \u00e9taient primordiales.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature<\/a> fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce cas-ci, j'ai traduit \u00ab imaginaire \u00bb par un concept qui veut dire \u00ab un r\u00eave qui n'est pas vrai, qui n'est pas r\u00e9el \u00bb. Plus t\u00f4t dans le texte, j'ai utilis\u00e9 un autre concept en Anicinabe pour traduire \u00ab imaginaire \u00bb puisque le contexte n'\u00e9tait pas le m\u00eame. Dans ce dernier cas, j'avais traduit \u00ab imaginaire \u00bb par \u00ab on r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 \u00bb, \u00ab on pense seulement \u00e0 \u00bb; c'est davantage une \u00ab r\u00e9flexion \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J\u2019ai eu de la difficult\u00e9 \u00e0 traduire ce terme; j\u2019ai mis \u00ab ce qui n\u2019est pas r\u00e9el \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019imaginaire<\/a>, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Les nomades voyageaient toujours d\u2019une place \u00e0 un autre. Les Mi\u2019gmaqs se d\u00e9pla\u00e7aient \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un m\u00eame territoire. Ils ne fr\u00e9quentaient pas les m\u00eames endroits chaque ann\u00e9e, il y avait une rotation afin de permettre aux populations d\u2019animaux de demeurer en bonne situation. Le territoire de la nation mi\u2019gmaq \u00e9tait \u00e9norme et les ressources du territoire que les Mi\u2019gmaqs utilisaient \u00e9taient tr\u00e8s largement r\u00e9parties. Le nom de la ville de Carleton, en mi\u2019gmaq, se traduit par \u00ab site de campement temporaire \u00bb. Il y a au moins trois diff\u00e9rents lieux dans le territoire mi\u2019gmaq qui ont ce m\u00eame nom. Ce sont des endroits o\u00f9 l\u2019on arr\u00eatait pour faire le plein de provision d\u2019une certaine ressource.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">nomades<\/a>.<\/p>\n<p>Nos cultures se lisent dans notre <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J\u2019ai traduit le concept \u00ab attachement \u00bb par \u00ab ce qui nous tient \u00e0 c\u0153ur \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">attachement<\/a> \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue anicinabe, il est difficile de parler d\u2019un \u00ab esprit \u00bb communautaire. On a plusieurs termes pour parler des esprits, mais dans ce contexte, pour respecter l\u2019id\u00e9e, j\u2019ai plut\u00f4t traduit par une \u00ab vision communautaire \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour les Ab\u00e9naquis, les valeurs d\u2019entraide et de partage \u00e9taient tellement int\u00e9gr\u00e9es qu\u2019il n\u2019y a pas de concept \u00e9quivalent \u00e0 l\u2019\u00ab esprit communautaire \u00bb; je n\u2019en ai pas trouv\u00e9. On parle simplement de \u00ab vivre en communaut\u00e9 \u00bb, qui implique l\u2019entraide et le partage. Sans communaut\u00e9, les Ab\u00e9naquis n\u2019auraient pas pu vivre, survivre.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019esprit communautaire<\/a> Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour parler d\u2019une relation \u00ab harmonieuse \u00bb avec un lieu, j\u2019ai formul\u00e9 \u00ab o\u00f9 quelqu\u2019un se repose \u00bb, \u00ab un endroit de repos \u00bb. Se reposer, c\u2019est \u00eatre en harmonie.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">harmonie avec un lieu<\/a>. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>Le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on parle de \u00ab territoire \u00bb, ou de terre natale, on l\u2019exprime comme \u00ab le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient \u00bb, en tant que peuple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">territoire<\/a> est le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J'ai traduit cette phrase d'une mani\u00e8re que si on parle de la Terre, c'est comme si c'\u00e9tait notre lit, l\u00e0 o\u00f9 on est bien. \u00ab On retourne \u00e0 notre lit, qui est la Terre \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">berceau<\/a> des nations autochtones : notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on parle de \u00ab territoire \u00bb, ou de terre natale, on l\u2019exprime comme \u00ab le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient \u00bb, en tant que peuple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">territoire<\/a> est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on parle de \u00ab territoire \u00bb, ou de terre natale, on l\u2019exprime comme \u00ab le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient \u00bb, en tant que peuple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">territoire<\/a> autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le mot que j'utilise toujours pour traduire le concept de \u00ab droit \u00bb, c'est \u00ab ce qu'on est suppos\u00e9 avoir, ce qu'on est suppos\u00e9 nous donner, ce qui nous est d\u00fb, ce qui nous revient \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">droits<\/a>, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Ce qu\u2019on veut mettre en premier, c\u2019est de travailler \u00e0 transmettre l\u2019importance de faire attention aux \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 la terre. La nature est sensible. En tant qu\u2019humains dans la nature, avec les animaux, il faut veiller \u00e0 la pr\u00e9server pour la garder longtemps.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser<\/a><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci : nous n\u2019avons aucun <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour exprimer le fait que \u00ab quelqu\u2019un a un pouvoir sur quelqu\u2019un d\u2019autre \u00bb, j\u2019ai plut\u00f4t formul\u00e9 que \u00ab cette personne (ou cette chose) est plus forte qu\u2019une autre \u00bb.\">pouvoir<\/a> sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Les perles de wampum sont fabriqu\u00e9es \u00e0 partir du coquillage de palourde (\u00ab quahog \u00bb en anglais); des perles blanches et bleues. Ce coquillage \u00e9tait trouv\u00e9 exclusivement dans la r\u00e9gion occup\u00e9e par les Mi\u2019gmaqs; aux alentours de Caraquet et en Nouvelle-\u00c9cosse. Ce type de coquillage faisait la premi\u00e8re qualit\u00e9 de perles de wampum, qui avaient une grande valeur pour certaines nations. Un de mes amis, qui a de l\u2019ascendance mohawk, m\u2019a racont\u00e9 que des communaut\u00e9s Mohawks avaient exist\u00e9 sur le territoire des Mi\u2019gmaqs, comme partenaires commercial, pour des \u00e9changes entre nations. Les Mohawks s\u2019approvisionnaient donc probablement en perles de wampum chez les Mi\u2019gmaqs. Je sais que des grands \u00ab tournois sportifs \u00bb ont pris place \u00e0 Listuguj il y a tr\u00e8s longtemps. C\u2019\u00e9tait l\u2019occasion pour diff\u00e9rentes nations de s\u2019affronter dans des comp\u00e9titions qui pouvaient durer du lever au coucher du soleil pendant plusieurs jours; par exemple dans un jeu qui pouvait s\u2019apparenter \u00e0 l\u2019actuel soccer. Ces rassemblements \u00e9taient aussi des occasions d\u2019\u00e9changes, par exemple de perles de wampum.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Les wampums ne font pas partie de notre culture traditionnelle. On sait ce que sont les wampums, on a on a d\u00e9j\u00e0 lu sur \u00e7a mais \u00e7a ne provient pas de notre culture. Par contre, comme c\u2019est le cas avec ce texte, c'est plaisant d'en apprendre sur les autres nations.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">wampum<\/a> n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on parle de \u00ab territoire \u00bb, ou de terre natale, on l\u2019exprime comme \u00ab le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient \u00bb, en tant que peuple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">territoire<\/a>, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on parle de \u00ab territoire \u00bb, ou de terre natale, on l\u2019exprime comme \u00ab le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient \u00bb, en tant que peuple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">territoire<\/a>. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pendant des si\u00e8cles, les autochtones ont dit \u00ab\u2009ralentissez, vous allez faire mal \u00e0 la Terre\u2009\u00bb. Nous en sommes rendus au point o\u00f9 le r\u00e9chauffement climatique est devenu r\u00e9alit\u00e9. L\u2019ironie du sort, c\u2019est que les blancs poss\u00e8dent la science qui les rend en mesure de confirmer que la Terre se r\u00e9chauffe, que la calotte glaciaire est en train de fondre. \u00c7a fait des si\u00e8cles que les autochtones le disent. On prend maintenant conscience qu\u2019on est tous dans le m\u00eame bateau. R\u00e9cemment, la science a confirm\u00e9 que la c\u00e9r\u00e9monie de la fum\u00e9e purifie l\u2019air. On le savait aussi\u2009! Un a\u00een\u00e9 m\u2019a confi\u00e9 qu\u2019un des plus grands crimes de l\u2019humanit\u00e9 est d\u2019avoir vol\u00e9 le savoir des esprits. La science appartient aux esprits. Ils l\u2019ont cr\u00e9\u00e9e et nous leur avons vol\u00e9e pour l\u2019utiliser \u00e0 mauvais escient. J\u2019ai trouv\u00e9 que \u00e7a donnait froid dans le dos de penser que plut\u00f4t que de repr\u00e9senter le progr\u00e8s, la science \u00e9tait en fait un vol de savoir auquel on n\u2019avait pas droit en tant qu\u2019\u00eatres humains. C\u2019est un long d\u00e9bat sur le monde spirituel.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">la protection de l\u2019environnement<\/a> et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on parle de \u00ab territoire \u00bb, ou de terre natale, on l\u2019exprime comme \u00ab le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient \u00bb, en tant que peuple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">territoire<\/a> est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers; il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00c0 l\u2019\u00e9poque, quand on voulait chauffer la maison, il fallait aller chercher le bois et le couper, qu\u2019on ait les outils ou pas. Il fallait ensuite faire le feu pour r\u00e9chauffer la maison. Aujourd\u2019hui, on tourne un bouton, un thermom\u00e8tre. Aucun travail n\u2019est requis. On ne peut donc pas pr\u00e9tendre qu\u2019on survit. Les gens s\u2019entraidaient. Ils ne consommaient et ne gaspillaient pas autant. Par contre, m\u00eame pour ma g\u00e9n\u00e9ration, qui a v\u00e9cu dans des maisons bo\u00eetes d\u2019allumettes et sans eau courante, on ne peut pas tenir les choses pour acquises.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">rude \u00e9tait cette vie<\/a> \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour qualifier ces p\u00e9riodes dites \u00ab de famine \u00bb, j\u2019ai formul\u00e9 que \u00ab la nourriture disparaissait \u00bb..&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">famines<\/a> qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00ab Nous sommes les h\u00e9ritiers \u00bb pourrait se traduire par \u00ab ce que nos anc\u00eatres nous ont laiss\u00e9 \u00bb ou \u00ab nos anc\u00eatres nous ont laiss\u00e9 ces choses-l\u00e0 \u00bb. On ne parle pas uniquement de biens mat\u00e9riels; \u00e7a peut \u00eatre des valeurs aussi.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">h\u00e9ritiers<\/a>.<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je crois qu\u2019il serait plus juste de pr\u00e9ciser \u00ab 400 ans d\u2019histoire occidentale en Am\u00e9rique du Nord \u00bb, puisque cette histoire est beaucoup plus ancienne, sur le continent europ\u00e9en. Sur le territoire am\u00e9ricain, il est \u00e9galement bon de nuancer qu\u2019il y a eu documentation de la pr\u00e9sence de p\u00eacheurs basques, bretons, fran\u00e7ais, espagnols, anglais, portugais d\u00e8s 16e si\u00e8cle, et de Vickings aux alentours de l\u2019an 1000.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">400 ans d\u2019histoire occidentale<\/a>, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on parle de \u00ab territoire \u00bb, ou de terre natale, on l\u2019exprime comme \u00ab le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient \u00bb, en tant que peuple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">territoire<\/a>. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que ce passage fait surtout r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la nation innue, au train qui relie Sept-\u00celes \u00e0 Schefferville, et par lequel plusieurs familles acc\u00e8dent \u00e0 leurs territoires, le long de cette voie ferr\u00e9e. Peut-\u00eatre les Nehirowisiwok (Atikameks) utilisaient aussi le train pour acc\u00e9der \u00e0 leur territoire. Par contre, je ne crois pas que \u00e7a repr\u00e9sente bien l\u2019ensemble des nations autochtones du Qu\u00e9bec; je ne crois pas que \u00e7a puisse s\u2019appliquer aux Ab\u00e9naquis, autrement que lorsqu\u2019ils allaient vendre des paniers de vannerie, au 19e si\u00e8cle, dans les lieux de vill\u00e9giature de la c\u00f4te Est (\u00e9tats du New Hampshire, de New York).&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">prendre le train<\/a>, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on parle de \u00ab territoire \u00bb, ou de terre natale, on l\u2019exprime comme \u00ab le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient \u00bb, en tant que peuple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">territoire<\/a>.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Au d\u00e9part, nous sommes tous humains, d\u2019o\u00f9 l\u2019utilisation de \u00ab iriniw \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab l\u2019\u00eatre humain \u00bb. \u00ab Irin \u00bb, c\u2019est la racine, la source, l\u2019origine, la puret\u00e9. \u00ab Iriniw \u00bb, c\u2019est l\u2019humain d\u2019origine, la source de l\u2019humain. \u00ab Mowiso \u00bb c\u2019est l\u2019action de faire la cueillette, et \u00ab atoske \u00bb l\u2019action de chasser.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">CHASSEUR-CUEILLEUR<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le respect entre le chasseur et l\u2019animal est tr\u00e8s important. \u00ab Kicteritcikewin \u00bb, c\u2019est un respect r\u00e9ciproque. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">respect<\/a> envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Ce qu\u2019on nomme \u00ab mythe \u00bb, c\u2019est une histoire qui explique quelque chose; une explication consid\u00e9r\u00e9e comme v\u00e9ridique. Je l\u2019ai donc nomm\u00e9 \u00ab croyances \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">mythes<\/a>, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;On nomme ces animaux, reli\u00e9s aux personnes, comme \u00ab totems \u00bb; c\u2019est un animal \u00e0 l\u2019image de la personne, consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab animal-anc\u00eatre \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs<\/a>. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le respect entre le chasseur et l\u2019animal est tr\u00e8s important. \u00ab Kicteritcikewin \u00bb, c\u2019est un respect r\u00e9ciproque. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">respect<\/a>. Il y a une mani\u00e8re et un temps : avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J'ai traduit \u00ab reproduction \u00bb par \u00ab une femelle qui veut avoir des petits et qui est pr\u00eate \u00bb. Le concept de reproduction comme \u00ab acte sexuel \u00bb est tabou, \u00e7a ne se dit pas comme \u00e7a en Anicinabe. \u00c7a se dit mais \u00e7a conserve une connotation vulgaire; je l'ai exprim\u00e9 autrement dans le contexte de ce texte.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">reproduction<\/a>, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand on \u00e9tait sur le territoire avec un objectif en t\u00eate, la terre accentuait l\u2019objectif et permettait de l\u2019atteindre. Par exemple, si on chassait, m\u00eame si c\u2019est parfois difficile, si on en avait l\u2019intention, on trouvait le caribou. Le caribou r\u00e9agissait \u00e0 l\u2019intention parce que lui aussi connaissait l\u2019univers. C\u2019est fou et intense\u2009! C\u2019est ce qui nous lie. Nous faisons tous partie de l\u2019univers.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">r\u00f4le dans l\u2019univers<\/a> et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour parler de ce moment, de cette dynamique, j\u2019ai formul\u00e9 que \u00ab le chasseur et l\u2019animal se rencontrent \u00bb; c\u2019est une relation d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal. L\u2019animal sait qu\u2019il va mourir, et il en connait aussi la raison.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">qu\u2019il vient vers le chasseur<\/a>.<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le concept d\u2019\u00ab artisanat \u00bb n\u2019existe pas comme tel dans la langue ab\u00e9naquise; je n\u2019en ai pas trouv\u00e9. J\u2019ai formul\u00e9 \u00ab fabriquer de beaux objets pour les vendre \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">pratiques artisanales<\/a>, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J'ai traduit \u00ab reproduction \u00bb par \u00ab une femelle qui veut avoir des petits et qui est pr\u00eate \u00bb. Le concept de reproduction comme \u00ab acte sexuel \u00bb est tabou, \u00e7a ne se dit pas comme \u00e7a en Anicinabe. \u00c7a se dit mais \u00e7a conserve une connotation vulgaire; je l'ai exprim\u00e9 autrement dans le contexte de ce texte.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">reproduction<\/a>. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le partage de la nourriture se faisait pour remplir les besoins de la communaut\u00e9. Si certains a\u00een\u00e9s avaient besoin de nourriture, certains allaient partir \u00e0 la chasse pour eux. La chasse, la p\u00eache, la cueillette visaient \u00e0 remplir les besoins de la communaut\u00e9 plus que de l\u2019individu. Parfois, des chasseurs partaient pour une p\u00e9riode de chasse intensive. Ce qu\u2019ils ne pouvaient pas transporter avec eux pour retourner \u00e0 la communaut\u00e9, ils le cachaient \u00e0 quelque part et ils informaient d\u2019autres membres de la communaut\u00e9 de ces r\u00e9serves. Ces derniers se rendaient alors \u00e0 l\u2019endroit indiqu\u00e9 pour r\u00e9cup\u00e9rer les biens. \u00c7a se d\u00e9roulait encore dans les ann\u00e9es 1940-50. Plus au nord, des s\u00e9ances de chasse et de cueillette, durant les p\u00e9riodes estivales, afin de combler les besoins alimentaires, \u00e7a a continu\u00e9 jusque dans les ann\u00e9es 60-70, mais pour les Mi\u2019gmaq, \u00e7a s\u2019est termin\u00e9 beaucoup plus t\u00f4t.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd\u2019hui, il y a des p\u00eaches et des chasses communautaires, afin de pouvoir servir et partager de la nourriture traditionnelle lors de festivit\u00e9s. Par contre, les lois et r\u00e8glementations en place concernant l\u2019alimentation et la sant\u00e9 rendent ces partages souvent difficiles, voire les compromettent.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">partage ses captures<\/a> avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, un mot signifie \u00ab bo\u00eete \u00e0 glace \u00bb; \u00e7a r\u00e9f\u00e8re aux anciens cong\u00e9lateurs (glaci\u00e8res), avant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">cong\u00e9lateurs<\/a> a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que le caribou est un animal tr\u00e8s important pour les Innus, les Naskapis, les Inuit; pour certaines nations qui parcouraient les territoires plus nordiques. Pour les Ab\u00e9naquis, c\u2019est l\u2019orignal qui prenait cette importance. C\u2019est l\u2019orignal qu\u2019on retrouve sur des p\u00e9troglyphes attribuables aux anc\u00eatres des Ab\u00e9naquis. Dans les r\u00e9cits qu\u2019on retrouve o\u00f9 un \u00ab shaman \u00bb se transforme en un animal, il s\u2019agit encore de l\u2019orignal; c\u2019est lui qui poss\u00e8de une dimension \u00ab mythique \u00bb, ou \u00e0 tout le moins, qui semble plus important.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">caribou ou de l\u2019orignal<\/a> est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J\u2019ai eu de la difficult\u00e9 \u00e0 traduire ce terme; j\u2019ai indiqu\u00e9 \u00ab un caribou couch\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">carcasses<\/a> d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es, et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le respect entre le chasseur et l\u2019animal est tr\u00e8s important. \u00ab Kicteritcikewin \u00bb, c\u2019est un respect r\u00e9ciproque. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">respect<\/a> envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00ab Mantokasowin \u00bb comprend \u00ab manito \u00bb, qui veut dire \u00ab \u00eatre supr\u00eame \u00bb et \u00ab kaso \u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une action, \u00e0 faire quelque chose, au mouvement. \u00ab Kaso \u00bb est toujours associ\u00e9 \u00e0 une autre composante, comme dans \u00ab kicikaso \u00bb (quelqu\u2019un qui pose l\u2019action de payer, \u00ab kici \u00bb faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la paye) ou \u00ab mikaso \u00bb (quelqu\u2019un qui pose l\u2019action de battre quelqu\u2019un d\u2019autre, \u00ab mi \u00bb faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la bataille). \u00ab Kaso \u00bb, c\u2019est ce qui est en mouvement, ce qui agit, qui est anim\u00e9 par l\u2019\u00eatre supr\u00eame qui met tout en mouvement. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00ab Spiritualit\u00e9 \u00bb se traduit par \u00ab tapueienitamun \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des \u00ab croyances \u00bb. On conna\u00eet ce mot des traditionalistes, et on l\u2019utilise souvent dans l\u2019expression ; \u00ab chacun ses croyances \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00ab Sacr\u00e9 \u00bb je ne sais pas comment le dire en Inuktitut, sinon \u00e7a sonne beaucoup \u00ab \u00c9glise \u00bb, puisque les Inuit sont extr\u00eamement religieux. M\u00eame si les Inuit sont devenus tr\u00e8s chr\u00e9tiens, on a quand m\u00eame une forte croyance envers les esprits, soit mauvais ou bons, des \u00eatres qui vivent dans la nature. On a d\u00e9laiss\u00e9 beaucoup la pratique chamanique, mais ce monde-l\u00e0 (des esprits) n'a pas fini d'exister; il existe encore. Les histoires m\u00e9langent ces croyances avec cette \u00ab spiritualit\u00e9 \u00bb chr\u00e9tienne. Et je trouve que \u00e7a fait un bon m\u00e9lange!&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">SPIRITUALIT\u00c9<\/a><\/strong><\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J'ai eu de la difficult\u00e9 \u00e0 traduire \u00e7a. J\u2019ai traduit par \u00ab de la naissance jusqu'\u00e0 la mort, on nous a donn\u00e9 la vie \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Nous voyons la vie et la mort reli\u00e9es, dans un m\u00eame cercle infini. Quand tu viens au monde, \u00e7a implique aussi que tu vas mourir; tu nais, tu meurs. Le tambour symbolise ce cycle de vie et de mort; son battement est infini; le battement de la vie.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La vie c\u2019est difficile \u00e0 traduire. \u00ab Entre la naissance et la mort \u00bb, \u00e7a va bien, mais \u00ab la vie \u00bb; pour nous elle n\u2019a pas de fin, elle continue quand m\u00eame apr\u00e8s la mort.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire<\/a>. Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, les concepts d\u2019\u00e2me et d\u2019esprit r\u00e9f\u00e8rent au m\u00eame mot, il n\u2019y pas de distinction.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019esprit<\/a> qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, les concepts d\u2019\u00e2me et d\u2019esprit r\u00e9f\u00e8rent au m\u00eame mot, il n\u2019y pas de distinction.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019esprit<\/a> des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le mot \u00ab tambour \u00bb se traduit par le mot \u00ab tewehikan \u00bb, mais dans le fond, c\u2019est une contraction. Le vrai mot, \u00e0 l\u2019origine, pourrait s\u2019\u00e9crire \u00ab Otewehikan \u00bb, mais en pronon\u00e7ant on perd ce \u00ab o \u00bb, presque muet, d\u2019o\u00f9 l\u2019orthographe standardis\u00e9 \u00ab tewehikan \u00bb. \u00c7a soul\u00e8ve le fait que ce mot comprend le concept \u00ab otehi \u00bb, qui veut dire \u00ab c\u0153ur \u00bb. Le tambour est donc \u00ab l\u2019objet du c\u0153ur \u00bb ou \u00ab l\u2019instrument du c\u0153ur \u00bb, qui bat lui aussi.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai aucun souvenir de la pr\u00e9sence des tambours pour notre nation (ni d\u2019en avoir lu la documentation). Nos anc\u00eatres produisaient des sons avec ce qu\u2019ils avaient autour d\u2019eux. J\u2019ai un enregistrement du Mus\u00e9e canadien de l\u2019histoire qui date de 1912. Il y a une ou deux chansons o\u00f9 on peut entendre, en plus des chants, le battement d\u2019un morceau d\u2019\u00e9corce de bouleau. L\u2019\u00e9corce, une fois enlev\u00e9e de l\u2019arbre, en s\u00e9chant, s\u2019enroulait sur elle-m\u00eame. Lorsqu\u2019on frappait ce \u00ab rouleau \u00bb d\u2019\u00e9corce, \u00e7a produisait un son sourd. L\u2019apparition du tambour, pour les Mi\u2019gmaq, est beaucoup plus r\u00e9cente; j\u2019en ai quelques-uns chez moi.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que c\u2019est par le tambour que les Ab\u00e9naquis pouvaient communiquer avec les esprits. J\u2019ai pu trouver mention de diff\u00e9rents mots pour qualifier le tambour. Celui utilis\u00e9 exclusivement par le \u00ab shaman \u00bb se nomme P8b8na. Le tambour plus \u00ab g\u00e9n\u00e9rique \u00bb, sans fonction particuli\u00e8re, \u00ab l\u2019objet sur lequel on tape \u00bb, se nomme pakholigan.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">tambour<\/a>.<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, les concepts d\u2019\u00e2me et d\u2019esprit r\u00e9f\u00e8rent au m\u00eame mot, il n\u2019y pas de distinction.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">esprits<\/a>. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le mot \u00ab tambour \u00bb se traduit par le mot \u00ab tewehikan \u00bb, mais dans le fond, c\u2019est une contraction. Le vrai mot, \u00e0 l\u2019origine, pourrait s\u2019\u00e9crire \u00ab Otewehikan \u00bb, mais en pronon\u00e7ant on perd ce \u00ab o \u00bb, presque muet, d\u2019o\u00f9 l\u2019orthographe standardis\u00e9 \u00ab tewehikan \u00bb. \u00c7a soul\u00e8ve le fait que ce mot comprend le concept \u00ab otehi \u00bb, qui veut dire \u00ab c\u0153ur \u00bb. Le tambour est donc \u00ab l\u2019objet du c\u0153ur \u00bb ou \u00ab l\u2019instrument du c\u0153ur \u00bb, qui bat lui aussi.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai aucun souvenir de la pr\u00e9sence des tambours pour notre nation (ni d\u2019en avoir lu la documentation). Nos anc\u00eatres produisaient des sons avec ce qu\u2019ils avaient autour d\u2019eux. J\u2019ai un enregistrement du Mus\u00e9e canadien de l\u2019histoire qui date de 1912. Il y a une ou deux chansons o\u00f9 on peut entendre, en plus des chants, le battement d\u2019un morceau d\u2019\u00e9corce de bouleau. L\u2019\u00e9corce, une fois enlev\u00e9e de l\u2019arbre, en s\u00e9chant, s\u2019enroulait sur elle-m\u00eame. Lorsqu\u2019on frappait ce \u00ab rouleau \u00bb d\u2019\u00e9corce, \u00e7a produisait un son sourd. L\u2019apparition du tambour, pour les Mi\u2019gmaq, est beaucoup plus r\u00e9cente; j\u2019en ai quelques-uns chez moi.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que c\u2019est par le tambour que les Ab\u00e9naquis pouvaient communiquer avec les esprits. J\u2019ai pu trouver mention de diff\u00e9rents mots pour qualifier le tambour. Celui utilis\u00e9 exclusivement par le \u00ab shaman \u00bb se nomme P8b8na. Le tambour plus \u00ab g\u00e9n\u00e9rique \u00bb, sans fonction particuli\u00e8re, \u00ab l\u2019objet sur lequel on tape \u00bb, se nomme pakholigan.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">tambour<\/a> pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand je pense au boomerang en Australie, c\u2019est un angle particulier sur une structure particuli\u00e8re. Je ne vois pas comment un aborig\u00e8ne aurait pu marcher au bord d\u2019une rivi\u00e8re, trouver un morceau de bois ayant cette forme et le lancer pour qu\u2019il revienne vers lui. Pour moi, c\u2019est un mod\u00e8le venu d\u2019un r\u00eave, quelque chose de murmur\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille de quelqu\u2019un. Ils l\u2019ont construit et ont travaill\u00e9 sur le mod\u00e8le, puis \u00e7a a fonctionn\u00e9. Ils \u00e9taient faits pour fonctionner. Je ne peux simplement pas croire que c\u2019\u00e9tait presque un hasard. Je crois aussi que le langage vient des r\u00eaves. C\u2019est un don.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">r\u00eaves<\/a> redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, il n\u2019y a pas d\u2019accord par le f\u00e9minin et le masculin; l\u2019accord se fait plut\u00f4t par \u00ab l\u2019anim\u00e9 \u00bb et \u00ab l\u2019inanim\u00e9 \u00bb. Lorsque nous parlons des os des \u00eatres vivants, on consid\u00e8re ces os comme \u00ab inanim\u00e9s \u00bb, mais les os des morts deviennent \u00ab anim\u00e9s \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">ossements<\/a> de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concept de \u00ab mus\u00e9e \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise; je l\u2019ai exprim\u00e9 comme le \u00ab lieu o\u00f9 on voit des choses extraordinaires \u00bb, selon la d\u00e9finition d\u2019en a faite Henry-Lorne Masta.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">mus\u00e9es<\/a> ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00ab Mythes fondateurs \u00bb j'ai mis \u00ab des histoires qui ne sont pas vraies \u00bb; \u00ab anica \u00bb veut dire \u00ab pas vrai \u00bb. C'est une le\u00e7on de vie, une all\u00e9gorie, mais \u00e7a reste un mythe; ce sont des histoires qui ont \u00e9t\u00e9 racont\u00e9es, mais ce n'est pas comme des faits v\u00e9ridiques, elles sont plus ou moins vraies. Plus loin, quand je parle des l\u00e9gendes, ce sont \u00ab des histoires qui se sont pass\u00e9s de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, et qui comprennent des le\u00e7ons de vie; c'est une \u00e9cole de la vie \u00bb. Une l\u00e9gende et un mythe fondateur, c'est un peu la m\u00eame chose, \u00e7a se ressemble.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je traduis \u00ab l\u00e9gende \u00bb par \u00ab atisokan \u00bb, comme pour \u00ab l\u2019histoire \u00bb; c\u2019est la m\u00eame chose pour nous. Les l\u00e9gendes racontent l\u2019histoire. Ce sont des histoires qui on demeur\u00e9s inchang\u00e9es et qui se sont transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ces histoires qu\u2019on a surv\u00e9cu. Jadis, il n\u2019y avait pas de t\u00e9l\u00e9vision, pas de radio; c\u2019\u00e9tait par les l\u00e9gendes que les enfants pouvaient conna\u00eetre l\u2019histoire. On racontait toujours les m\u00eames histoires, aux m\u00eames \u00e2ges et au m\u00eame moment de la journ\u00e9e. \u00c0 force de conter les m\u00eames l\u00e9gendes, les enfants enregistrent et en venaient \u00e0 \u00eatre capables de les raconter \u00e0 leur tour. On racontait des l\u00e9gendes m\u00eame si l\u2019enfant dormait, parce qu\u2019il enregistre quand m\u00eame. Je racontais certaines l\u00e9gendes \u00e0 mon fils quand il avait cinq ans, aujourd\u2019hui il en a seize et il ne les a pas oubli\u00e9es. Il va \u00eatre capable de les raconter \u00e0 son tour.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;On retrouve les m\u00eames l\u00e9gendes, \u00e0 quelques variations pr\u00e8s, dans plusieurs nations. Comme la l\u00e9gende de \u00ab Tcakapec \u00bb par exemple. C\u2019est un personnage, un peu comme notre sauveur. D\u2019une nation \u00e0 une autre, son \u00ab image \u00bb va changer; parfois c\u2019est un li\u00e8vre, parfois un petit militaire, parfois on le pr\u00e9sente comme un \u00ab vrai \u00bb personnage, parfois comme un personnage mythique. Parfois aussi, certaines nations ont certains bouts d\u2019une histoire, et d\u2019autres nations vont avoir d\u2019autres bouts; certains en communs, d\u2019autres diff\u00e9rents. Il serait int\u00e9ressant de tout rassembler pour former une l\u00e9gende commune.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour les mythes fondateurs, j\u2019ajoute \u00ab kitci \u00bb \u00e0 \u00ab atisokan \u00bb. \u00ab Kitci \u00bb veut dire \u00ab quelque chose d\u2019immense, de grande valeur \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00ab L\u2019histoire \u00bb, comme la mati\u00e8re scolaire, se traduit par \u00ab tipatshimuna \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ce que nos a\u00een\u00e9s ont v\u00e9cu. Il y a une distinction \u00e0 faire avec \u00ab atanukana \u00bb r\u00e9f\u00e8re aux l\u00e9gendes et aux mythes, qui se disent de la m\u00eame fa\u00e7on. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la culture ab\u00e9naquise, il est m\u00eame dit que \u00ab nous \u00e9tions des animaux \u00bb il y a tr\u00e8s longtemps, que nous avons un anc\u00eatre commun avec les animaux.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">anc\u00eatre animal<\/a> et que celui-ci d\u00e9terminait le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;En tant qu\u2019Anicinabe, je ne me suis pas reconnue quand il \u00e9tait question des clans et de se nommer comme des animaux selon des traits de caract\u00e8res similaires. Je suis all\u00e9 voir les personnes \u00e2g\u00e9es \u00e0 la maison des a\u00een\u00e9s, et ils n'\u00e9taient pas au courant de cette pratique chez les Anicinabe, pour aussi loin qu'ils se souviennent. C'\u00e9tait le seul \u00e9l\u00e9ment auquel je ne me suis pas identifi\u00e9 en tant qu'Anicinabe.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">clan<\/a> auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J\u2019ai traduit \u00ab la l\u00e9gende est intemporelle \u00bb par \u00ab une histoire qui n'est pas exactement vrai mais qui est comme un r\u00eave, qui fait partie de l'imaginaire comme un r\u00eave \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">intemporelle<\/a>. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J'ai eu de la difficult\u00e9 \u00e0 traduire \u00ab po\u00e8me \u00bb. J'ai l\u2019ai traduit par \u00ab la transposition en \u00e9crit des pens\u00e9es d'une personne \u00bb, ou \u00ab les pens\u00e9es \u00e9crites d'une personne \u00bb. Ce n'est pas l'intelligence, ce sont les pens\u00e9es; imaginaires, positives ou n\u00e9gatives.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il n\u2019y a pas de concept \u00e9quivalent aux \u00ab po\u00e8mes \u00bb ou \u00e0 la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. J\u2019ai formul\u00e9 par de \u00ab beaux \u00e9crits \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">po\u00e8mes<\/a>. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui est int\u00e9ressant avec les l\u00e9gendes, c\u2019est qu\u2019on en parle comme si elles \u00e9taient vivantes. En langue crie, ils en parlent comme si c\u2019\u00e9tait un \u00eatre, une personne. C\u2019est une chose vivante venue prodiguer un enseignement. La l\u00e9gende nous aide dans notre vie et dans notre survie. On la respecte. Elle poursuit un objectif. On peut donc lui conf\u00e9rer la vie. J\u2019ai pris conscience de son importance. Il y avait un jeune homme ayant accompli une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 Grande Rivi\u00e8re de la Baleine. C\u2019\u00e9tait une tente tremblante, sa premi\u00e8re. Un des esprits \u00e9tant apparu est Tshakapesh, l\u2019homme traquant le soleil. On se disait \u00ab\u2009quoi\u2009? Pourquoi est-il apparu dans une c\u00e9r\u00e9monie ne faisant presque pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa l\u00e9gende\u2009? \u00bb. J\u2019ai alors pris conscience que nos l\u00e9gendes sont pr\u00e9sentes, c\u2019est un endroit dans lequel les \u00eatres humains sont parfois admis. Elles ont l\u2019\u00e9norme pouvoir de t\u00e9moigner de quelque chose. \u00c0 un moment ou \u00e0 un autre, j\u2019ai v\u00e9cu une grande partie du contenu de ces l\u00e9gendes. Ces histoires font partie de nous, qu\u2019on y croie ou pas. J\u2019ai de la difficult\u00e9 \u00e0 croire que quelqu\u2019un ait pu inventer ces histoires, qui sont devenues le rythme d\u2019une culture. Il y a d\u00e9finitivement une partie vivante dans celles-ci.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">La l\u00e9gende est vivante<\/a>. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr\u00e9ateur&lt;\/strong&gt;Un linguiste m\u2019a expliqu\u00e9 que le mot \u00ab\u2009Dieu\u2009\u00bb n\u2019existait pas en langue crie. On connaissait simplement Dieu et on n\u2019avait pas \u00e0 s\u2019adresser \u00e0 lui, \u00e0 elle ou \u00e0 \u00e7a. Nous avons un mot pour d\u00e9finir Dieu parce que la Bible nous a apport\u00e9 le Diable. Le mot \u00ab\u2009Diable\u2009\u00bb avait besoin d\u2019un antonyme. \u00ab\u2009Manituu\u2009\u00bb veut dire \u00ab\u2009esprit\u2009\u00bb, le grand \u00ab\u2009mishemanituu\u2009\u00bb est donc le diable (ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement Satan, c\u2019est simplement un mauvais esprit). Son antonyme est \u00ab\u2009kishemanituu\u2009\u00bb, le grand esprit. Il ne s\u2019agit pas du cr\u00e9ateur de tout l\u2019univers. Quand j\u2019ai su \u00e7a, le mot que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 utiliser pour \u00ab\u2009cr\u00e9ateur\u2009\u00bb est le \u00ab\u2009donneur de vie de toutes les choses\u2009\u00bb. C\u2019est un autre mot qui ne veut pas dire Dieu. C\u2019est un \u00e9tat de conscience.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00c0 ma connaissance, dans les l\u00e9gendes et les histoires autochtones ou cries, il n\u2019y a pas qu\u2019un seul diable. Il y a des mauvais esprits, comme des cannibales ou des choses qui vont vous manger la nuit, mais c\u2019est tout. Je trouve \u00e7a fascinant. Il n\u2019y a pas de complexe du Messie. On n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre sauv\u00e9. On n\u2019est pas n\u00e9 p\u00e9cheur. Il n\u2019y a pas ce gars qui va revenir nous chercher pour nous amener au ciel. J\u2019ai entendu une histoire \u00e0 propos d\u2019un chaman. Il allait bien m\u00eame durant la famine et le pr\u00eatre l\u2019a convaincu qu\u2019il communiquait avec le diable et les mauvais esprits. Il devait abandonner tout \u00e7a et se convertir au christianisme. Il lui a offert une Bible. Le chaman est retourn\u00e9 sur le territoire, abandonnant sa spiritualit\u00e9. Ils l\u2019ont retrouv\u00e9 mort, la Bible sur sa poitrine.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;H\u00e9ros surnaturels&lt;\/strong&gt;&lt;br \/&gt; Quand les autochtones se rassemblent, j\u2019ai remarqu\u00e9 qu\u2019on commence par parler d\u2019histoires de chasse, puis de surnaturel. C\u2019est l\u00e0 que la magie op\u00e8re. Un jour que nous \u00e9tions en Allemagne, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 parler de c\u00e9r\u00e9monies et de tentes de sudation. Les Allemands \u00e9taient curieux. Nous avons parl\u00e9 de c\u00e9r\u00e9monies de grande puissance, de tentes tremblantes, de danse du soleil et m\u00eame des petites personnes, les farfadets. Comme partout dans le monde, il y a de petites personnes au Canada. Quand on parlait des petites personnes, une documentariste australienne a fortement r\u00e9agi et a expliqu\u00e9 : \u00ab\u2009quand j\u2019\u00e9tais enfant et que ma grand-m\u00e8re avait un certain \u00e2ge, elle parlait des petites personnes. Un jour, alors que je produisais un documentaire, j\u2019\u00e9tais dans ma chambre d\u2019h\u00f4tel et j\u2019ai regard\u00e9 par la fen\u00eatre. Il y avait une petite personne sur le rebord de la fen\u00eatre. On dirait qu\u2019elle dansait comme si elle voulait m\u2019emb\u00eater. J\u2019ai paniqu\u00e9\u2009! La premi\u00e8re personne \u00e0 laquelle j\u2019ai pens\u00e9 est ma grand-m\u00e8re. J\u2019ai appel\u00e9 grand-maman, elle a d\u00e9croch\u00e9, heureuse de m\u2019entendre. Grand-maman, il y a une de ces petites personnes. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 rire et a dit de lui laisser quelques pi\u00e8ces de monnaie, quelques bonbons, des choses qui brillent. Dis-lui de te laisser tranquille et elle va le faire\u2009\u00bb. C\u2019est dr\u00f4le parce que m\u00eame au Canada, nos petites personnes sont friandes de petites choses qui brillent. C\u2019est la m\u00eame chose, mais \u00e0 l\u2019autre bout du monde\u2009! Elle \u00e9tait tellement heureuse de pouvoir partager cette histoire sans passer pour une folle\u2009! \u00c7a m\u2019impressionne quand les gens ont ce genre de discussion. Le monde devient int\u00e9ressant\u2009! J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre que si les autochtones voient ces choses, c\u2019est parce qu\u2019ils appartiennent au territoire et le territoire, la Terre M\u00e8re, nous r\u00e9v\u00e8le ses secrets quand elle nous fait confiance. Elle sait qu\u2019on l\u2019aime, la prot\u00e8ge et la repr\u00e9sente. Elle nous partage donc ses secrets. La Terre ne fera jamais vivre cette exp\u00e9rience aux non-autochtones parce que le territoire ne les conna\u00eet pas.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Chaque nation avait ses l\u00e9gendes et ses mythes. Nous, les Mi\u2019gmaq, avions Gluskap; un mod\u00e8le (\u00ab role model \u00bb en anglais) qui \u00e9tait aussi g\u00e9ant, et qui joue un grand r\u00f4le dans notre histoire. C\u2019\u00e9tait une personne avec de bonnes intentions. Si les choses se d\u00e9roulaient mal, il avait le pouvoir de r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre. Quand les missionnaires sont arriv\u00e9s, ils l\u2019ont d\u00e9monis\u00e9 et consid\u00e9r\u00e9 comme un menteur. C\u2019\u00e9tait surtout une fa\u00e7on de d\u00e9tourner les Mi\u2019gmaqs contre leurs propres croyances. Par exemple, une nation de l\u2019Ontario croit en un grand esprit positif, supr\u00eame, qu\u2019ils nomment \u00ab Manitou \u00bb. Chez les Mi\u2019gmaqs, on retrouve \u00ab Mendou \u00bb, mais cette fois-ci il est question de Diable. Il faut sp\u00e9cifier que les Mi\u2019gmaqs ont \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9s par les missionnaires tr\u00e8s t\u00f4t; d\u00e8s 1610 il y avait des bapt\u00eames document\u00e9s de Mi\u2019gmaqs. Donc, pour cet exemple, le \u00ab Dieu \u00bb des Mi\u2019gmaqs est devenu, aux yeux et aux dires des missionnaires, le Diable, alors que le Dieu chr\u00e9tien allait le remplacer. Pourtant, il n\u2019y avait aucune pr\u00e9sence du \u00ab Diable \u00bb dans les r\u00e9cits Mi\u2019gmaqs, m\u00eame dans ceux rapport\u00e9s par des Europ\u00e9ens dans les ann\u00e9es 1950. Les missionnaires ont syst\u00e9matiquement remplac\u00e9 les \u00ab Dieux autochtones \u00bb par leur propre Dieu, convertissant les Dieux autochtones en D\u00e9mons.&lt;br \/&gt; Ste-Anne est une figure de la religion catholique qui est tr\u00e8s importante, encore aujourd\u2019hui, pour bon nombre d\u2019Autochtones. Pourquoi? En fait, il faut se rappeler que Ste-Anne \u00e9tait la grand-m\u00e8re de J\u00e9sus, et que les Autochtones ont toujours eu un tr\u00e8s grand respect pour les a\u00een\u00e9s. Les missionnaires ont donc mis l\u2019emphase sur cette \u00ab grand-m\u00e8re \u00bb, afin d\u2019attirer le respect des Autochtones envers cette religion et leur donner des rep\u00e8res.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, il y a plusieurs niveaux de \u00ab cr\u00e9ateurs \u00bb, mais je n\u2019en connais pas la hi\u00e9rarchie. J\u2019ai pu trouver trace du tabaldak, \u00ab le ma\u00eetre de tout, celui qui dirige \u00bb. Autrement, il y a diff\u00e9rents niwaskok, \u00ab des esprits \u00bb (niwaskw au singulier) qui jouent diff\u00e9rents r\u00f4les.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis<\/a>, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00ab L\u2019ami \u00bb, \u00e7a ne se dit pas comme \u00e7a. \u00ab Uitsheuakana \u00bb ou \u00ab matshi-uitsheuakana \u00bb; si on le met en possession \u00e7a va; \u00ab mon ami \u00bb, \u00ab ton ami \u00bb. Mais \u00ab un ami \u00bb ou \u00ab l\u2019ami de \u00bb, \u00e7a se dit mal.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019amie<\/a> de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas pu trouver de concept \u00e9quivalent \u00e0 la \u00ab philosophie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise; je l\u2019ai exprim\u00e9 par les actions de \u00ab penser, r\u00e9fl\u00e9chir, consid\u00e9rer \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">philosophe<\/a>, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s : cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concept \u00e9quivalent \u00e0 la \u00ab luxure \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. J\u2019ai alors utilis\u00e9 le concept de \u00ab richesse \u00bb. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">luxure<\/a>, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, ils y a plusieurs concepts diff\u00e9rents, qui r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 ce qu\u2019on regroupe sous le terme \u00ab shaman \u00bb. D\u2019ailleurs, le concept de \u00ab shaman \u00bb d\u00e9coule officiellement des cultures autochtones sib\u00e9riennes. Pour les Ab\u00e9naquis, nous avons retrac\u00e9 : 1. mdawlinno \u00ab celui qui est reli\u00e9 au huard \u00bb, le huard \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme un oiseau poss\u00e9dant des pouvoirs magiques; 2. chamocha, \u00ab celui qui jongle par la pens\u00e9e \u00bb, dont les pouvoirs sont associ\u00e9s \u00e0 la pens\u00e9e; 3. kigawad \u00ab le gu\u00e9risseur \u00bb, celui qui utilise ses pouvoirs pour gu\u00e9rir.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">sorciers<\/a> ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, il y a des noms pour les diff\u00e9rentes plantes sauvages; des noms qui les d\u00e9crivent de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons; leur forme, l\u2019animal qui les mange, l\u2019environnement dans lequel elles poussent (comme la fraise qui se nomme mskikwimens, qui signifie \u00ab le petit fruit rouge dans le gazon \u00bb, par exemple). Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de \u00ab classification \u00bb des plantes. Par contre, j\u2019ai trouv\u00e9 le terme pmakik8nal (pmakik8n au singulier) qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un champ qu\u2019on cultive pour des plantes nourrici\u00e8res, et nbizonkik8nal (nbizonkik8n au singulier) qui r\u00e9f\u00e8re encore \u00e0 un champ, dans lequel on cultive des plantes m\u00e9dicinales.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales<\/a>.<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;On utilise la partie de mot \u00ab aniskowi \u00bb pour signifier \u00ab faire le pont pour relier toutes choses associ\u00e9s \u00e0 quelque chose \u00bb; faire le lien \u00e0 propos d\u2019un sujet. C\u2019est de cette mani\u00e8re que nous percevons la \u00ab transmission \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">transmission<\/a> des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La notion de \u00ab sage \u00bb pourrait \u00eatre abord\u00e9e par deux perspectives diff\u00e9rentes dans la langue ab\u00e9naquise : la prudence et l\u2019intelligence. Dans le contexte de ce passage, j\u2019ai choisi \u00ab quelqu\u2019un d\u2019intelligent \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">sage<\/a> ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La notion de \u00ab sage \u00bb pourrait \u00eatre abord\u00e9e par deux perspectives diff\u00e9rentes dans la langue ab\u00e9naquise : la prudence et l\u2019intelligence. Dans le contexte de ce passage, j\u2019ai choisi \u00ab quelqu\u2019un d\u2019intelligent \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">sages<\/a> sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le concept d\u2019\u00ab autorit\u00e9 \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise s\u2019exprime par des rapports de force. C\u2019est un peu comme le \u00ab pouvoir sur quelqu\u2019un d\u2019autre \u00bb; il s\u2019agit d\u2019\u00eatre plus fort qu\u2019un autre, ou de \u00ab forcer \u00bb quelqu\u2019un \u00e0 faire quelque chose.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019autorit\u00e9<\/a>. C\u2019est <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Avant l\u2019\u00e9ducation se faisait par observation; l\u2019enfant observait ses parents, et ensuite il pratiquait.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">avec leurs parents<\/a> que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la culture crie, il y a la c\u00e9r\u00e9monie des premiers pas. C\u2019est une introduction de l\u2019esprit du territoire \u00e0 l\u2019enfant. C\u2019est pour que quand l\u2019enfant marche et chasse, le territoire puisse conna\u00eetre et nommer l\u2019enfant par son nom.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour exprimer cette r\u00e9alit\u00e9 dans la langue ab\u00e9naquise, j\u2019ai formul\u00e9 que les familles et les esprits guident les enfants ensemble.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/a><\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Si on compare au mode traditionnel d\u2019enseignement, dans une \u00e9cole comme on les conna\u00eet aujourd\u2019hui, c'est comme si on \u00e9tait enferm\u00e9s et programm\u00e9s. C\u2019est pourquoi il y a des programmes dans nos communaut\u00e9s pour qu'on am\u00e8ne nos jeunes en for\u00eat avec des a\u00een\u00e9s, pour retrouver ce mode de transmission culturelle.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">changement de mode de vie<\/a>, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;On utilise la partie de mot \u00ab aniskowi \u00bb pour signifier \u00ab faire le pont pour relier toutes choses associ\u00e9s \u00e0 quelque chose \u00bb; faire le lien \u00e0 propos d\u2019un sujet. C\u2019est de cette mani\u00e8re que nous percevons la \u00ab transmission \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">transmission<\/a> n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le terme de Pow wow n\u2019est pas traduisible parce qu\u2019il est apparu tardivement au Qu\u00e9bec. Il n\u2019y a pas de terme sp\u00e9cifique pour d\u00e9signer ce genre de rassemblement avec toute la symbolique qu\u2019on lui attribue aujourd\u2019hui. Dans ma traduction je parle d'une \u00ab r\u00e9union, rencontre \u00bb, mais j'ai utilis\u00e9 le terme \u00ab Pow wow \u00bb parce que c'est un terme de r\u00e9f\u00e9rence que tout le monde conna\u00eet, comprend et utilise aujourd'hui. La phrase au complet pourrait se traduire par : Lorsque vient un Pow wow, on se rencontre pour montrer qu'il y a quelque chose de nouveau, qui rena\u00eet, pour montrer nos nouvelles identit\u00e9s \u00bb. Bref, on peut simplement consid\u00e9rer qu\u2019entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, ce qui est rest\u00e9, c\u2019est l\u2019id\u00e9e du rassemblement, de la rencontre.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour parler de ces \u00e9v\u00e9nements qu\u2019on nomme \u00ab Pow Wow \u00bb, nous utilisons le mot \u00ab opwakanahanicimowin \u00bb, qui comprend \u00ab opwakan \u00bb, qui pourrait se traduire par \u00ab esprit \u00bb. Nous faisons une distinction entre \u00ab \u00e2me \u00bb (\u00ab omanitom \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab Manito \u00bb, \u00ab \u00eatre supr\u00eame \u00bb) et \u00ab esprit \u00bb. Chaque \u00eatre vivant (chaque personne, animal, plante, etc.) a son \u00ab opwakan \u00bb, son \u00ab esprit \u00bb qu\u2019on qualifie parfois aussi de \u00ab petit soldat \u00bb. Dans un \u00ab Pow Wow \u00bb, on invite tous les \u00ab opwakan \u00bb, tous ces \u00ab esprits \u00bb du monde animal, de \u00ab l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 \u00bb (personnes \u00ab d\u00e9c\u00e9d\u00e9es \u00bb). On les invite \u00e0 ce rendez-vous pour se ressourcer, se r\u00e9unir, danser; c\u2019est en s\u2019unissant de la sorte qu\u2019on se donne une autre \u00e9nergie. C\u2019est l\u00e0, le sens du Pow Wow; se permettre de renouer afin de faire revivre toutes les valeurs, les savoirs, etc.Le mot \u00ab pipe \u00bb est proche; il s\u2019agit \u00ab d\u2019ospwakan \u00bb. C\u2019est l\u2019instrument qu\u2019on utilise pour remercier, pour honorer, pour invoquer en pri\u00e8res.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Un pow-wow est un \u00e9v\u00e9nement rassembleur. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement qui rassemble les gens. J\u2019ai appel\u00e9 \u00e7a \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb parce que c\u2019est ce que tout le monde dit. C\u2019est le mot que tout le monde utilise. Certains disent que c\u2019est un vrai mot, d\u2019autres disent que \u00e7a ne veut rien dire. Dans les pow-wow, les gens dansent de mani\u00e8re festive. C\u2019est parfois traditionnel ou c\u00e9r\u00e9moniel, mais c\u2019est souvent tr\u00e8s commercial. Les Cris traversaient leurs territoires et se rassemblaient comme on le fait aujourd\u2019hui. Les gens se rassemblaient durant l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019embouchure de la rivi\u00e8re, \u00e0 l\u2019embouchure du lac et ils c\u00e9l\u00e9braient parce qu\u2019ils avaient surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019hiver.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pow Wow, je l\u2019ai traduit par \u00ab kamakushenanut \u00bb, qui veut dire \u00ab festin \u00bb ou \u00ab festivit\u00e9 \u00bb; \u00e7a fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mani\u00e8re dont ils festoyaient dans l\u2019ancien temps.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de mot en Inuktitut pour dire \u00ab Pow wow \u00bb; je l'ai exprim\u00e9 comme un genre de festival.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le terme \u00ab pow wow \u00bb est peut-\u00eatre l\u2019\u00e9volution d\u2019un mot utilis\u00e9 il y a quelques centaines d\u2019ann\u00e9es, mais ne provient pas de la langue Mi\u2019gmaq en tout cas. Dans notre nation, nous avions les \u00ab mawiomies \u00bb; des rassemblements de personnes. Il s\u2019agissait alors de rassembler des repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de cette nation; peut-\u00eatre pas \u00e0 chaque ann\u00e9e. Ce sont surtout les plus jeunes (maximum 50-70 ans) qui s\u2019y rendaient, puisqu\u2019ils impliquaient de tr\u00e8s longs voyages, que les plus \u00e2g\u00e9s ne pouvaient pas faire. Il faut dire qu\u2019il est document\u00e9 que les Mi\u2019gmaqs vivaient tr\u00e8s vieux; un r\u00e9cit de Chr\u00e9tien Le Clercq mentionne un homme de 110 ans qui chassait avec son fils. Jacques Cartier a aussi rapport\u00e9 des faits similaires. Par les Mawiomies, on se rassemblait pour mettre diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments culturels en commun, pour r\u00e9actualiser et uniformiser la culture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la nation. De nouveaux mots pouvaient \u00eatre partag\u00e9s, par exemple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kanien\u2019keh\u00e1:ka (Mohawks)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il n\u2019existe pas de mot pour \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb. Le mot n\u2019est pas mohawk. C\u2019est un assemblage, un peu comme \u00ab\u2009capteur de r\u00eave\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009squaw\u2009\u00bb. C\u2019est tr\u00e8s p\u00e9joratif. \u00c7a ne vient pas d\u2019ici, c\u2019est venu de l\u2019Ouest. La raison pour laquelle ils les font et la mani\u00e8re dont \u00e7a s\u2019est r\u00e9pandu sont de belles histoires. Lors du \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb, ils partagent ce qu\u2019ils font et ils pr\u00e9sentent leurs biens. Par contre, au d\u00e9part, ce n\u2019\u00e9tait pas ainsi. Au tout d\u00e9but, ils se rassemblaient simplement. Ils parlaient, ils \u00e9changeaient, ils pr\u00e9sentaient leur art, mais ils ne vendaient rien. Ils \u00e9changeaient. Ils apprenaient \u00e0 se conna\u00eetre. C\u2019\u00e9tait bien\u2009! Au d\u00e9part, ce n\u2019\u00e9tait pas le \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le concept sp\u00e9cifique de \u00ab pow wow \u00bb est tr\u00e8s r\u00e9cent; c\u2019est une manifestation \u00ab pan-am\u00e9rindienne \u00bb (le fruit d\u2019une rencontre entre nations, qui est devenu commun \u00e0 plusieurs nations) qui date du 20e si\u00e8cle. Traditionnellement, les Ab\u00e9naquis se rencontraient, faisaient de grands rassemblements, dans lesquels il pouvait y avoir des chants, des danses. Je n\u2019ai malheureusement pas trouv\u00e9 de concept pour qualifier ces moments de rencontres festives, dans la langue ab\u00e9naquise. Les composantes de comp\u00e9tition, de concours, de spectacles, la dimension de \u00ab foire \u00bb propres aux Pow Wows actuels n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9sent dans la formule plus traditionnelle.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">pow-wow<\/a> permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>Le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le terme de Pow wow n\u2019est pas traduisible parce qu\u2019il est apparu tardivement au Qu\u00e9bec. Il n\u2019y a pas de terme sp\u00e9cifique pour d\u00e9signer ce genre de rassemblement avec toute la symbolique qu\u2019on lui attribue aujourd\u2019hui. Dans ma traduction je parle d'une \u00ab r\u00e9union, rencontre \u00bb, mais j'ai utilis\u00e9 le terme \u00ab Pow wow \u00bb parce que c'est un terme de r\u00e9f\u00e9rence que tout le monde conna\u00eet, comprend et utilise aujourd'hui. La phrase au complet pourrait se traduire par : Lorsque vient un Pow wow, on se rencontre pour montrer qu'il y a quelque chose de nouveau, qui rena\u00eet, pour montrer nos nouvelles identit\u00e9s \u00bb. Bref, on peut simplement consid\u00e9rer qu\u2019entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, ce qui est rest\u00e9, c\u2019est l\u2019id\u00e9e du rassemblement, de la rencontre.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour parler de ces \u00e9v\u00e9nements qu\u2019on nomme \u00ab Pow Wow \u00bb, nous utilisons le mot \u00ab opwakanahanicimowin \u00bb, qui comprend \u00ab opwakan \u00bb, qui pourrait se traduire par \u00ab esprit \u00bb. Nous faisons une distinction entre \u00ab \u00e2me \u00bb (\u00ab omanitom \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab Manito \u00bb, \u00ab \u00eatre supr\u00eame \u00bb) et \u00ab esprit \u00bb. Chaque \u00eatre vivant (chaque personne, animal, plante, etc.) a son \u00ab opwakan \u00bb, son \u00ab esprit \u00bb qu\u2019on qualifie parfois aussi de \u00ab petit soldat \u00bb. Dans un \u00ab Pow Wow \u00bb, on invite tous les \u00ab opwakan \u00bb, tous ces \u00ab esprits \u00bb du monde animal, de \u00ab l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 \u00bb (personnes \u00ab d\u00e9c\u00e9d\u00e9es \u00bb). On les invite \u00e0 ce rendez-vous pour se ressourcer, se r\u00e9unir, danser; c\u2019est en s\u2019unissant de la sorte qu\u2019on se donne une autre \u00e9nergie. C\u2019est l\u00e0, le sens du Pow Wow; se permettre de renouer afin de faire revivre toutes les valeurs, les savoirs, etc.Le mot \u00ab pipe \u00bb est proche; il s\u2019agit \u00ab d\u2019ospwakan \u00bb. C\u2019est l\u2019instrument qu\u2019on utilise pour remercier, pour honorer, pour invoquer en pri\u00e8res.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Un pow-wow est un \u00e9v\u00e9nement rassembleur. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement qui rassemble les gens. J\u2019ai appel\u00e9 \u00e7a \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb parce que c\u2019est ce que tout le monde dit. C\u2019est le mot que tout le monde utilise. Certains disent que c\u2019est un vrai mot, d\u2019autres disent que \u00e7a ne veut rien dire. Dans les pow-wow, les gens dansent de mani\u00e8re festive. C\u2019est parfois traditionnel ou c\u00e9r\u00e9moniel, mais c\u2019est souvent tr\u00e8s commercial. Les Cris traversaient leurs territoires et se rassemblaient comme on le fait aujourd\u2019hui. Les gens se rassemblaient durant l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019embouchure de la rivi\u00e8re, \u00e0 l\u2019embouchure du lac et ils c\u00e9l\u00e9braient parce qu\u2019ils avaient surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019hiver.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pow Wow, je l\u2019ai traduit par \u00ab kamakushenanut \u00bb, qui veut dire \u00ab festin \u00bb ou \u00ab festivit\u00e9 \u00bb; \u00e7a fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mani\u00e8re dont ils festoyaient dans l\u2019ancien temps.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de mot en Inuktitut pour dire \u00ab Pow wow \u00bb; je l'ai exprim\u00e9 comme un genre de festival.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le terme \u00ab pow wow \u00bb est peut-\u00eatre l\u2019\u00e9volution d\u2019un mot utilis\u00e9 il y a quelques centaines d\u2019ann\u00e9es, mais ne provient pas de la langue Mi\u2019gmaq en tout cas. Dans notre nation, nous avions les \u00ab mawiomies \u00bb; des rassemblements de personnes. Il s\u2019agissait alors de rassembler des repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de cette nation; peut-\u00eatre pas \u00e0 chaque ann\u00e9e. Ce sont surtout les plus jeunes (maximum 50-70 ans) qui s\u2019y rendaient, puisqu\u2019ils impliquaient de tr\u00e8s longs voyages, que les plus \u00e2g\u00e9s ne pouvaient pas faire. Il faut dire qu\u2019il est document\u00e9 que les Mi\u2019gmaqs vivaient tr\u00e8s vieux; un r\u00e9cit de Chr\u00e9tien Le Clercq mentionne un homme de 110 ans qui chassait avec son fils. Jacques Cartier a aussi rapport\u00e9 des faits similaires. Par les Mawiomies, on se rassemblait pour mettre diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments culturels en commun, pour r\u00e9actualiser et uniformiser la culture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la nation. De nouveaux mots pouvaient \u00eatre partag\u00e9s, par exemple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kanien\u2019keh\u00e1:ka (Mohawks)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il n\u2019existe pas de mot pour \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb. Le mot n\u2019est pas mohawk. C\u2019est un assemblage, un peu comme \u00ab\u2009capteur de r\u00eave\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009squaw\u2009\u00bb. C\u2019est tr\u00e8s p\u00e9joratif. \u00c7a ne vient pas d\u2019ici, c\u2019est venu de l\u2019Ouest. La raison pour laquelle ils les font et la mani\u00e8re dont \u00e7a s\u2019est r\u00e9pandu sont de belles histoires. Lors du \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb, ils partagent ce qu\u2019ils font et ils pr\u00e9sentent leurs biens. Par contre, au d\u00e9part, ce n\u2019\u00e9tait pas ainsi. Au tout d\u00e9but, ils se rassemblaient simplement. Ils parlaient, ils \u00e9changeaient, ils pr\u00e9sentaient leur art, mais ils ne vendaient rien. Ils \u00e9changeaient. Ils apprenaient \u00e0 se conna\u00eetre. C\u2019\u00e9tait bien\u2009! Au d\u00e9part, ce n\u2019\u00e9tait pas le \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le concept sp\u00e9cifique de \u00ab pow wow \u00bb est tr\u00e8s r\u00e9cent; c\u2019est une manifestation \u00ab pan-am\u00e9rindienne \u00bb (le fruit d\u2019une rencontre entre nations, qui est devenu commun \u00e0 plusieurs nations) qui date du 20e si\u00e8cle. Traditionnellement, les Ab\u00e9naquis se rencontraient, faisaient de grands rassemblements, dans lesquels il pouvait y avoir des chants, des danses. Je n\u2019ai malheureusement pas trouv\u00e9 de concept pour qualifier ces moments de rencontres festives, dans la langue ab\u00e9naquise. Les composantes de comp\u00e9tition, de concours, de spectacles, la dimension de \u00ab foire \u00bb propres aux Pow Wows actuels n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9sent dans la formule plus traditionnelle.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">pow-wow<\/a> est un <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Au mus\u00e9e cri Ouj\u00e9-Bougoumou, ils ont une capuche perl\u00e9e. C\u2019est tr\u00e8s simple. C\u2019est un carr\u00e9 qui une fois pos\u00e9 sur la t\u00eate, devient un petit chapeau pointu. Nous avons perdu, nous avons oubli\u00e9 \u00e0 quoi \u00e7a ressemble quand c\u2019est port\u00e9. Je n\u2019ai jamais vu une telle chose dans la nation crie, mais nous savons que \u00e7a fait partie de l\u2019histoire. Je suis all\u00e9 \u00e0 Eskasoni, une communaut\u00e9 mi\u2019kmaq et pendant la grande entr\u00e9e, \u00e0 la toute fin, il y avait quatre femmes a\u00een\u00e9es portant un chapeau pointu comme \u00e7a, perl\u00e9 et brod\u00e9. Je me souviens avoir pens\u00e9 qu\u2019elles \u00e9taient tr\u00e8s belles. Ma s\u0153ur et moi \u00e9tions \u00e9mus parce que notre peuple les avait. On se demandait pourquoi on ne les portait pas. Ensuite, on a discut\u00e9 et on a r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019on croyait que chaque nation ne pouvait pas tout garder de sa culture. Nous sommes tous plus ou moins assimil\u00e9s. Mais la nation mi\u2019kmaq poss\u00e8de ces chapeaux pointus et ils ont dit aux Cris que c\u2019est \u00e0 \u00e7a qu\u2019ils ressemblent. C\u2019est comme si les Mi\u2019kmaq nous aidaient \u00e0 red\u00e9couvrir ces chapeaux.&lt;br \/&gt; \u00c0 Grande Rivi\u00e8re de la Baleine et \u00e0 Chisasibi, la communaut\u00e9 voisine au sud, il y a dans une l\u00e9gende un personnage qu\u2019on appelle \u00ab\u2009Atsen\u2009\u00bb. On le perd dans les environs de Waskaganish et Wemindji. Ces communaut\u00e9s n\u2019en ont jamais entendu parler. Je suis all\u00e9 \u00e0 Maliotenam et on parlait de l\u00e9gendes et de c\u00e9r\u00e9monies. J\u2019ai demand\u00e9 : \u00ab\u2009est-ce qu\u2019il y a un personnage qui s\u2019appelle Atsen ici\u2009?\u2009\u00bb La dame a r\u00e9pondu : \u00ab\u2009Bien s\u00fbr, Atsen, le gars qui mange tout le monde, c\u2019est \u00e7a\u2009? Le cannibale\u2009?\u2009\u00bb J\u2019ai dit : \u00ab\u2009Oui. Comment se fait-il que vous ayez ce personnage ici, mais que notre propre peuple ne l\u2019ait pas, vers le sud\u2009?\u2009\u00bb Il y a donc des liens entre chaque nation, on les a simplement oubli\u00e9s, en quelque sorte. Ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est de les red\u00e9couvrir.&lt;br \/&gt; Il y a des choses \u00e0 d\u00e9couvrir parmi les autres nations qui peuvent nous aider. Chaque nation poss\u00e8de sa pi\u00e8ce du casse-t\u00eate.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">cadre d\u2019\u00e9change<\/a> qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt; Les motifs qu\u2019arboraient les diff\u00e9rentes familles ou communaut\u00e9s dans la nation Mi\u2019gmaq se retrouvaient davantage sur les canots que sur les v\u00eatements. Ces symboles ont \u00e9volu\u00e9 \u00e0 la rencontre des Europ\u00e9ens, par un certain syncr\u00e9tisme.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">de signes et de symboles<\/a> que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le terme de Pow wow n\u2019est pas traduisible parce qu\u2019il est apparu tardivement au Qu\u00e9bec. Il n\u2019y a pas de terme sp\u00e9cifique pour d\u00e9signer ce genre de rassemblement avec toute la symbolique qu\u2019on lui attribue aujourd\u2019hui. Dans ma traduction je parle d'une \u00ab r\u00e9union, rencontre \u00bb, mais j'ai utilis\u00e9 le terme \u00ab Pow wow \u00bb parce que c'est un terme de r\u00e9f\u00e9rence que tout le monde conna\u00eet, comprend et utilise aujourd'hui. La phrase au complet pourrait se traduire par : Lorsque vient un Pow wow, on se rencontre pour montrer qu'il y a quelque chose de nouveau, qui rena\u00eet, pour montrer nos nouvelles identit\u00e9s \u00bb. Bref, on peut simplement consid\u00e9rer qu\u2019entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, ce qui est rest\u00e9, c\u2019est l\u2019id\u00e9e du rassemblement, de la rencontre.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour parler de ces \u00e9v\u00e9nements qu\u2019on nomme \u00ab Pow Wow \u00bb, nous utilisons le mot \u00ab opwakanahanicimowin \u00bb, qui comprend \u00ab opwakan \u00bb, qui pourrait se traduire par \u00ab esprit \u00bb. Nous faisons une distinction entre \u00ab \u00e2me \u00bb (\u00ab omanitom \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab Manito \u00bb, \u00ab \u00eatre supr\u00eame \u00bb) et \u00ab esprit \u00bb. Chaque \u00eatre vivant (chaque personne, animal, plante, etc.) a son \u00ab opwakan \u00bb, son \u00ab esprit \u00bb qu\u2019on qualifie parfois aussi de \u00ab petit soldat \u00bb. Dans un \u00ab Pow Wow \u00bb, on invite tous les \u00ab opwakan \u00bb, tous ces \u00ab esprits \u00bb du monde animal, de \u00ab l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 \u00bb (personnes \u00ab d\u00e9c\u00e9d\u00e9es \u00bb). On les invite \u00e0 ce rendez-vous pour se ressourcer, se r\u00e9unir, danser; c\u2019est en s\u2019unissant de la sorte qu\u2019on se donne une autre \u00e9nergie. C\u2019est l\u00e0, le sens du Pow Wow; se permettre de renouer afin de faire revivre toutes les valeurs, les savoirs, etc.Le mot \u00ab pipe \u00bb est proche; il s\u2019agit \u00ab d\u2019ospwakan \u00bb. C\u2019est l\u2019instrument qu\u2019on utilise pour remercier, pour honorer, pour invoquer en pri\u00e8res.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Un pow-wow est un \u00e9v\u00e9nement rassembleur. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement qui rassemble les gens. J\u2019ai appel\u00e9 \u00e7a \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb parce que c\u2019est ce que tout le monde dit. C\u2019est le mot que tout le monde utilise. Certains disent que c\u2019est un vrai mot, d\u2019autres disent que \u00e7a ne veut rien dire. Dans les pow-wow, les gens dansent de mani\u00e8re festive. C\u2019est parfois traditionnel ou c\u00e9r\u00e9moniel, mais c\u2019est souvent tr\u00e8s commercial. Les Cris traversaient leurs territoires et se rassemblaient comme on le fait aujourd\u2019hui. Les gens se rassemblaient durant l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019embouchure de la rivi\u00e8re, \u00e0 l\u2019embouchure du lac et ils c\u00e9l\u00e9braient parce qu\u2019ils avaient surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019hiver.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pow Wow, je l\u2019ai traduit par \u00ab kamakushenanut \u00bb, qui veut dire \u00ab festin \u00bb ou \u00ab festivit\u00e9 \u00bb; \u00e7a fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mani\u00e8re dont ils festoyaient dans l\u2019ancien temps.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de mot en Inuktitut pour dire \u00ab Pow wow \u00bb; je l'ai exprim\u00e9 comme un genre de festival.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le terme \u00ab pow wow \u00bb est peut-\u00eatre l\u2019\u00e9volution d\u2019un mot utilis\u00e9 il y a quelques centaines d\u2019ann\u00e9es, mais ne provient pas de la langue Mi\u2019gmaq en tout cas. Dans notre nation, nous avions les \u00ab mawiomies \u00bb; des rassemblements de personnes. Il s\u2019agissait alors de rassembler des repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de cette nation; peut-\u00eatre pas \u00e0 chaque ann\u00e9e. Ce sont surtout les plus jeunes (maximum 50-70 ans) qui s\u2019y rendaient, puisqu\u2019ils impliquaient de tr\u00e8s longs voyages, que les plus \u00e2g\u00e9s ne pouvaient pas faire. Il faut dire qu\u2019il est document\u00e9 que les Mi\u2019gmaqs vivaient tr\u00e8s vieux; un r\u00e9cit de Chr\u00e9tien Le Clercq mentionne un homme de 110 ans qui chassait avec son fils. Jacques Cartier a aussi rapport\u00e9 des faits similaires. Par les Mawiomies, on se rassemblait pour mettre diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments culturels en commun, pour r\u00e9actualiser et uniformiser la culture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la nation. De nouveaux mots pouvaient \u00eatre partag\u00e9s, par exemple.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kanien\u2019keh\u00e1:ka (Mohawks)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il n\u2019existe pas de mot pour \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb. Le mot n\u2019est pas mohawk. C\u2019est un assemblage, un peu comme \u00ab\u2009capteur de r\u00eave\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009squaw\u2009\u00bb. C\u2019est tr\u00e8s p\u00e9joratif. \u00c7a ne vient pas d\u2019ici, c\u2019est venu de l\u2019Ouest. La raison pour laquelle ils les font et la mani\u00e8re dont \u00e7a s\u2019est r\u00e9pandu sont de belles histoires. Lors du \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb, ils partagent ce qu\u2019ils font et ils pr\u00e9sentent leurs biens. Par contre, au d\u00e9part, ce n\u2019\u00e9tait pas ainsi. Au tout d\u00e9but, ils se rassemblaient simplement. Ils parlaient, ils \u00e9changeaient, ils pr\u00e9sentaient leur art, mais ils ne vendaient rien. Ils \u00e9changeaient. Ils apprenaient \u00e0 se conna\u00eetre. C\u2019\u00e9tait bien\u2009! Au d\u00e9part, ce n\u2019\u00e9tait pas le \u00ab\u2009pow-wow\u2009\u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le concept sp\u00e9cifique de \u00ab pow wow \u00bb est tr\u00e8s r\u00e9cent; c\u2019est une manifestation \u00ab pan-am\u00e9rindienne \u00bb (le fruit d\u2019une rencontre entre nations, qui est devenu commun \u00e0 plusieurs nations) qui date du 20e si\u00e8cle. Traditionnellement, les Ab\u00e9naquis se rencontraient, faisaient de grands rassemblements, dans lesquels il pouvait y avoir des chants, des danses. Je n\u2019ai malheureusement pas trouv\u00e9 de concept pour qualifier ces moments de rencontres festives, dans la langue ab\u00e9naquise. Les composantes de comp\u00e9tition, de concours, de spectacles, la dimension de \u00ab foire \u00bb propres aux Pow Wows actuels n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9sent dans la formule plus traditionnelle.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">pow-wow<\/a> ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anicinabeg (Algonquins)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J'ai traduit par \u00ab des connaissances qui se prom\u00e8nent \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">nomadisme des connaissances<\/a>, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>Les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le terme \u00ab r\u00e9galia \u00bb est emprunt\u00e9 \u00e0 l\u2019anglais \u00ab ragalia \u00bb, qui fait r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab royal \u00bb, je crois qu\u2019il y a ici un lien avec le clich\u00e9 de la \u00ab princesse indienne \u00bb. On qualifie souvent les \u00ab costumes d\u2019apparat \u00bb ou les \u00ab tenues d\u2019apparat \u00bb (\u00ab ceremonial dress \u00bb en anglais) qui sont port\u00e9s dans les Pow Wows actuels comme \u00ab r\u00e9galias \u00bb. Ce type de costume d\u00e9coule d\u2019abord de l\u2019image de \u00ab l\u2019Autochtone \u00bb tel que d\u00e9peint dans les films hollywoodiens de \u00ab cowboys et d\u2019Indiens \u00bb, imagerie ensuite pr\u00e9sent\u00e9e aux touristes comme fid\u00e8le \u00e0 leur conception de \u00ab l\u2019Autochtone \u00bb, mais aussi d\u2019\u00e9l\u00e9ments culturels propres aux nations autochtones de l\u2019Ouest. Certains \u00e9l\u00e9ments de ces costumes actuels remontent \u00e0 la tradition, mais il s\u2019agit aussi et surtout d\u2019un m\u00e9lange culturel, int\u00e9grant des emprunts \u00e0 diff\u00e9rentes nations. Aujourd\u2019hui, ce type de costumes est r\u00e9ellement int\u00e9gr\u00e9 aux cultures autochtones, mais il s\u2019agit d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9cent, datant du 20e si\u00e8cle. Dans mon travail de traduction, j\u2019ai simplement utilis\u00e9 le terme \u00ab v\u00eatements \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">r\u00e9galias<\/a> t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;J\u2019ai trouv\u00e9 difficile d\u2019exprimer ce passage dans la langue ab\u00e9naquise. J\u2019ai utilis\u00e9 le concept de \u00ab clairvoyance \u00bb, r\u00e9f\u00e9rant particuli\u00e8rement aux \u00ab pouvoirs de certains shamans \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence<\/a> et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour les Ab\u00e9naquis, les valeurs d\u2019entraide et de partage \u00e9taient tellement int\u00e9gr\u00e9es qu\u2019il n\u2019y a pas de concept \u00e9quivalent \u00e0 l\u2019\u00ab esprit communautaire \u00bb; je n\u2019en ai pas trouv\u00e9. On parle simplement de \u00ab vivre en communaut\u00e9 \u00bb, qui implique l\u2019entraide et le partage. Sans communaut\u00e9, les Ab\u00e9naquis n\u2019auraient pas pu vivre, survivre.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">L\u2019esprit communautaire<\/a> n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente : elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00c0 plusieurs endroits dans le texte, j\u2019ai d\u00fb traduire le mot \u00ab nous \u00bb; il se traduit par \u00ab kirano \u00bb. J\u2019aimerais insister sur ce terme, dans ce chapitre \u00ab \u00eatre ensemble \u00bb. Dans notre langue, \u00ab kirano \u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un tout englobant; c\u2019est le \u00ab nous \u00bb inclusif. Nous, en tant qu\u2019humains, ensemble, ne formons qu\u2019un; c\u2019est le concept de \u00ab kirano \u00bb. Nous nous consid\u00e9rons tous fr\u00e8res et s\u0153urs de sang. On a m\u00eame tendance \u00e0 privil\u00e9gier autrui, avant soi-m\u00eame. Quand quelqu\u2019un vient chez moi et qu\u2019il a faim, c\u2019est normal qu\u2019il aille voir dans le r\u00e9frig\u00e9rateur et qu\u2019il se serve, sans qu\u2019il ait \u00e0 demander quoi que ce soit. \u00c7a se remarque aussi dans l\u2019ordre des pronoms personnels dans notre langue; \u00ab kir \u00bb arrive en premier; c\u2019est la deuxi\u00e8me personne en fran\u00e7ais, le \u00ab tu \u00bb, \u00ab l\u2019Autre \u00bb. Le \u00ab je \u00bb, \u00ab nin \u00bb, arrive apr\u00e8s. C\u2019est toujours l\u2019Autre qui est en priorit\u00e9, pas soi; l\u2019Autre est plus important que soi.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le \u00ab nous \u00bb exclusif, c\u2019est \u00ab ninan \u00bb, ce \u00ab nous \u00bb qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi avec d\u2019autres personnes formant un groupe, mais qui exclue d\u2019autres personnes. Par rapport au territoire, on peut donc dire \u00ab nitaskinan \u00bb, qui est \u00ab notre territoire \u00bb, celui de ma nation mais pas de toutes les nations, de tous les humains; c\u2019est le territoire des Nehirowisiwok (Atikamekw). \u00ab Notre territoire \u00bb qui englobe tous les humains, ce serait plut\u00f4t \u00ab nitaskino \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">nous<\/a> raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>Autrefois, <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00c0 plusieurs endroits dans le texte, j\u2019ai d\u00fb traduire le mot \u00ab nous \u00bb; il se traduit par \u00ab kirano \u00bb. J\u2019aimerais insister sur ce terme, dans ce chapitre \u00ab \u00eatre ensemble \u00bb. Dans notre langue, \u00ab kirano \u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un tout englobant; c\u2019est le \u00ab nous \u00bb inclusif. Nous, en tant qu\u2019humains, ensemble, ne formons qu\u2019un; c\u2019est le concept de \u00ab kirano \u00bb. Nous nous consid\u00e9rons tous fr\u00e8res et s\u0153urs de sang. On a m\u00eame tendance \u00e0 privil\u00e9gier autrui, avant soi-m\u00eame. Quand quelqu\u2019un vient chez moi et qu\u2019il a faim, c\u2019est normal qu\u2019il aille voir dans le r\u00e9frig\u00e9rateur et qu\u2019il se serve, sans qu\u2019il ait \u00e0 demander quoi que ce soit. \u00c7a se remarque aussi dans l\u2019ordre des pronoms personnels dans notre langue; \u00ab kir \u00bb arrive en premier; c\u2019est la deuxi\u00e8me personne en fran\u00e7ais, le \u00ab tu \u00bb, \u00ab l\u2019Autre \u00bb. Le \u00ab je \u00bb, \u00ab nin \u00bb, arrive apr\u00e8s. C\u2019est toujours l\u2019Autre qui est en priorit\u00e9, pas soi; l\u2019Autre est plus important que soi.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le \u00ab nous \u00bb exclusif, c\u2019est \u00ab ninan \u00bb, ce \u00ab nous \u00bb qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi avec d\u2019autres personnes formant un groupe, mais qui exclue d\u2019autres personnes. Par rapport au territoire, on peut donc dire \u00ab nitaskinan \u00bb, qui est \u00ab notre territoire \u00bb, celui de ma nation mais pas de toutes les nations, de tous les humains; c\u2019est le territoire des Nehirowisiwok (Atikamekw). \u00ab Notre territoire \u00bb qui englobe tous les humains, ce serait plut\u00f4t \u00ab nitaskino \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">nous<\/a> \u00e9tions des \u00eatres <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Atikamekw NehirowisiwokAvant, nous n\u2019\u00e9tions pas d\u00e9pendants, par rapport \u00e0 notre survie. Nous \u00e9tions structur\u00e9s, organis\u00e9s, en mesure de prendre des responsabilit\u00e9s, capables de faire des choses pour notre survie. Bref, nous \u00e9tions autonomes; \u00ab ki mihitison \u00bb, \u00ab tu es un \u00eatre autonome \u00bb, capable de s\u2019occuper de ses propres affaires. Jadis, une femme pouvait accoucher seule.&lt;br \/&gt; Maintenant, nous sommes devenus d\u00e9pendants \u00e0 tellement de choses. Un a\u00een\u00e9 m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait la comparaison : \u00ab aujourd\u2019hui, on est comme des chiens, alors que dans le temps on \u00e9tait des loups \u00bb. Il voulait dire qu\u2019un chien a besoin de l\u2019homme, il d\u00e9pend de lui pour sa nourriture, il faut s\u2019en occuper. En comparaison, un loup est autonome. Ils sont organis\u00e9s en meutes, avec des chefs. Aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019image des chiens, nous sommes devenus d\u00e9pendants. On formule \u00ab akosiwin \u00bb, qui veut dire \u00ab d\u00e9pendant \u00bb mais avec une connotation de maladie (c\u2019est une sorte de \u00ab maladie \u00bb que d\u2019\u00eatre d\u00e9pendant \u00bb), ou \u00ab kitarimisin \u00bb, qui signifie plut\u00f4t \u00ab faire piti\u00e9 \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour exprimer le concept \u00ab d\u2019autonomie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise, j\u2019ai formul\u00e9 \u00ab nous n\u2019apparaissions pas comme ayant besoin d\u2019aide, \u00e9tant d\u00e9munis d\u2019aide \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">autonomes<\/a>. Les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans la langue ab\u00e9naquise, l\u2019emphase est mise sur l\u2019enfant; j\u2019ai plut\u00f4t formul\u00e9 que \u00ab les enfants naissent \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">femmes accouchaient<\/a> sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>Le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Les familles vivaient ensemble pour survivre.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">lien familial<\/a> \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour le concept \u00ab d\u2019assimilation \u00bb, j\u2019ai formul\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait \u00ab d\u2019emprunter la pens\u00e9e des Blancs \u00bb; on peut la qualifier de \u00ab pens\u00e9e \u00e9trange \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019assimilation<\/a>, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La langue est un h\u00e9ritage que nous ont laiss\u00e9 nos anc\u00eatres, et on y retrouve tout. J\u2019ai envie de vous partager un extrait d\u2019un t\u00e9moignage donn\u00e9 par un a\u00een\u00e9 du nom de Salomon (Sarmon) Dub\u00e9. \u00ab Avec toutes les \u00e9preuves qu\u2019on vit dans nos communaut\u00e9s, on doit retourner en arri\u00e8re pour essayer de retrouver tout ce que nos grands-p\u00e8res nous ont laiss\u00e9. Ils ont toujours bien pr\u00e9serv\u00e9 la pens\u00e9e, l\u2019intelligence, la capacit\u00e9 de voir la vie; ils ont port\u00e9 toute la vie. N\u2019ayez pas peur de retourner aux sources, dans nos histoires, dans la vie ancienne. C\u2019est l\u00e0 que vous allez trouver comment on peut mieux vivre. C\u2019est l\u00e0 que vous allez savoir qui nous sommes. C\u2019est l\u00e0 aussi que vous allez trouver toutes nos forces. C\u2019est dans la langue que vous allez trouver toutes les forces pour vous aider dans votre vie, pour passer aux travers des \u00e9preuves que vous allez rencontrer. La langue en est impr\u00e9gn\u00e9e; vous n\u2019avez qu\u2019\u00e0 la r\u00e9veiller et vous en servir. Les anc\u00eatres ont laiss\u00e9 tout \u00e7a pour nous. \u00bb&lt;br \/&gt; Souvent, on va raccourcir les mots, comme j\u2019ai expliqu\u00e9 pour le tambour; \u00ab Otewehikan \u00bb devient \u00ab tewehikan \u00bb. Un autre exemple, \u00ab micta \u00bb devient simplement \u00ab cta \u00bb (signification?), on perd le \u00ab mi \u00bb. Mais ce faisant, on perd aussi du sens. C\u2019est tr\u00e8s important de bien dire chaque mot, chaque morph\u00e8me du mot, afin de prot\u00e9ger la langue, qui est cet h\u00e9ritage.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il faut \u00eatre r\u00e9aliste quant au portrait de la vitalit\u00e9 de la langue innue aujourd\u2019hui. Moi je parle \u00e0 mes enfants et \u00e0 mes petits-enfants en innu, des fois ils me r\u00e9pondent en fran\u00e7ais, mais je leur r\u00e9ponds toujours en innu. Des fois ils s'essaient \u00e0 me r\u00e9pondre en innu, mais eux ne parlent pas couramment en innu dans leur vie quotidienne. Avec leurs amis, mes petits-enfants parlent uniquement en fran\u00e7ais. Ils comprennent l\u2019innu, mais ils ne font pas l'effort de le parler, m\u00eame si on a un programme d'enseignement de la langue innue \u00e0 l'\u00e9cole. M\u00eame dans des contextes culturels, certains adultes qui parlent pourtant bien l'innu vont s'adresser aux jeunes en fran\u00e7ais. Tout le monde dit que c'est important de parler notre langue, mais en m\u00eame temps il y a un certain \u00ab fatalisme \u00bb; une perte d'espoir, que la langue est d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9e. Pour s'assurer que les jeunes comprennent bien, on leur parle directement en fran\u00e7ais.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">LA LANGUE<\/a><\/strong><\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Non seulement la langue pouvait tout nommer, mais elle pouvait aussi dire plein de choses en m\u00eame temps. Par notre langue, c\u2019est comme la terre qui parle; c\u2019est la langue de la Terre-m\u00e8re. Par exemple, si on parle de temp\u00e9rature, on veut dire qu\u2019il vente, \u00ab mirowew \u00bb, \u00e7a pourrait se traduire par \u00ab on te donne un souffle \u00bb. La langue va jusque-l\u00e0, c\u2019est pourquoi il est important de la pr\u00e9server.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris) &lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;En fin de compte, le texte cri, parce qu\u2019il est en cri, dit tout clairement. Quand on \u00e9crit en anglais, le mode de pens\u00e9e anglais transpara\u00eet parce que c\u2019est la langue. D\u00e8s qu\u2019on le transpose en cri, les id\u00e9es et le mode de pens\u00e9e des Cris sont mis de l\u2019avant. On nous a donn\u00e9 la langue et quand on l\u2019utilise, le territoire, tout transpara\u00eet. Personnellement, quand je fais certains de mes travaux, je dois d\u2019abord penser en cri. Ainsi, je peux bien ressentir une rivi\u00e8re, par exemple. Quand je lis la version anglaise, je peux plus ou moins comprendre l\u2019intention des auteurs. Par contre, d\u00e8s que je traduis le texte en cri, c\u2019est comme s\u2019il respirait.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;En fait, selon moi, toutes les langues peuvent tout nommer, par d\u00e9finition. Par contre, on peut avancer que les langues autochtones sont plus descriptives que les langues occidentales. Elles permettent d\u2019\u00eatre plus pr\u00e9cis quand on parle. Dans plusieurs langues occidentales, par exemple en fran\u00e7ais, on peut cr\u00e9er de nouveaux mots en combinant des racines grecques ou latines, alors qu\u2019en ab\u00e9naquis, comme dans d\u2019autres langues algonquiennes, nous puisons directement dans des racines de la langue m\u00eame. Dans les langues autochtones, on compose des mots par combinaison de racines existants d\u00e9j\u00e0 dans la langue et d\u2019autres mots; on agglom\u00e8re ces racines pour exprimer autant de r\u00e9alit\u00e9s que n\u00e9cessaires. En connaissant une certaine \u00ab banque \u00bb de racines dans les langues autochtones, on peut parler d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s n\u2019importe quoi, on peut tout inventer. Chaque individu peut avoir sa mani\u00e8re d\u2019exprimer quelque chose, et parfois apparaissent au sein d\u2019un groupe certaines conventions. Par exemple, quelqu\u2019un qui ne conna\u00eetrait pas le mot pour \u00ab fraise \u00bb mais conna\u00eetrait bien les racines ab\u00e9naquises pourrait dire mkwimen, \u00ab petit fruit rouge \u00bb, et son interlocuteur comprendrait \u00e0 quoi il fait r\u00e9f\u00e9rence mais lui signifierait que pour \u00e9viter la confusion avec d\u2019autres petits fruits rouges, mskikwimens, \u00ab le petit fruit rouge dans le gazon \u00bb est le mot employ\u00e9 pour la d\u00e9crire.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">Elle pouvait tout nommer<\/a> : les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Les diff\u00e9rentes langues algonquines du Qu\u00e9bec sont tr\u00e8s proches. Il s\u2019agit souvent d\u2019une simple diff\u00e9rence de prononciation. Par exemple, certains mots se terminent en \u00ab\u2009t\u2009\u00bb dans une langue et en \u00ab\u2009sh\u2009\u00bb dans l\u2019autre. Quand on sait cela, c\u2019est facile de comprendre les autres langues. C\u2019est comme le mot \u00ab\u2009\u00eatre humain\u2009\u00bb. Certains disent \u00ab\u2009Ilnu\u2009\u00bb, d\u2019autres \u00ab\u2009Innu\u2009\u00bb. Nous comprenons le m\u00eame mot. Mon oncle, qui est Ab\u00e9naquis, dit que la seule nation que personne ne comprend est la nation mohawk. C\u2019est une autre famille linguistique. C\u2019est la famille iroquoienne.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">les langues<\/a> pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Toute mon enfance, je n\u2019entendais personne parler \u00ab po\u00e9tiquement \u00bb, c\u2019est pourquoi j\u2019ai trouv\u00e9 un peu difficile de traduire ce texte. En m\u00eame temps, \u00e7a m\u2019a permis de voir qu\u2019on peut parler po\u00e9tiquement; j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a beau de voir la langue inuite form\u00e9e comme \u00e7a, c\u2019\u00e9tait inspirant. Quand j\u2019\u00e9tais encore \u00e9tudiante \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval, on devait parler d\u2019un peuple minoritaire et de leur langue. J\u2019avais \u00e9videmment choisi les Inuit. J\u2019en avais rencontr\u00e9 beaucoup \u00e0 Montr\u00e9al. Un monsieur que j\u2019ai interview\u00e9, il \u00e9tait Inuit, il parlait Inuktitut, mais il n\u2019a jamais parl\u00e9 \u00e0 ses enfants en Inuktitut. Il avait dit que l\u2019Inuktitut n\u2019\u00e9tait pas pratique dans une ville comme Montr\u00e9al, que c\u2019\u00e9tait pratique seulement dans le grand Nord, avec les autres Inuit, puisque c\u2019\u00e9tait une langue descriptive et pratique pour la chasse. \u00c0 Montr\u00e9al, il n\u2019a donc pas ressenti le besoin d\u2019enseigner l\u2019Inuktitut \u00e0 ses enfants. \u00c7a m\u2019avait touch\u00e9, puisqu\u2019avec cette mani\u00e8re de voir les choses, on ne maintien pas la langue forte et vivante. Je pense que parler une langue, c\u2019est aussi une fa\u00e7on de penser, c\u2019est une forme d\u2019identit\u00e9. Peu importe o\u00f9 tu es, \u00e7a peut \u00eatre pratique. Je ne pense pas qu\u2019on change d\u2019identit\u00e9, juste si on change de place. En voyant un texte comme \u00e7a, spirituel, po\u00e9tique et philosophique, je me suis dit que oui, l\u2019Inuktitut peut \u00eatre parl\u00e9 comme \u00e7a.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concepts pour \u00e9voquer la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tradition orale, la \u00ab po\u00e9sie \u00bb se trouve ailleurs. Elle se remarque dans la mani\u00e8re dont on va exprimer les choses, dans les images utilis\u00e9es pour ce faire, et aussi dans la mani\u00e8re dont les phrases vont \u00eatre construites. Dans la langue ab\u00e9naquise, il faut que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents, pour exprimer une r\u00e9alit\u00e9, sans obligation de respecter un ordre sp\u00e9cifique. La \u00ab po\u00e9sie \u00bb peut ainsi appara\u00eetre dans la mani\u00e8re de structurer une phrase; cette phrase peut vouloir\/pouvoir dire plusieurs choses en m\u00eame temps. C\u2019est une \u00ab po\u00e9sie \u00bb imag\u00e9e.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">po\u00e9sie<\/a> et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Toute mon enfance, je n\u2019entendais personne parler \u00ab po\u00e9tiquement \u00bb, c\u2019est pourquoi j\u2019ai trouv\u00e9 un peu difficile de traduire ce texte. En m\u00eame temps, \u00e7a m\u2019a permis de voir qu\u2019on peut parler po\u00e9tiquement; j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a beau de voir la langue inuite form\u00e9e comme \u00e7a, c\u2019\u00e9tait inspirant. Quand j\u2019\u00e9tais encore \u00e9tudiante \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval, on devait parler d\u2019un peuple minoritaire et de leur langue. J\u2019avais \u00e9videmment choisi les Inuit. J\u2019en avais rencontr\u00e9 beaucoup \u00e0 Montr\u00e9al. Un monsieur que j\u2019ai interview\u00e9, il \u00e9tait Inuit, il parlait Inuktitut, mais il n\u2019a jamais parl\u00e9 \u00e0 ses enfants en Inuktitut. Il avait dit que l\u2019Inuktitut n\u2019\u00e9tait pas pratique dans une ville comme Montr\u00e9al, que c\u2019\u00e9tait pratique seulement dans le grand Nord, avec les autres Inuit, puisque c\u2019\u00e9tait une langue descriptive et pratique pour la chasse. \u00c0 Montr\u00e9al, il n\u2019a donc pas ressenti le besoin d\u2019enseigner l\u2019Inuktitut \u00e0 ses enfants. \u00c7a m\u2019avait touch\u00e9, puisqu\u2019avec cette mani\u00e8re de voir les choses, on ne maintien pas la langue forte et vivante. Je pense que parler une langue, c\u2019est aussi une fa\u00e7on de penser, c\u2019est une forme d\u2019identit\u00e9. Peu importe o\u00f9 tu es, \u00e7a peut \u00eatre pratique. Je ne pense pas qu\u2019on change d\u2019identit\u00e9, juste si on change de place. En voyant un texte comme \u00e7a, spirituel, po\u00e9tique et philosophique, je me suis dit que oui, l\u2019Inuktitut peut \u00eatre parl\u00e9 comme \u00e7a.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concepts pour \u00e9voquer la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tradition orale, la \u00ab po\u00e9sie \u00bb se trouve ailleurs. Elle se remarque dans la mani\u00e8re dont on va exprimer les choses, dans les images utilis\u00e9es pour ce faire, et aussi dans la mani\u00e8re dont les phrases vont \u00eatre construites. Dans la langue ab\u00e9naquise, il faut que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents, pour exprimer une r\u00e9alit\u00e9, sans obligation de respecter un ordre sp\u00e9cifique. La \u00ab po\u00e9sie \u00bb peut ainsi appara\u00eetre dans la mani\u00e8re de structurer une phrase; cette phrase peut vouloir\/pouvoir dire plusieurs choses en m\u00eame temps. C\u2019est une \u00ab po\u00e9sie \u00bb imag\u00e9e.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">po\u00e9sie<\/a> est n\u00e9cessaire et primordiale, car la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de mots pour le concept de \u00ab litt\u00e9rature \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise; il s\u2019agit avant tout d\u2019une culture \u00e0 tradition orale. R\u00e9cemment, un nouveau courant de litt\u00e9rature autochtone a \u00e9merg\u00e9, mais ne concerne pas toutes les nations autochtones du Qu\u00e9bec dans une m\u00eame mesure. Pour les Ab\u00e9naquis, le plus r\u00e9cent remonte aux ann\u00e9es 1930 pour trouver une certaine forme de litt\u00e9rature en langue ab\u00e9naquise, avec Henry Lorne Masta (auteur de Abenaki Indian Legends, Grammar and Place Names). Par contre, certains auteurs ab\u00e9naquis, plus r\u00e9cemment, ont cr\u00e9\u00e9 des \u0153uvres litt\u00e9raires en utilisant la langue fran\u00e7aise ou anglaise.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">litt\u00e9rature<\/a> d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Toute mon enfance, je n\u2019entendais personne parler \u00ab po\u00e9tiquement \u00bb, c\u2019est pourquoi j\u2019ai trouv\u00e9 un peu difficile de traduire ce texte. En m\u00eame temps, \u00e7a m\u2019a permis de voir qu\u2019on peut parler po\u00e9tiquement; j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a beau de voir la langue inuite form\u00e9e comme \u00e7a, c\u2019\u00e9tait inspirant. Quand j\u2019\u00e9tais encore \u00e9tudiante \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval, on devait parler d\u2019un peuple minoritaire et de leur langue. J\u2019avais \u00e9videmment choisi les Inuit. J\u2019en avais rencontr\u00e9 beaucoup \u00e0 Montr\u00e9al. Un monsieur que j\u2019ai interview\u00e9, il \u00e9tait Inuit, il parlait Inuktitut, mais il n\u2019a jamais parl\u00e9 \u00e0 ses enfants en Inuktitut. Il avait dit que l\u2019Inuktitut n\u2019\u00e9tait pas pratique dans une ville comme Montr\u00e9al, que c\u2019\u00e9tait pratique seulement dans le grand Nord, avec les autres Inuit, puisque c\u2019\u00e9tait une langue descriptive et pratique pour la chasse. \u00c0 Montr\u00e9al, il n\u2019a donc pas ressenti le besoin d\u2019enseigner l\u2019Inuktitut \u00e0 ses enfants. \u00c7a m\u2019avait touch\u00e9, puisqu\u2019avec cette mani\u00e8re de voir les choses, on ne maintien pas la langue forte et vivante. Je pense que parler une langue, c\u2019est aussi une fa\u00e7on de penser, c\u2019est une forme d\u2019identit\u00e9. Peu importe o\u00f9 tu es, \u00e7a peut \u00eatre pratique. Je ne pense pas qu\u2019on change d\u2019identit\u00e9, juste si on change de place. En voyant un texte comme \u00e7a, spirituel, po\u00e9tique et philosophique, je me suis dit que oui, l\u2019Inuktitut peut \u00eatre parl\u00e9 comme \u00e7a.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concepts pour \u00e9voquer la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tradition orale, la \u00ab po\u00e9sie \u00bb se trouve ailleurs. Elle se remarque dans la mani\u00e8re dont on va exprimer les choses, dans les images utilis\u00e9es pour ce faire, et aussi dans la mani\u00e8re dont les phrases vont \u00eatre construites. Dans la langue ab\u00e9naquise, il faut que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents, pour exprimer une r\u00e9alit\u00e9, sans obligation de respecter un ordre sp\u00e9cifique. La \u00ab po\u00e9sie \u00bb peut ainsi appara\u00eetre dans la mani\u00e8re de structurer une phrase; cette phrase peut vouloir\/pouvoir dire plusieurs choses en m\u00eame temps. C\u2019est une \u00ab po\u00e9sie \u00bb imag\u00e9e.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">po\u00e9sie<\/a>. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Un ami atikamekw ayant beaucoup travaill\u00e9 avec la langue m\u2019a expliqu\u00e9 qu\u2019\u00ab\u2009Atikamekw\u2009\u00bb ne veut pas dire \u00ab\u2009poisson blanc\u2009\u00bb, contrairement \u00e0 ce que beaucoup de gens disent. \u00c7a veut dire \u00ab\u2009le sang du caribou\u2009\u00bb. C\u2019est beaucoup plus logique pour une nation nomade de porter un nom en l\u2019honneur d\u2019un troupeau de caribou qui autrefois \u00e9tait tr\u00e8s important. \u00ab\u2009Ab\u00e9naquis\u2009\u00bb ne veut vraiment rien dire. Le vrai mot est Waban-Aki. \u00ab\u2009Waban\u2009\u00bb veut dire soleil levant. Pour ce qui est de \u00ab\u2009aki\u2009\u00bb, c\u2019est presque la m\u00eame chose en cri. C\u2019est le territoire. \u00c7a veut donc dire \u00ab\u2009le peuple du territoire du soleil levant\u2009\u00bb. C\u2019est parce qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 l\u2019Est.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">nous forment sur le plan identitaire<\/a>. Pour nous, la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Toute mon enfance, je n\u2019entendais personne parler \u00ab po\u00e9tiquement \u00bb, c\u2019est pourquoi j\u2019ai trouv\u00e9 un peu difficile de traduire ce texte. En m\u00eame temps, \u00e7a m\u2019a permis de voir qu\u2019on peut parler po\u00e9tiquement; j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a beau de voir la langue inuite form\u00e9e comme \u00e7a, c\u2019\u00e9tait inspirant. Quand j\u2019\u00e9tais encore \u00e9tudiante \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval, on devait parler d\u2019un peuple minoritaire et de leur langue. J\u2019avais \u00e9videmment choisi les Inuit. J\u2019en avais rencontr\u00e9 beaucoup \u00e0 Montr\u00e9al. Un monsieur que j\u2019ai interview\u00e9, il \u00e9tait Inuit, il parlait Inuktitut, mais il n\u2019a jamais parl\u00e9 \u00e0 ses enfants en Inuktitut. Il avait dit que l\u2019Inuktitut n\u2019\u00e9tait pas pratique dans une ville comme Montr\u00e9al, que c\u2019\u00e9tait pratique seulement dans le grand Nord, avec les autres Inuit, puisque c\u2019\u00e9tait une langue descriptive et pratique pour la chasse. \u00c0 Montr\u00e9al, il n\u2019a donc pas ressenti le besoin d\u2019enseigner l\u2019Inuktitut \u00e0 ses enfants. \u00c7a m\u2019avait touch\u00e9, puisqu\u2019avec cette mani\u00e8re de voir les choses, on ne maintien pas la langue forte et vivante. Je pense que parler une langue, c\u2019est aussi une fa\u00e7on de penser, c\u2019est une forme d\u2019identit\u00e9. Peu importe o\u00f9 tu es, \u00e7a peut \u00eatre pratique. Je ne pense pas qu\u2019on change d\u2019identit\u00e9, juste si on change de place. En voyant un texte comme \u00e7a, spirituel, po\u00e9tique et philosophique, je me suis dit que oui, l\u2019Inuktitut peut \u00eatre parl\u00e9 comme \u00e7a.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concepts pour \u00e9voquer la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tradition orale, la \u00ab po\u00e9sie \u00bb se trouve ailleurs. Elle se remarque dans la mani\u00e8re dont on va exprimer les choses, dans les images utilis\u00e9es pour ce faire, et aussi dans la mani\u00e8re dont les phrases vont \u00eatre construites. Dans la langue ab\u00e9naquise, il faut que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents, pour exprimer une r\u00e9alit\u00e9, sans obligation de respecter un ordre sp\u00e9cifique. La \u00ab po\u00e9sie \u00bb peut ainsi appara\u00eetre dans la mani\u00e8re de structurer une phrase; cette phrase peut vouloir\/pouvoir dire plusieurs choses en m\u00eame temps. C\u2019est une \u00ab po\u00e9sie \u00bb imag\u00e9e.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">po\u00e9sie<\/a>, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Les diff\u00e9rentes langues algonquines du Qu\u00e9bec sont tr\u00e8s proches. Il s\u2019agit souvent d\u2019une simple diff\u00e9rence de prononciation. Par exemple, certains mots se terminent en \u00ab\u2009t\u2009\u00bb dans une langue et en \u00ab\u2009sh\u2009\u00bb dans l\u2019autre. Quand on sait cela, c\u2019est facile de comprendre les autres langues. C\u2019est comme le mot \u00ab\u2009\u00eatre humain\u2009\u00bb. Certains disent \u00ab\u2009Ilnu\u2009\u00bb, d\u2019autres \u00ab\u2009Innu\u2009\u00bb. Nous comprenons le m\u00eame mot. Mon oncle, qui est Ab\u00e9naquis, dit que la seule nation que personne ne comprend est la nation mohawk. C\u2019est une autre famille linguistique. C\u2019est la famille iroquoienne.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">les langues<\/a> autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui est difficile dans la traduction en Inuktitut, c'est qu'il y a plusieurs choses qui n'existent pas dans la langue. Au d\u00e9but, l'\u00e9criture en Inuktitut, avec le syllabique, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 par un missionnaire blanc, pour que les Inuit puissent lire la bible dans leur langue. Dans la bible, il n'y a pas n\u00e9cessairement de r\u00e9acteur nucl\u00e9aire! Ou toute sorte de termes scientifiques, par exemple. Quand \u00e7a n'existe pas en Inuktitut, chaque traducteur doit faire des recherches et trouver une mani\u00e8re de l'exprimer.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kanien\u2019keh\u00e1:ka (Mohawks)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La partie japonaise \u00e9tait plus difficile. J\u2019aurais souhait\u00e9 y consacrer plus de temps et demander \u00e0 davantage de gens plus de mots. Comment dire \u00ab\u2009une explosion\u2009\u00bb, par exemple\u2009? J\u2019ai pu poser des questions et faire de la recherche pour d\u2019autres locuteurs plus \u00e2g\u00e9s qui auraient pu conna\u00eetre un mot diff\u00e9rent du mien. Les mots que j\u2019ai invent\u00e9s exprimaient ce que j\u2019imaginais. Au total, j\u2019ai invent\u00e9 environ dix mots. Ils ont \u00e9t\u00e9 difficiles \u00e0 imaginer, mais je crois qu\u2019ils conviennent. J\u2019ai d\u00fb prendre des parties de mots parce que \u00e7a fonctionne ainsi. Il faut prendre des parties de mots et les assembler, alors c\u2019est ce que j\u2019ai d\u00fb faire. C\u2019\u00e9tait difficile. J\u2019aurais souhait\u00e9 avoir plus de temps et faire plus de recherches. J\u2019aurais voulu rencontrer des gens qui connaissent encore les vieux mots et peut-\u00eatre m\u00eame fouiller dans de vieux \u00e9crits ou des trait\u00e9s.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concept pour la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb; je l\u2019ai exprim\u00e9 comme \u00ab les nouveaux outils que les Blancs fabriquent \u00e0 tous les jours \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides<\/a>.<\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Les diff\u00e9rentes langues algonquines du Qu\u00e9bec sont tr\u00e8s proches. Il s\u2019agit souvent d\u2019une simple diff\u00e9rence de prononciation. Par exemple, certains mots se terminent en \u00ab\u2009t\u2009\u00bb dans une langue et en \u00ab\u2009sh\u2009\u00bb dans l\u2019autre. Quand on sait cela, c\u2019est facile de comprendre les autres langues. C\u2019est comme le mot \u00ab\u2009\u00eatre humain\u2009\u00bb. Certains disent \u00ab\u2009Ilnu\u2009\u00bb, d\u2019autres \u00ab\u2009Innu\u2009\u00bb. Nous comprenons le m\u00eame mot. Mon oncle, qui est Ab\u00e9naquis, dit que la seule nation que personne ne comprend est la nation mohawk. C\u2019est une autre famille linguistique. C\u2019est la famille iroquoienne.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">les langues<\/a> autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de mots pour le concept de \u00ab litt\u00e9rature \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise; il s\u2019agit avant tout d\u2019une culture \u00e0 tradition orale. R\u00e9cemment, un nouveau courant de litt\u00e9rature autochtone a \u00e9merg\u00e9, mais ne concerne pas toutes les nations autochtones du Qu\u00e9bec dans une m\u00eame mesure. Pour les Ab\u00e9naquis, le plus r\u00e9cent remonte aux ann\u00e9es 1930 pour trouver une certaine forme de litt\u00e9rature en langue ab\u00e9naquise, avec Henry Lorne Masta (auteur de Abenaki Indian Legends, Grammar and Place Names). Par contre, certains auteurs ab\u00e9naquis, plus r\u00e9cemment, ont cr\u00e9\u00e9 des \u0153uvres litt\u00e9raires en utilisant la langue fran\u00e7aise ou anglaise.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">litt\u00e9rature<\/a> autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La notion du temps, c'\u00e9tait plus difficile et \u00e7a d\u00e9pend du contexte. \u00ab Tipaikan \u00bb r\u00e9f\u00e8re davantage au temps qu'on mesure avec des heures, minutes, secondes. On utilise aussi \u00ab tshishuk \u00bb qui r\u00e9f\u00e8re davantage \u00e0 \u00ab l'espace \u00bb; un temps qu'on mesure par rapport au d\u00e9placement des astres.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">temps<\/a>. Ne le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Atikamekw Nehirowisiwok&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans notre mani\u00e8re de voir les choses, nous ne fragmentons pas le temps, on ne le coupe pas en morceaux. Quand on pense \u00e0 une r\u00e8gle, divis\u00e9e en millim\u00e8tres, \u00e7a correspond davantage \u00e0 une pens\u00e9e lin\u00e9aire. Notre pens\u00e9e est plut\u00f4t circulaire, globale. Nous ne nous sentons pas pouss\u00e9s par le temps qui passe. Nous ne consid\u00e9rons pas \u00ab prendre trop de temps \u00bb ou \u00ab ne pas avoir assez de temps \u00bb, nous ne comptons pas les minutes quand nous faisons quelque chose. Quand on mesure quelque chose, on consid\u00e8re les r\u00e9alisations. On va consid\u00e9rer \u00ab l\u2019action qui est r\u00e9alis\u00e9e \u00bb; c\u2019est notre mesure. L\u2019important, c\u2019est la chose \u00e0 faire, qui prendra \u00ab le temps n\u00e9cessaire \u00bb; on va terminer ce qu\u2019on a commenc\u00e9 de toute fa\u00e7on. C\u2019est l\u2019ensemble qui est consid\u00e9r\u00e9, l\u2019\u00e9v\u00e9nement. On mesure avec la somme des r\u00e9alisations.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons des termes pour fractionner le temps dans la langue innue; \u00ab secondes \u00bb se dit \u00ab ka tshikashtesht \u00bb, \u00ab minutes \u00bb \u00ab katshikashtet \u00bb et \u00ab heures \u00bb \u00ab tatutipaikana \u00bb. \u00ab Indian time \u00bb, je le nomme simplement \u00ab Innu-tipaikan \u00bb; \u00ab le temps de l\u2019\u00eatre humain \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Il est faux de dire qu\u2019il n\u2019y a pas de fragmentation du temps en ab\u00e9naquis car il existe des concepts pour les ann\u00e9es de temps, d\u2019\u00e2ge, les mois et les saisons. Il existe aussi des mots pour d\u00e9finir les heures\/minutes\/secondes dans la langue ab\u00e9naquise mais ils ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s ou emprunt\u00e9s apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens. Cela est visible dans le concept \u00ab d\u2019heure \u00bb, l8mkipoda, qui fait r\u00e9f\u00e9rence au sablier autrefois utilis\u00e9 pour mesurer le temps. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">fragmentons<\/a> pas en unit\u00e9s appel\u00e9es secondes, minutes et heures. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, si on pr\u00e9voyait se rassembler la nuit du samedi, \u00e0 minuit, les pr\u00eatres venaient nous dire : \u00ab\u2009OK, c\u2019est dimanche, c\u2019est termin\u00e9\u2009\u00bb. C\u2019est samedi soir. Le soleil n\u2019est pas encore lev\u00e9, ce n\u2019est donc pas dimanche. C\u2019est seulement parce que c\u2019est minuit, \u00e0 cause d\u2019une horloge. Si on est sur le territoire, ce n\u2019est pas important de savoir quelle minute on est. C\u2019est samedi.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">montre<\/a> autrefois. Nous prenions le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour parler de la dynamique de \u00ab prendre le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9 \u00bb, j\u2019ai formul\u00e9 que \u00ab nous travaillons bien, minutieusement, et allons jusqu\u2019au bout lorsque nous entreprenons quelque chose \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">temps n\u00e9cessaire<\/a> pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris) &lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Ce que je trouve amusant aujourd\u2019hui, c\u2019est que m\u00eame avec les horloges, les gens vont arriver en retard au travail et peuvent m\u00eame quitter le travail plus t\u00f4t. Ils ne prennent pas \u00e7a au s\u00e9rieux et c\u2019est correct. Je crois que par rapport aux horloges, les autochtones se disent \u00ab\u2009Ah, neuf heures, ce n\u2019est pas grave. Je vais me pr\u00e9senter \u00e0 neuf heures et quart\u2009\u00bb. Aussi, actuellement dans les communaut\u00e9s autochtones, il n\u2019y a simplement pas de cons\u00e9quence. Tu te pr\u00e9sentes en retard et tu n\u2019es pas cong\u00e9di\u00e9. Si tu es cong\u00e9di\u00e9, tu vas travailler \u00e0 la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9. L\u2019horloge n\u2019a pas l\u2019influence qu\u2019elle a sur le reste de la soci\u00e9t\u00e9 parce qu\u2019on ne d\u00e9pend pas les uns des autres. On a toujours \u00e9t\u00e9 ind\u00e9pendants, m\u00eame si on s\u2019entraidait. En ville, si la boulangerie n\u2019est pas ouverte \u00e0 sept heures, je n\u2019ai pas mon pain \u00e0 sept heures et quart. Je d\u00e9pends du boulanger ou de la personne dont j\u2019ai besoin pour que quelque chose soit fait. Je ne peux rien faire seul, je d\u00e9pends d\u2019autres personnes. Ainsi, les gens d\u00e9pendent les uns des autres pour survivre. Sur le territoire, tu ne d\u00e9pendais pas de \u00ab\u2009John\u2009\u00bb pour chasser l\u2019oie \u00e0 trois heures. Tu y allais simplement\u2009! Pr\u00e9sentement se sont deux cultures tr\u00e8s diff\u00e9rentes et je ne sais pas si on peut les agencer. Dans les communaut\u00e9s, c\u2019est la m\u00eame chose\u2009! Personne n\u2019a besoin de qui que ce soit pour faire les choses parce que la vie est tellement simple\u2009! Tu n\u2019as pas re\u00e7u ton fax \u00e0 trois heures, alors quoi\u2009? Nous sommes au 55e parall\u00e8le. Il n\u2019y aura aucune cons\u00e9quence si tu ne re\u00e7ois pas ton fax. La vie continue\u2009! Les gens deviennent frustr\u00e9s de \u00e7a. Je crois que c\u2019est plus un probl\u00e8me d\u2019administration que d\u2019autre chose. Personne n\u2019a besoin de d\u00e9pendre des autres pour que quelque chose se produise dans une communaut\u00e9 aussi recul\u00e9e. L\u2019important est de se rassembler de temps en temps.&lt;br \/&gt; Mais ce \u00ab\u2009temps indien\u2009\u00bb concerne un certain type d\u2019autochtones, honn\u00eatement. Chez moi, quand on a des rencontres, des s\u00e9ances du conseil par exemple, les a\u00een\u00e9s sont l\u00e0 et ils font des biscuits. Si la s\u00e9ance est \u00e0 neuf heures, ils sont l\u00e0 \u00e0 huit heures. C\u2019est une g\u00e9n\u00e9ration qui est entre-deux qui va \u00e0 la chasse ou n\u2019y accorde pas autant d\u2019importance que les a\u00een\u00e9s. Il y a donc un rel\u00e2chement et pour une g\u00e9n\u00e9ration ou deux, ils se disent \u00ab\u2009alors quoi\u2009? Je ne vais pas mourir si je ne me pr\u00e9sente pas \u00e0 cette rencontre\u2009\u00bb. Les a\u00een\u00e9s savent qu\u2019avec une telle attitude, dans le pass\u00e9 quand on \u00e9tait sur le territoire, on pouvait mourir si on n\u2019attrapait pas son poisson cette journ\u00e9e-l\u00e0. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la vie \u00e9tait diff\u00e9rente. Il fallait faire ce qu\u2019il y avait \u00e0 faire chaque jour pour sa famille. Sinon, on risquait la mort. Cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019a\u00een\u00e9s a connu la famine caus\u00e9e par la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson. Ces a\u00een\u00e9s ont cet esprit de survie. Ils l\u2019ont toujours eu. C\u2019est pour cette raison qu\u2019ils sont devenus des a\u00een\u00e9s. Ils ont surv\u00e9cu aux hivers.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Nous n\u2019avons pas de concept pour parler de ce \u00ab temps indien \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise; c\u2019est un concept qui vient des Blancs.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">Temps indien<\/a>, l\u2019Indian Time.<\/p>\n<p>Cette notion du <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La notion du temps, c'\u00e9tait plus difficile et \u00e7a d\u00e9pend du contexte. \u00ab Tipaikan \u00bb r\u00e9f\u00e8re davantage au temps qu'on mesure avec des heures, minutes, secondes. On utilise aussi \u00ab tshishuk \u00bb qui r\u00e9f\u00e8re davantage \u00e0 \u00ab l'espace \u00bb; un temps qu'on mesure par rapport au d\u00e9placement des astres.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">temps<\/a>, vu comme un <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour parler de cette dynamique du temps comme un mouvement continu, du temps qui ne s\u2019arr\u00eate jamais, j\u2019ai utilis\u00e9 l\u2019image du \u00ab feu qui continue de br\u00fbler par lui-m\u00eame \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">mouvement continu<\/a>, long et lent, cr\u00e9e parfois une <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La rencontre entre nos cultures peut parfois \u00eatre difficile puisque nous ne comprenons pas la signification du \u00ab temps \u00bb pour les Blancs.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">rencontre difficile<\/a> entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La notion du temps, c'\u00e9tait plus difficile et \u00e7a d\u00e9pend du contexte. \u00ab Tipaikan \u00bb r\u00e9f\u00e8re davantage au temps qu'on mesure avec des heures, minutes, secondes. On utilise aussi \u00ab tshishuk \u00bb qui r\u00e9f\u00e8re davantage \u00e0 \u00ab l'espace \u00bb; un temps qu'on mesure par rapport au d\u00e9placement des astres.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">temps<\/a>, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;La notion du temps, c'\u00e9tait plus difficile et \u00e7a d\u00e9pend du contexte. \u00ab Tipaikan \u00bb r\u00e9f\u00e8re davantage au temps qu'on mesure avec des heures, minutes, secondes. On utilise aussi \u00ab tshishuk \u00bb qui r\u00e9f\u00e8re davantage \u00e0 \u00ab l'espace \u00bb; un temps qu'on mesure par rapport au d\u00e9placement des astres.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">temps<\/a> universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres : de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris) &lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le r\u00e9acteur nucl\u00e9aire g\u00e9n\u00e8re de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. J\u2019ai traduit par centrale \u00e9lectrique parce qu\u2019on ne poss\u00e8de pas les mots pour d\u00e9crire les mol\u00e9cules. J\u2019ai d\u00fb faire toute une pr\u00e9sentation \u00e0 Mistissini et traduire la pr\u00e9sentation sur l\u2019uranium. Ils parlaient de radons et je me demandais comment traduire cela. Finalement, j\u2019ai d\u00fb dire \u00ab\u2009quelque chose qui s\u2019\u00e9chappe dans les airs et qui est si petit qu\u2019on ne peut pas le voir\u2009\u00bb. Dans de telles circonstances, on peut soit utiliser le mot anglais, soit tenter de l\u2019expliquer. C\u2019est simplement fonctionnel. On n\u2019a pas besoin de savoir ce qu\u2019une centrale nucl\u00e9aire fait sur le plan nucl\u00e9aire. Il faut simplement savoir que \u00e7a produit de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour \u00ab\u2009Japon\u2009\u00bb, puisqu\u2019au Nord la seule chose que les gens savent \u00e0 propos des Japonais sont les films de kung-fu aper\u00e7us sur HBO, l\u2019un des mots (personne ne l\u2019utilise vraiment) veut dire \u00ab\u2009les donneurs de coup de pied\u2009\u00bb. C\u2019est d\u00fb au kung-fu, \u00ab\u2009les gens qui donnent des coups de pied\u2009\u00bb. Je n\u2019ai pas utilis\u00e9 ce terme dans le texte\u2009! J\u2019ai simplement utilis\u00e9 \u00ab\u2009Japon\u2009\u00bb. Je sais qu\u2019en cri, les Russes sont \u00ab\u2009le peuple de l\u2019ours\u2009\u00bb, les Am\u00e9ricains sont \u00ab\u2009la terre des grandes \u00e9p\u00e9es\u2009\u00bb, le Canada est simplement le Canada. C\u2019est parce que les monolingues, les gens qui vivaient sur le territoire n\u2019avaient pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information internationale. Notre gouvernement n\u2019existe que depuis quarante ans. Je crois qu\u2019on y arrive.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innus \/ Ilnus (Montagnais)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\u00c7a a \u00e9t\u00e9 un peu difficile de traduire ce passage, mais on a r\u00e9ussi \u00e0 trouver une mani\u00e8re : \u00ab l'explosion venant de tr\u00e8s loin (du Japon), \u00e7a te touche, m\u00eame celui qui est tr\u00e8s proche de toi. \u00bb Pour le peuple japonais, on a simplement mis \u00ab Japon-assit \u00bb. Comme pour d\u2019autres nations, par exemple la nation Wendat on pourrait dire \u00ab Wendat-assit \u00bb. Mais les Wendats et les Mohawks, en innu on les appelle aussi, sp\u00e9cifiquement, \u00ab Konmikuanamit \u00bb; \u00ab ceux qui portent des plumes \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le terme \u00ab science \u00bb, je crois que \u00e7a se transpose un peu comme \u00ab les choses sur lesquelles on peut exp\u00e9rimenter \u00bb. Pour \u00ab l'explosion d'un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon \u00bb, j'ai donc associ\u00e9 \u00ab chose qui explose \u00bb avec le concept de \u00ab science \u00bb et \u00ab au Japon \u00bb; litt\u00e9ralement \u00ab cette chose sur laquelle on peut exp\u00e9rimenter qui explose au Japon \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi\u2019gmaq (Micmacs)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Le \u00ab nucl\u00e9aire \u00bb est difficile \u00e0 traduire. \u00c7a fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la radiation; quelque chose qui ne se voit pas. C\u2019est comme un cancer; c\u2019est quelque chose qui te br\u00fble de l\u2019int\u00e9rieur, qui mange notre chair.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de tel concept dans la langue ab\u00e9naquise; je l\u2019ai formul\u00e9 comme une \u00ab maison du soleil destructive \u00bb, wagalokagek kizosigamikw.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon<\/a>, si loin, aux <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Dans notre r\u00e9gion, lorsqu\u2019on parle d\u2019une mine, on dit \u00ab endroit pour manipuler les roches \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de tel concept dans la langue ab\u00e9naquise; j\u2019ai formul\u00e9 une \u00ab mine \u00bb comme une \u00ab maison creus\u00e9e profond\u00e9ment \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">op\u00e9rations mini\u00e8res locales<\/a>, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire : les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris) &lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Quand les missionnaires vinrent sur le territoire cri, ils dirent \u00e0 notre peuple \u00ab\u2009vos tambours sont mauvais, br\u00fblez-les tous\u2009\u00bb. C\u2019est ce que la plupart des gens ont fait, mais ils avaient l\u2019habitude de danser pour les animaux chaque saison parce que c\u2019\u00e9tait important et essentiel. Alors notre peuple se d\u00e9partit de ses tambours pour jouer du violon. Tout le monde pensait qu\u2019on jouait \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une gigue \u00e9cossaise, ce qui ne fait pas partie de nos traditions. Ce que les pr\u00eatres ne savaient pas, c\u2019est qu\u2019ils observaient des gens giguer, danser et jouer du violon pour des gens qui en fait, dansaient pour les animaux. C\u2019\u00e9tait la seule mani\u00e8re pour nous de continuer \u00e0 danser pour les animaux et leurs esprits sans que les pr\u00eatres ne le sachent. \u00c7a m\u2019a \u00e9tonn\u00e9. Chaque nation a conserv\u00e9 un secret qui appartient aussi \u00e0 chaque nation du Qu\u00e9bec et m\u00eame du Canada.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je pense que les Inuit au Nunavik, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 plus facile de les convertir au christianisme et de changer leur mode de vie que pour les Inuit du Nunavut. Au Nunavik on est plus proche de la \u00ab grande ville \u00bb, les missionnaires et autres voyageaient plus facilement vers Kujjuaq et ce coin-l\u00e0. Le Nunavut est encore plus loin dans le Nord, c\u2019est encore plus froid, il y avait moins de missionnaires et de Blancs qui visitaient cette r\u00e9gion. Les Inuit du Nunavut ont donc gard\u00e9 leur culture encore plus qu\u2019au Nunavik, o\u00f9 on est devenus plus s\u00e9dentaires, on pratique moins la culture traditionnelle. Les Inuit du Nunavik, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 plus facile d\u2019arr\u00eater de pratiquer le tatouage par exemple; le tatouage traditionnel des femmes, les petits points sur le visage, le menton, le front, les joues.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">brutales transformations<\/a> des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas ce qui s\u2019est produit dans la t\u00eate de ces gens, pour avoir pris les enfants autochtones et les avoir emmen\u00e9 dans les pensionnats. Ils ont fait \u00e7a avec des Inuit aussi, \u00e7a ne fait pas tr\u00e8s longtemps, ces gens sont encore en vie aujourd\u2019hui. Un autre exemple, il y avait des enfants de Puvirnituq, ils les ont emmen\u00e9s dans une \u00e9cole de politique, pour qu\u2019ils deviennent politiciens, mais \u00e7a n\u2019a pas march\u00e9. C\u2019\u00e9tait stupide, on ne peut pas faire \u00e7a, m\u00eame si c\u2019est fait avec une bonne intention. Le raisonnement est limit\u00e9; ils ne se sont jamais dit que lorsque ces enfants deviendront adultes, ils n\u2019aimeront pas n\u00e9cessairement ce m\u00e9tier. Elle n\u2019est pas si \u00e9volu\u00e9e, la race humaine; en g\u00e9n\u00e9ral, elle est m\u00e9chante. Je donne un autre exemple, l\u2019autre jour mon copain et moi on \u00e9tait au parc, c\u2019\u00e9tait un des premiers jours o\u00f9 il faisait beau et chaud, il y avait beaucoup de monde au parc. Il y avait aussi des bernaches; moi j\u2019ai beaucoup de respect envers les animaux. Il y avait un enfant, d\u2019environ 3-4 ans. Le parent n\u2019a probablement jamais enseign\u00e9 \u00e0 son enfant ce respect, puisque ce dernier a pris un morceau de bois et l\u2019a tir\u00e9 sur la bernache. \u00c7a m\u2019a tellement f\u00e2ch\u00e9, j\u2019avais envie de prendre l\u2019enfant et le chicaner : \u00ab H\u00e9! Ne fais pas \u00e7a \u00e0 l\u2019animal! \u00bb C\u2019est en nous, cette m\u00e9chancet\u00e9. La race humaine fait de l\u2019intimidation; certains trouvent un peuple qu\u2019ils per\u00e7oivent comme inf\u00e9rieur, donc ils vont en abuser. Je le dis de mani\u00e8re tr\u00e8s crue, sans nuances, mais c\u2019est d\u2019une certaine fa\u00e7on comment je le vois. Probablement qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque des pensionnats, avec leur mentalit\u00e9, ils percevaient \u00e7a comme correct. L'esclavage aussi \u00e7a vient me chercher. M\u00eame si on n'\u00e9tait pas n\u00e9cessairement des esclaves, juste d'avoir trait\u00e9 des \u00eatres humains de la sorte, de justifier ce traitement parce qu'ils ne sont pas de la m\u00eame mentalit\u00e9, \u00e7a me f\u00e2che.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">mentalit\u00e9 colonisatrice<\/a> peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris) &lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;C\u2019est fou tout ce qu\u2019on a \u00e0 faire pour simplement se tenir la t\u00eate hors de l\u2019eau. Les gens parlent des Indiens saouls dans les villes, mais il y a aussi des blancs qui sont ivres. La plupart des sans-abri que je vois \u00e0 Montr\u00e9al sont des blancs. Je ne comprends pas pourquoi les gens jugent les autochtones quand ils voient quelques Indiens qui ne sont pas dans leur milieu et qui luttent pour survivre. Amenez n\u2019importe quel non-autochtone dans les bois et il n\u2019aura aucune comp\u00e9tence pour survivre. On ne va alors pas juger toute la nation. &lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Pour exprimer le concept de \u00ab r\u00e9silience \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise, j\u2019ai formul\u00e9 par \u00ab oublier la m\u00e9chancet\u00e9, oublier les mauvaises histoires et se souvenir des bonnes \u00bb.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">r\u00e9silient<\/a>. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inuit&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;Je suis m\u00e9tiss\u00e9e, j\u2019ai mon c\u00f4t\u00e9 Blanc, mon p\u00e8re est qu\u00e9b\u00e9cois francophone, donc j\u2019ai les deux mentalit\u00e9s. Il faut que j\u2019adopte ma mentalit\u00e9 inuite pour pouvoir \u00eatre avec les Inuit, et quand je suis avec mon conjoint et ses amis, j\u2019adopte la mentalit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise, pour pouvoir \u00eatre avec eux. Si j\u2019agis trop comme une Inuit avec les Qu\u00e9b\u00e9cois, je vais \u00eatre d\u00e9cal\u00e9e, et m\u00eame chose de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Je suis vraiment les deux, j\u2019ai adopt\u00e9 les deux identit\u00e9s.&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">m\u00e9tissage<\/a> que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eeyous (Cris)&lt;\/strong&gt;&lt;\/p&gt; &lt;p&gt; \u00catre autochtone est en train de devenir tendance. Je pr\u00e9sente un spectacle avec un DJ et quatre danseurs. On a jou\u00e9 au Vieux-Port de Montr\u00e9al pour le Nouvel An. Ils nous ont fait jouer \u00e0 21 h 30. \u00c0 la t\u00e9l\u00e9, le premier ministre m\u2019a pr\u00e9sent\u00e9. Il y avait des milliers de personnes. C\u2019\u00e9tait moi et ma musique. J\u2019y ins\u00e8re des chants autochtones. Les danseurs sont en costumes. Au d\u00e9part, les gens semblaient incertains, mais c\u2019\u00e9tait un programme d\u2019une demi-heure. Apr\u00e8s quinze minutes, les gens ont compris qu\u2019ils pouvaient danser. C\u2019\u00e9tait \u00e9patant. Mon g\u00e9rant et les organisateurs ne s\u2019attendaient pas \u00e0 un tel spectacle de notre part. Il semble que ceux qui nous ont suivis ont eu de la difficult\u00e9 \u00e0 r\u00e9ussir ce qu\u2019on a fait. Nous sommes arriv\u00e9s avec tellement d\u2019\u00e9nergie, des costumes fabuleux, \u00e7a paraissait merveilleusement bien \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Les gens trouvaient \u00e7a cool. A Tribe Called Red sont en quelque sorte pr\u00e9curseurs de cela. \u00c7a a amen\u00e9 la possibilit\u00e9 pour les jeunes de d\u00e9couvrir leur culture et de ne plus en avoir honte. \u00ab\u2009Prends la sc\u00e8ne d\u2019assaut\u2009! Va au pow-wow. Trouve-toi de la meilleure fa\u00e7on possible.\u2009\u00bb&lt;\/p&gt; &lt;p&gt;\">L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir<\/a>. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row el_class=&#8221;hide&#8221;][vc_column][vc_tta_accordion][vc_tta_section title=&#8221;Anishinabeg (Algonquins)&#8221; tab_id=&#8221;1503494447309-44e59eba-39bb&#8221;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette histoire a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un nous pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>Ce nous que l\u2019on veut crier, ce nous en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce nous que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"On n\u2019a pas de mots pour parler de ce type de lien. On peut parler de liens familiaux, de liens entre les nations, mais on dit plut\u00f4t qu\u2019on appartient \u00e0 la nature.\">Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature<\/a> fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>Nos cultures se lisent dans notre <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"J\u2019ai traduit le concept \u00ab attachement \u00bb par \u00ab ce qui nous tient \u00e0 c\u0153ur \u00bb.\">attachement<\/a> \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>Le territoire est le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"J'ai traduit cette phrase d'une mani\u00e8re que si on parle de la Terre, c'est comme si c'\u00e9tait notre lit, l\u00e0 o\u00f9 on est bien. \u00ab On retourne \u00e0 notre lit, qui est la Terre \u00bb.\">berceau<\/a> des nations autochtones : notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le mot que j'utilise toujours pour traduire le concept de \u00ab droit \u00bb, c'est \u00ab ce qu'on est suppos\u00e9 avoir, ce qu'on est suppos\u00e9 nous donner, ce qui nous est d\u00fb, ce qui nous revient \u00bb.\">droits<\/a>, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Ce qu\u2019on veut mettre en premier, c\u2019est de travailler \u00e0 transmettre l\u2019importance de faire attention aux \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 la terre. La nature est sensible. En tant qu\u2019humains dans la nature, avec les animaux, il faut veiller \u00e0 la pr\u00e9server pour la garder longtemps.\">cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser<\/a> : cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci : nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers; il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien rude \u00e9tait cette vie. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"\u00ab Nous sommes les h\u00e9ritiers \u00bb pourrait se traduire par \u00ab ce que nos anc\u00eatres nous ont laiss\u00e9 \u00bb ou \u00ab nos anc\u00eatres nous ont laiss\u00e9 ces choses-l\u00e0 \u00bb. On ne parle pas uniquement de biens mat\u00e9riels; \u00e7a peut \u00eatre des valeurs aussi.\">h\u00e9ritiers<\/a>.<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre respect envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce respect. Il y a une mani\u00e8re et un temps : avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"J'ai traduit \u00ab reproduction \u00bb par \u00ab une femelle qui veut avoir des petits et qui est pr\u00eate \u00bb. Le concept de reproduction comme \u00ab acte sexuel \u00bb est tabou, \u00e7a ne se dit pas comme \u00e7a en Anicinabe. \u00c7a se dit mais \u00e7a conserve une connotation vulgaire; je l'ai exprim\u00e9 autrement dans le contexte de ce texte.\">reproduction<\/a>, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son r\u00f4le dans l\u2019univers et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"J'ai traduit \u00ab reproduction \u00bb par \u00ab une femelle qui veut avoir des petits et qui est pr\u00eate \u00bb. Le concept de reproduction comme \u00ab acte sexuel \u00bb est tabou, \u00e7a ne se dit pas comme \u00e7a en Anicinabe. \u00c7a se dit mais \u00e7a conserve une connotation vulgaire; je l'ai exprim\u00e9 autrement dans le contexte de ce texte.\">reproduction<\/a>. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es, et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de respect envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"J'ai eu de la difficult\u00e9 \u00e0 traduire \u00e7a. J\u2019ai traduit par \u00ab de la naissance jusqu'\u00e0 la mort, on nous a donn\u00e9 la vie \u00bb.\">Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire.<\/a> Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le tambour.<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le tambour pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos r\u00eaves redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"En tant qu\u2019Anicinabe, je ne me suis pas reconnue quand il \u00e9tait question des clans et de se nommer comme des animaux selon des traits de caract\u00e8res similaires. Je suis all\u00e9 voir les personnes \u00e2g\u00e9es \u00e0 la maison des a\u00een\u00e9s, et ils n'\u00e9taient pas au courant de cette pratique chez les Anicinabe, pour aussi loin qu'ils se souviennent. C'\u00e9tait le seul \u00e9l\u00e9ment auquel je ne me suis pas identifi\u00e9 en tant qu'Anicinabe.\">clan<\/a> auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"J\u2019ai traduit \u00ab la l\u00e9gende est intemporelle \u00bb par \u00ab une histoire qui n'est pas exactement vrai mais qui est comme un r\u00eave, qui fait partie de l'imaginaire comme un r\u00eave \u00bb.\">intemporelle<\/a>. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"J'ai eu de la difficult\u00e9 \u00e0 traduire \u00ab po\u00e8me \u00bb. J'ai l\u2019ai traduit par \u00ab la transposition en \u00e9crit des pens\u00e9es d'une personne \u00bb, ou \u00ab les pens\u00e9es \u00e9crites d'une personne \u00bb. Ce n'est pas l'intelligence, ce sont les pens\u00e9es; imaginaires, positives ou n\u00e9gatives. \">po\u00e8mes<\/a>. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s : cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la transmission des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la transmission n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Les <a id=\"\" class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le terme de Pow wow n\u2019est pas traduisible parce qu\u2019il est apparu tardivement au Qu\u00e9bec. Il n\u2019y a pas de terme sp\u00e9cifique pour d\u00e9signer ce genre de rassemblement avec toute la symbolique qu\u2019on lui attribue aujourd\u2019hui. Dans ma traduction je parle d'une \u00ab r\u00e9union, rencontre \u00bb, mais j'ai utilis\u00e9 le terme \u00ab Pow wow \u00bb parce que c'est un terme de r\u00e9f\u00e9rence que tout le monde conna\u00eet, comprend et utilise aujourd'hui. La phrase au complet pourrait se traduire par : \">pow-wow<\/a> permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>Le <a id=\"\" class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le terme de Pow wow n\u2019est pas traduisible parce qu\u2019il est apparu tardivement au Qu\u00e9bec. Il n\u2019y a pas de terme sp\u00e9cifique pour d\u00e9signer ce genre de rassemblement avec toute la symbolique qu\u2019on lui attribue aujourd\u2019hui. Dans ma traduction je parle d'une \u00ab r\u00e9union, rencontre \u00bb, mais j'ai utilis\u00e9 le terme \u00ab Pow wow \u00bb parce que c'est un terme de r\u00e9f\u00e9rence que tout le monde conna\u00eet, comprend et utilise aujourd'hui. La phrase au complet pourrait se traduire par : \">pow-wow<\/a> est un cadre d\u2019\u00e9change qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les <a id=\"\" class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le terme de Pow wow n\u2019est pas traduisible parce qu\u2019il est apparu tardivement au Qu\u00e9bec. Il n\u2019y a pas de terme sp\u00e9cifique pour d\u00e9signer ce genre de rassemblement avec toute la symbolique qu\u2019on lui attribue aujourd\u2019hui. Dans ma traduction je parle d'une \u00ab r\u00e9union, rencontre \u00bb, mais j'ai utilis\u00e9 le terme \u00ab Pow wow \u00bb parce que c'est un terme de r\u00e9f\u00e9rence que tout le monde conna\u00eet, comprend et utilise aujourd'hui. La phrase au complet pourrait se traduire par : \">pow-wow<\/a> ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"J'ai traduit par \u00ab des connaissances qui se prom\u00e8nent \u00bb.\">nomadisme des connaissances<\/a>, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente : elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient nous raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>Autrefois, nous \u00e9tions des \u00eatres autonomes. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p>Elle pouvait tout nommer : les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le fragmentons pas en unit\u00e9s appel\u00e9es secondes, minutes et heures. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le Temps indien, l\u2019Indian Time.<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres : de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire : les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][vc_tta_section title=&#8221;Atikamekw Nehirowisiwok&#8221; tab_id=&#8221;1503494447314-6772ceca-89dc&#8221;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Notre histoire, c\u2019est une tradition orale. Il est difficile de savoir exactement comment c\u2019\u00e9tait avant; c\u2019est une histoire qui nous est racont\u00e9e. Le terme que j\u2019ai utilis\u00e9 pour traduire le mot \u00ab histoire \u00bb, c\u2019est \u00ab atisokan \u00bb. \u00ab Atiso \u00bb veut dire \u00ab impr\u00e9gner \u00bb, comme lorsqu\u2019on teint une peau. On parle de notre histoire, de l\u2019histoire de quelqu\u2019un d\u2019autre, ce qui l\u2019impr\u00e8gne. \u00ab Ka wapisitc otatisokan \u00bb veut dire \u00ab l\u2019histoire de l\u2019autre, l\u2019histoire du Blanc \u00bb.\">histoire<\/a>. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Notre histoire, c\u2019est une tradition orale. Il est difficile de savoir exactement comment c\u2019\u00e9tait avant; c\u2019est une histoire qui nous est racont\u00e9e. Le terme que j\u2019ai utilis\u00e9 pour traduire le mot \u00ab histoire \u00bb, c\u2019est \u00ab atisokan \u00bb. \u00ab Atiso \u00bb veut dire \u00ab impr\u00e9gner \u00bb, comme lorsqu\u2019on teint une peau. On parle de notre histoire, de l\u2019histoire de quelqu\u2019un d\u2019autre, ce qui l\u2019impr\u00e8gne. \u00ab Ka wapisitc otatisokan \u00bb veut dire \u00ab l\u2019histoire de l\u2019autre, l\u2019histoire du Blanc \u00bb.\">histoire<\/a> a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un nous pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>Ce nous que l\u2019on veut crier, ce nous en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce nous que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Dans la pens\u00e9e autochtone, tout est reli\u00e9. Nous sommes attach\u00e9s, reli\u00e9s \u00e0 \u00ab notcimik \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la nature, \u00e0 la for\u00eat, au territoire. On ne peut pas \u00eatre s\u00e9par\u00e9s de \u00ab notcimik \u00bb; on vient de \u00ab notcimik \u00bb, on est issus de \u00ab notcimik \u00bb, \u00ab ni otci \u00bb veut dire \u00ab issu de \u00bb. Tous les \u00e9l\u00e9ments qui en font partie sont reli\u00e9s et forment un tout; arbres, animaux, plantes. C\u2019est pourquoi on consid\u00e8re que si le territoire est perturb\u00e9, nous sommes perturb\u00e9s aussi. On utilise aussi le terme \u00ab aski \u00bb, qui est plus g\u00e9n\u00e9ral. On l\u2019emploie aussi pour parler de la Terre. Lorsqu\u2019on parle d\u2019un \u00ab territoire de trappe \u00bb, on dit \u00ab otatoskeaw aski \u00bb, \u00ab atoskew \u00bb r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la trappe. On peut donc consid\u00e9rer que \u00ab notcimik \u00bb est dans \u00ab aski \u00bb, il fait partie de ce dernier, plus englobant. Nous utilisons aussi \u00ab nitaskinan \u00bb, qui signifie \u00ab notre territoire \u00bb (voir la section \u00ab \u00catre ensemble \u00bb sous le concept \u00ab nous \u00bb pour plus de d\u00e9tails).\">Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature<\/a> fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>Nos cultures se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones : notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser : cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci : nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers; il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien rude \u00e9tait cette vie. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Au d\u00e9part, nous sommes tous humains, d\u2019o\u00f9 l\u2019utilisation de \u00ab iriniw \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab l\u2019\u00eatre humain \u00bb. \u00ab Irin \u00bb, c\u2019est la racine, la source, l\u2019origine, la puret\u00e9. \u00ab Iriniw \u00bb, c\u2019est l\u2019humain d\u2019origine, la source de l\u2019humain. \u00ab Mowiso \u00bb c\u2019est l\u2019action de faire la cueillette, et \u00ab atoske \u00bb l\u2019action de chasser.\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/a><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le respect entre le chasseur et l\u2019animal est tr\u00e8s important. \u00ab Kicteritcikewin \u00bb, c\u2019est un respect r\u00e9ciproque.\">respect<\/a> envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le respect entre le chasseur et l\u2019animal est tr\u00e8s important. \u00ab Kicteritcikewin \u00bb, c\u2019est un respect r\u00e9ciproque.\">respect<\/a>. Il y a une mani\u00e8re et un temps : avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la reproduction, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son r\u00f4le dans l\u2019univers et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la reproduction. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es, et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le respect entre le chasseur et l\u2019animal est tr\u00e8s important. \u00ab Kicteritcikewin \u00bb, c\u2019est un respect r\u00e9ciproque.\">respect<\/a> envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"\u00ab Mantokasowin \u00bb comprend \u00ab manito \u00bb, qui veut dire \u00ab \u00eatre supr\u00eame \u00bb et \u00ab kaso \u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une action, \u00e0 faire quelque chose, au mouvement. \u00ab Kaso \u00bb est toujours associ\u00e9 \u00e0 une autre composante, comme dans \u00ab kicikaso \u00bb (quelqu\u2019un qui pose l\u2019action de payer, \u00ab kici \u00bb faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la paye) ou \u00ab mikaso \u00bb (quelqu\u2019un qui pose l\u2019action de battre quelqu\u2019un d\u2019autre, \u00ab mi \u00bb faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la bataille). \u00ab Kaso \u00bb, c\u2019est ce qui est en mouvement, ce qui agit, qui est anim\u00e9 par l\u2019\u00eatre supr\u00eame qui met tout en mouvement. \"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/a><\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Nous voyons la vie et la mort reli\u00e9es, dans un m\u00eame cercle infini. Quand tu viens au monde, \u00e7a implique aussi que tu vas mourir; tu nais, tu meurs. Le &lt;a class=\">tambour<\/a> symbolise ce cycle de vie et de mort; son battement est infini; le battement de la vie. &#8220;&gt;Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le mot \u00ab tambour \u00bb se traduit par le mot \u00ab tewehikan \u00bb, mais dans le fond, c\u2019est une contraction. Le vrai mot, \u00e0 l\u2019origine, pourrait s\u2019\u00e9crire \u00ab Otewehikan \u00bb, mais en pronon\u00e7ant on perd ce \u00ab o \u00bb, presque muet, d\u2019o\u00f9 l\u2019orthographe standardis\u00e9 \u00ab tewehikan \u00bb. \u00c7a soul\u00e8ve le fait que ce mot comprend le concept \u00ab otehi \u00bb, qui veut dire \u00ab c\u0153ur \u00bb. Le tambour est donc \u00ab l\u2019objet du c\u0153ur \u00bb ou \u00ab l\u2019instrument du c\u0153ur \u00bb, qui bat lui aussi.\">tambour<\/a>.<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Le mot \u00ab tambour \u00bb se traduit par le mot \u00ab tewehikan \u00bb, mais dans le fond, c\u2019est une contraction. Le vrai mot, \u00e0 l\u2019origine, pourrait s\u2019\u00e9crire \u00ab Otewehikan \u00bb, mais en pronon\u00e7ant on perd ce \u00ab o \u00bb, presque muet, d\u2019o\u00f9 l\u2019orthographe standardis\u00e9 \u00ab tewehikan \u00bb. \u00c7a soul\u00e8ve le fait que ce mot comprend le concept \u00ab otehi \u00bb, qui veut dire \u00ab c\u0153ur \u00bb. Le tambour est donc \u00ab l\u2019objet du c\u0153ur \u00bb ou \u00ab l\u2019instrument du c\u0153ur \u00bb, qui bat lui aussi.\">tambour<\/a> pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos r\u00eaves redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je traduis \u00ab l\u00e9gende \u00bb par \u00ab atisokan \u00bb, comme pour \u00ab l\u2019histoire \u00bb; c\u2019est la m\u00eame chose pour nous. Les l\u00e9gendes racontent l\u2019histoire. Ce sont des histoires qui on demeur\u00e9s inchang\u00e9es et qui se sont transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ces histoires qu\u2019on a surv\u00e9cu. Jadis, il n\u2019y avait pas de t\u00e9l\u00e9vision, pas de radio; c\u2019\u00e9tait par les l\u00e9gendes que les enfants pouvaient conna\u00eetre l\u2019histoire. On racontait toujours les m\u00eames histoires, aux m\u00eames \u00e2ges et au m\u00eame moment de la journ\u00e9e. \u00c0 force de conter les m\u00eames l\u00e9gendes, les enfants enregistrent et en venaient \u00e0 \u00eatre capables de les raconter \u00e0 leur tour. On racontait des l\u00e9gendes m\u00eame si l\u2019enfant dormait, parce qu\u2019il enregistre quand m\u00eame. Je racontais certaines l\u00e9gendes \u00e0 mon fils quand il avait cinq ans, aujourd\u2019hui il en a seize et il ne les a pas oubli\u00e9es. Il va \u00eatre capable de les raconter \u00e0 son tour. On retrouve les m\u00eames l\u00e9gendes, \u00e0 quelques variations pr\u00e8s, dans plusieurs nations. Comme la l\u00e9gende de \u00ab Tcakapec \u00bb par exemple. C\u2019est un personnage, un peu comme notre sauveur. D\u2019une nation \u00e0 une autre, son \u00ab image \u00bb va changer; parfois c\u2019est un li\u00e8vre, parfois un petit militaire, parfois on le pr\u00e9sente comme un \u00ab vrai \u00bb personnage, parfois comme un personnage mythique. Parfois aussi, certaines nations ont certains bouts d\u2019une histoire, et d\u2019autres nations vont avoir d\u2019autres bouts; certains en communs, d\u2019autres diff\u00e9rents. Il serait int\u00e9ressant de tout rassembler pour former une l\u00e9gende commune. Pour les mythes fondateurs, j\u2019ajoute \u00ab kitci \u00bb \u00e0 \u00ab atisokan \u00bb. \u00ab Kitci \u00bb veut dire \u00ab quelque chose d\u2019immense, de grande valeur \u00bb. \"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/a><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le clan auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est intemporelle. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les po\u00e8mes. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s : cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"On utilise la partie de mot \u00ab aniskowi \u00bb pour signifier \u00ab faire le pont pour relier toutes choses associ\u00e9s \u00e0 quelque chose \u00bb; faire le lien \u00e0 propos d\u2019un sujet. C\u2019est de cette mani\u00e8re que nous percevons la \u00ab transmission \u00bb.\">transmission<\/a> des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"On utilise la partie de mot \u00ab aniskowi \u00bb pour signifier \u00ab faire le pont pour relier toutes choses associ\u00e9s \u00e0 quelque chose \u00bb; faire le lien \u00e0 propos d\u2019un sujet. C\u2019est de cette mani\u00e8re que nous percevons la \u00ab transmission \u00bb.\">transmission<\/a> n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong>Les pow-wow permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>Le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Pour parler de ces \u00e9v\u00e9nements qu\u2019on nomme \u00ab Pow Wow \u00bb, nous utilisons le mot \u00ab opwakanahanicimowin \u00bb, qui comprend \u00ab opwakan \u00bb, qui pourrait se traduire par \u00ab esprit \u00bb. Nous faisons une distinction entre \u00ab \u00e2me \u00bb (\u00ab omanitom \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab Manito \u00bb, \u00ab \u00eatre supr\u00eame \u00bb) et \u00ab esprit \u00bb. Chaque \u00eatre vivant (chaque personne, animal, plante, etc.) a son \u00ab opwakan \u00bb, son \u00ab esprit \u00bb qu\u2019on qualifie parfois aussi de \u00ab petit soldat \u00bb. Dans un \u00ab Pow Wow \u00bb, on invite tous les \u00ab opwakan \u00bb, tous ces \u00ab esprits \u00bb du monde animal, de \u00ab l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 \u00bb (personnes \u00ab d\u00e9c\u00e9d\u00e9es \u00bb). On les invite \u00e0 ce rendez-vous pour se ressourcer, se r\u00e9unir, danser; c\u2019est en s\u2019unissant de la sorte qu\u2019on se donne une autre \u00e9nergie. C\u2019est l\u00e0, le sens du Pow Wow; se permettre de renouer afin de faire revivre toutes les valeurs, les savoirs, etc. Le mot \u00ab pipe \u00bb est proche; il s\u2019agit \u00ab d\u2019ospwakan \u00bb. C\u2019est l\u2019instrument qu\u2019on utilise pour remercier, pour honorer, pour invoquer en pri\u00e8res. \">pow-wow<\/a> est un cadre d\u2019\u00e9change qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Pour parler de ces \u00e9v\u00e9nements qu\u2019on nomme \u00ab Pow Wow \u00bb, nous utilisons le mot \u00ab opwakanahanicimowin \u00bb, qui comprend \u00ab opwakan \u00bb, qui pourrait se traduire par \u00ab esprit \u00bb. Nous faisons une distinction entre \u00ab \u00e2me \u00bb (\u00ab omanitom \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab Manito \u00bb, \u00ab \u00eatre supr\u00eame \u00bb) et \u00ab esprit \u00bb. Chaque \u00eatre vivant (chaque personne, animal, plante, etc.) a son \u00ab opwakan \u00bb, son \u00ab esprit \u00bb qu\u2019on qualifie parfois aussi de \u00ab petit soldat \u00bb. Dans un \u00ab Pow Wow \u00bb, on invite tous les \u00ab opwakan \u00bb, tous ces \u00ab esprits \u00bb du monde animal, de \u00ab l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 \u00bb (personnes \u00ab d\u00e9c\u00e9d\u00e9es \u00bb). On les invite \u00e0 ce rendez-vous pour se ressourcer, se r\u00e9unir, danser; c\u2019est en s\u2019unissant de la sorte qu\u2019on se donne une autre \u00e9nergie. C\u2019est l\u00e0, le sens du Pow Wow; se permettre de renouer afin de faire revivre toutes les valeurs, les savoirs, etc. Le mot \u00ab pipe \u00bb est proche; il s\u2019agit \u00ab d\u2019ospwakan \u00bb. C\u2019est l\u2019instrument qu\u2019on utilise pour remercier, pour honorer, pour invoquer en pri\u00e8res. \">pow-wow<\/a>\u00a0 ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain nomadisme des connaissances, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><br \/>\n\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente : elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"\u00c0 plusieurs endroits dans le texte, j\u2019ai d\u00fb traduire le mot \u00ab nous \u00bb; il se traduit par \u00ab kirano \u00bb. J\u2019aimerais insister sur ce terme, dans ce chapitre \u00ab \u00eatre ensemble \u00bb. Dans notre langue, \u00ab kirano \u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un tout englobant; c\u2019est le \u00ab nous \u00bb inclusif. Nous, en tant qu\u2019humains, ensemble, ne formons qu\u2019un; c\u2019est le concept de \u00ab kirano \u00bb. Nous nous consid\u00e9rons tous fr\u00e8res et s\u0153urs de sang. On a m\u00eame tendance \u00e0 privil\u00e9gier autrui, avant soi-m\u00eame. Quand quelqu\u2019un vient chez moi et qu\u2019il a faim, c\u2019est normal qu\u2019il aille voir dans le r\u00e9frig\u00e9rateur et qu\u2019il se serve, sans qu\u2019il ait \u00e0 demander quoi que ce soit. \u00c7a se remarque aussi dans l\u2019ordre des pronoms personnels dans notre langue; \u00ab kir \u00bb arrive en premier; c\u2019est la deuxi\u00e8me personne en fran\u00e7ais, le \u00ab tu \u00bb, \u00ab l\u2019Autre \u00bb. Le \u00ab je \u00bb, \u00ab nin \u00bb, arrive apr\u00e8s. C\u2019est toujours l\u2019Autre qui est en priorit\u00e9, pas soi; l\u2019Autre est plus important que soi. Le \u00ab nous \u00bb exclusif, c\u2019est \u00ab ninan \u00bb, ce \u00ab nous \u00bb qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi avec d\u2019autres personnes formant un groupe, mais qui exclue d\u2019autres personnes. Par rapport au territoire, on peut donc dire \u00ab nitaskinan \u00bb, qui est \u00ab notre territoire \u00bb, celui de ma nation mais pas de toutes les nations, de tous les humains; c\u2019est le territoire des Nehirowisiwok (Atikamekw). \u00ab Notre territoire \u00bb qui englobe tous les humains, ce serait plut\u00f4t \u00ab nitaskino \u00bb. \">nous<\/a>\u00a0raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>Autrefois, <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"\u00c0 plusieurs endroits dans le texte, j\u2019ai d\u00fb traduire le mot \u00ab nous \u00bb; il se traduit par \u00ab kirano \u00bb. J\u2019aimerais insister sur ce terme, dans ce chapitre \u00ab \u00eatre ensemble \u00bb. Dans notre langue, \u00ab kirano \u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un tout englobant; c\u2019est le \u00ab nous \u00bb inclusif. Nous, en tant qu\u2019humains, ensemble, ne formons qu\u2019un; c\u2019est le concept de \u00ab kirano \u00bb. Nous nous consid\u00e9rons tous fr\u00e8res et s\u0153urs de sang. On a m\u00eame tendance \u00e0 privil\u00e9gier autrui, avant soi-m\u00eame. Quand quelqu\u2019un vient chez moi et qu\u2019il a faim, c\u2019est normal qu\u2019il aille voir dans le r\u00e9frig\u00e9rateur et qu\u2019il se serve, sans qu\u2019il ait \u00e0 demander quoi que ce soit. \u00c7a se remarque aussi dans l\u2019ordre des pronoms personnels dans notre langue; \u00ab kir \u00bb arrive en premier; c\u2019est la deuxi\u00e8me personne en fran\u00e7ais, le \u00ab tu \u00bb, \u00ab l\u2019Autre \u00bb. Le \u00ab je \u00bb, \u00ab nin \u00bb, arrive apr\u00e8s. C\u2019est toujours l\u2019Autre qui est en priorit\u00e9, pas soi; l\u2019Autre est plus important que soi. Le \u00ab nous \u00bb exclusif, c\u2019est \u00ab ninan \u00bb, ce \u00ab nous \u00bb qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi avec d\u2019autres personnes formant un groupe, mais qui exclue d\u2019autres personnes. Par rapport au territoire, on peut donc dire \u00ab nitaskinan \u00bb, qui est \u00ab notre territoire \u00bb, celui de ma nation mais pas de toutes les nations, de tous les humains; c\u2019est le territoire des Nehirowisiwok (Atikamekw). \u00ab Notre territoire \u00bb qui englobe tous les humains, ce serait plut\u00f4t \u00ab nitaskino \u00bb. \">nous<\/a>\u00a0\u00e9tions des \u00eatres <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"\u00c0 plusieurs endroits dans le texte, j\u2019ai d\u00fb traduire le mot \u00ab nous \u00bb; il se traduit par \u00ab kirano \u00bb. J\u2019aimerais insister sur ce terme, dans ce chapitre \u00ab \u00eatre ensemble \u00bb. Dans notre langue, \u00ab kirano \u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un tout englobant; c\u2019est le \u00ab nous \u00bb inclusif. Nous, en tant qu\u2019humains, ensemble, ne formons qu\u2019un; c\u2019est le concept de \u00ab kirano \u00bb. Nous nous consid\u00e9rons tous fr\u00e8res et s\u0153urs de sang. On a m\u00eame tendance \u00e0 privil\u00e9gier autrui, avant soi-m\u00eame. Quand quelqu\u2019un vient chez moi et qu\u2019il a faim, c\u2019est normal qu\u2019il aille voir dans le r\u00e9frig\u00e9rateur et qu\u2019il se serve, sans qu\u2019il ait \u00e0 demander quoi que ce soit. \u00c7a se remarque aussi dans l\u2019ordre des pronoms personnels dans notre langue; \u00ab kir \u00bb arrive en premier; c\u2019est la deuxi\u00e8me personne en fran\u00e7ais, le \u00ab tu \u00bb, \u00ab l\u2019Autre \u00bb. Le \u00ab je \u00bb, \u00ab nin \u00bb, arrive apr\u00e8s. C\u2019est toujours l\u2019Autre qui est en priorit\u00e9, pas soi; l\u2019Autre est plus important que soi. Le \u00ab nous \u00bb exclusif, c\u2019est \u00ab ninan \u00bb, ce \u00ab nous \u00bb qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi avec d\u2019autres personnes formant un groupe, mais qui exclue d\u2019autres personnes. Par rapport au territoire, on peut donc dire \u00ab nitaskinan \u00bb, qui est \u00ab notre territoire \u00bb, celui de ma nation mais pas de toutes les nations, de tous les humains; c\u2019est le territoire des Nehirowisiwok (Atikamekw). \u00ab Notre territoire \u00bb qui englobe tous les humains, ce serait plut\u00f4t \u00ab nitaskino \u00bb.\">autonomes<\/a>. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"\u00c0 plusieurs endroits dans le texte, j\u2019ai d\u00fb traduire le mot \u00ab nous \u00bb; il se traduit par \u00ab kirano \u00bb. J\u2019aimerais insister sur ce terme, dans ce chapitre \u00ab \u00eatre ensemble \u00bb. Dans notre langue, \u00ab kirano \u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un tout englobant; c\u2019est le \u00ab nous \u00bb inclusif. Nous, en tant qu\u2019humains, ensemble, ne formons qu\u2019un; c\u2019est le concept de \u00ab kirano \u00bb. Nous nous consid\u00e9rons tous fr\u00e8res et s\u0153urs de sang. On a m\u00eame tendance \u00e0 privil\u00e9gier autrui, avant soi-m\u00eame. Quand quelqu\u2019un vient chez moi et qu\u2019il a faim, c\u2019est normal qu\u2019il aille voir dans le r\u00e9frig\u00e9rateur et qu\u2019il se serve, sans qu\u2019il ait \u00e0 demander quoi que ce soit. \u00c7a se remarque aussi dans l\u2019ordre des pronoms personnels dans notre langue; \u00ab kir \u00bb arrive en premier; c\u2019est la deuxi\u00e8me personne en fran\u00e7ais, le \u00ab tu \u00bb, \u00ab l\u2019Autre \u00bb. Le \u00ab je \u00bb, \u00ab nin \u00bb, arrive apr\u00e8s. C\u2019est toujours l\u2019Autre qui est en priorit\u00e9, pas soi; l\u2019Autre est plus important que soi. Le \u00ab nous \u00bb exclusif, c\u2019est \u00ab ninan \u00bb, ce \u00ab nous \u00bb qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi avec d\u2019autres personnes formant un groupe, mais qui exclue d\u2019autres personnes. Par rapport au territoire, on peut donc dire \u00ab nitaskinan \u00bb, qui est \u00ab notre territoire \u00bb, celui de ma nation mais pas de toutes les nations, de tous les humains; c\u2019est le territoire des Nehirowisiwok (Atikamekw). \u00ab Notre territoire \u00bb qui englobe tous les humains, ce serait plut\u00f4t \u00ab nitaskino \u00bb.\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/a><\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Non seulement la langue pouvait tout nommer, mais elle pouvait aussi dire plein de choses en m\u00eame temps. Par notre langue, c\u2019est comme la terre qui parle; c\u2019est la langue de la Terre-m\u00e8re. Par exemple, si on parle de temp\u00e9rature, on veut dire qu\u2019il vente, \u00ab mirowew \u00bb, \u00e7a pourrait se traduire par \u00ab on te donne un souffle \u00bb. La langue va jusque-l\u00e0, c\u2019est pourquoi il est important de la pr\u00e9server.\">Elle pouvait tout nommer<\/a>: les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Dans notre mani\u00e8re de voir les choses, nous ne fragmentons pas le temps, on ne le coupe pas en morceaux. Quand on pense \u00e0 une r\u00e8gle, divis\u00e9e en millim\u00e8tres, \u00e7a correspond davantage \u00e0 une pens\u00e9e lin\u00e9aire. Notre pens\u00e9e est plut\u00f4t circulaire, globale. Nous ne nous sentons pas pouss\u00e9s par le temps qui passe. Nous ne consid\u00e9rons pas \u00ab prendre trop de temps \u00bb ou \u00ab ne pas avoir assez de temps \u00bb, nous ne comptons pas les minutes quand nous faisons quelque chose. Quand on mesure quelque chose, on consid\u00e8re les r\u00e9alisations. On va consid\u00e9rer \u00ab l\u2019action qui est r\u00e9alis\u00e9e \u00bb; c\u2019est notre mesure. L\u2019important, c\u2019est la chose \u00e0 faire, qui prendra \u00ab le temps n\u00e9cessaire \u00bb; on va terminer ce qu\u2019on a commenc\u00e9 de toute fa\u00e7on. C\u2019est l\u2019ensemble qui est consid\u00e9r\u00e9, l\u2019\u00e9v\u00e9nement. On mesure avec la somme des r\u00e9alisations.\">fragmentons<\/a><br \/>\npas en unit\u00e9s appel\u00e9es <em>secondes<\/em>, <em>minutes<\/em> et <em>heures<\/em>. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le <em>Temps indien<\/em>, l\u2019<em>Indian Time<\/em>.<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres\u00a0: de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Il est important de rappeler la rapidit\u00e9 avec laquelle les choses se sont produites. On avait un mode de vie en territoire. Puis tr\u00e8s rapidement, on a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 adopter un autre mode de vie. On a v\u00e9cu \u00e7a comme une expulsion; se faire arracher, d\u00e9raciner de son habitat.\">histoire<\/a> : les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Il est important de rappeler la rapidit\u00e9 avec laquelle les choses se sont produites. On avait un mode de vie en territoire. Puis tr\u00e8s rapidement, on a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 adopter un autre mode de vie. On a v\u00e9cu \u00e7a comme une expulsion; se faire arracher, d\u00e9raciner de son habitat.\">histoire<\/a>, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Cette <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Il est important de rappeler la rapidit\u00e9 avec laquelle les choses se sont produites. On avait un mode de vie en territoire. Puis tr\u00e8s rapidement, on a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 adopter un autre mode de vie. On a v\u00e9cu \u00e7a comme une expulsion; se faire arracher, d\u00e9raciner de son habitat.\">histoire<\/a>, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][vc_tta_section title=&#8221;Eeyou (Cris)&#8221; tab_id=&#8221;1503913363230-dfeac03d-b777&#8243;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Pour t\u00e9moigner de l\u2019histoire, il faut conna\u00eetre les mots de nos anc\u00eatres. On peut litt\u00e9ralement dire \u00ab\u2009les histoires que nos anc\u00eatres ont apprises des leurs et qu\u2019ils ont transmises\u2009\u00bb. Ce sont les histoires du pass\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 transmises aux plus jeunes, pour le futur. \u00ab\u2009Histoire\u2009\u00bb se dit simplement \u00ab\u2009tipachimuun\u2009\u00bb. Son fondement est la narration. M\u00eame bas\u00e9 sur des faits, \u00e7a reste une histoire avec le point de vue de quelqu\u2019un sur celle-ci. Alors \u00ab\u2009anshchaa-tipachimuun\u2009\u00bb veut dire \u00ab\u2009histoire\u2009\u00bb. \u00ab\u2009Atiyuu\u2019kan\u2009\u00bb, c\u2019est notre \u00e9vangile, nos l\u00e9gendes. C\u2019est un mot compl\u00e8tement diff\u00e9rent.\">histoire<\/a>. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Quand les missionnaires vinrent sur le territoire cri, ils dirent \u00e0 notre peuple \u00ab\u2009vos tambours sont mauvais, br\u00fblez-les tous\u2009\u00bb. C\u2019est ce que la plupart des gens ont fait, mais ils avaient l\u2019habitude de danser pour les animaux chaque saison parce que c\u2019\u00e9tait important et essentiel. Alors notre peuple se d\u00e9partit de ses tambours pour jouer du violon. Tout le monde pensait qu\u2019on jouait \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une gigue \u00e9cossaise, ce qui ne fait pas partie de nos traditions. Ce que les pr\u00eatres ne savaient pas, c\u2019est qu\u2019ils observaient des gens giguer, danser et jouer du violon pour des gens qui en fait, dansaient pour les animaux. C\u2019\u00e9tait la seule mani\u00e8re pour nous de continuer \u00e0 danser pour les animaux et leurs esprits sans que les pr\u00eatres ne le sachent. \u00c7a m\u2019a \u00e9tonn\u00e9. Chaque nation a conserv\u00e9 un secret qui appartient aussi \u00e0 chaque nation du Qu\u00e9bec et m\u00eame du Canada.\">mentalit\u00e9 colonisatrice<\/a> devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Pour t\u00e9moigner de l\u2019histoire, il faut conna\u00eetre les mots de nos anc\u00eatres. On peut litt\u00e9ralement dire \u00ab\u2009les histoires que nos anc\u00eatres ont apprises des leurs et qu\u2019ils ont transmises\u2009\u00bb. Ce sont les histoires du pass\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 transmises aux plus jeunes, pour le futur. \u00ab\u2009Histoire\u2009\u00bb se dit simplement \u00ab\u2009tipachimuun\u2009\u00bb. Son fondement est la narration. M\u00eame bas\u00e9 sur des faits, \u00e7a reste une histoire avec le point de vue de quelqu\u2019un sur celle-ci. Alors \u00ab\u2009anshchaa-tipachimuun\u2009\u00bb veut dire \u00ab\u2009histoire\u2009\u00bb. \u00ab\u2009Atiyuu\u2019kan\u2009\u00bb, c\u2019est notre \u00e9vangile, nos l\u00e9gendes. C\u2019est un mot compl\u00e8tement diff\u00e9rent.\">histoire<\/a> a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un nous pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>Ce nous que l\u2019on veut crier, ce nous en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce nous que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je crois que si on saisit la nature des c\u00e9r\u00e9monies et notre lien avec l\u2019ensemble, c\u2019est surnaturel et c\u2019est vrai. Quand on parlait sommairement des c\u00e9r\u00e9monies, on oubliait qu\u2019elles \u00e9taient primordiales.\">Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature<\/a>fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>Nos cultures\u00a0se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones\u00a0: notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser\u00a0: cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci\u00a0: nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Pendant des si\u00e8cles, les autochtones ont dit \u00ab\u2009ralentissez, vous allez faire mal \u00e0 la Terre\u2009\u00bb. Nous en sommes rendus au point o\u00f9 le r\u00e9chauffement climatique est devenu r\u00e9alit\u00e9. L\u2019ironie du sort, c\u2019est que les blancs poss\u00e8dent la science qui les rend en mesure de confirmer que la Terre se r\u00e9chauffe, que la calotte glaciaire est en train de fondre. \u00c7a fait des si\u00e8cles que les autochtones le disent. On prend maintenant conscience qu\u2019on est tous dans le m\u00eame bateau. R\u00e9cemment, la science a confirm\u00e9 que la c\u00e9r\u00e9monie de la fum\u00e9e purifie l\u2019air. On le savait aussi\u2009! Un a\u00een\u00e9 m\u2019a confi\u00e9 qu\u2019un des plus grands crimes de l\u2019humanit\u00e9 est d\u2019avoir vol\u00e9 le savoir des esprits. La science appartient aux esprits. Ils l\u2019ont cr\u00e9\u00e9e et nous leur avons vol\u00e9e pour l\u2019utiliser \u00e0 mauvais escient. J\u2019ai trouv\u00e9 que \u00e7a donnait froid dans le dos de penser que plut\u00f4t que de repr\u00e9senter le progr\u00e8s, la science \u00e9tait en fait un vol de savoir auquel on n\u2019avait pas droit en tant qu\u2019\u00eatres humains. C\u2019est un long d\u00e9bat sur le monde spirituel.\">la protection de l\u2019environnement<\/a>\u00a0et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers;\u00a0il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"\u00c0 l\u2019\u00e9poque, quand on voulait chauffer la maison, il fallait aller chercher le bois et le couper, qu\u2019on ait les outils ou pas. Il fallait ensuite faire le feu pour r\u00e9chauffer la maison. Aujourd\u2019hui, on tourne un bouton, un thermom\u00e8tre. Aucun travail n\u2019est requis. On ne peut donc pas pr\u00e9tendre qu\u2019on survit. Les gens s\u2019entraidaient. Ils ne consommaient et ne gaspillaient pas autant. Par contre, m\u00eame pour ma g\u00e9n\u00e9ration, qui a v\u00e9cu dans des maisons bo\u00eetes d\u2019allumettes et sans eau courante, on ne peut pas tenir les choses pour acquises.\">rude \u00e9tait cette vie<\/a>\u00a0\u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre respect envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce respect. Il y a une mani\u00e8re et un temps\u00a0: avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la reproduction, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Quand on \u00e9tait sur le territoire avec un objectif en t\u00eate, la terre accentuait l\u2019objectif et permettait de l\u2019atteindre. Par exemple, si on chassait, m\u00eame si c\u2019est parfois difficile, si on en avait l\u2019intention, on trouvait le caribou. Le caribou r\u00e9agissait \u00e0 l\u2019intention parce que lui aussi connaissait l\u2019univers. C\u2019est fou et intense\u2009! C\u2019est ce qui nous lie. Nous faisons tous partie de l\u2019univers.\">r\u00f4le dans l\u2019univers<\/a> et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la reproduction. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village\u00a0comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es,\u00a0et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de respect envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire. Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le tambour.<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le tambour pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Quand je pense au boomerang en Australie, c\u2019est un angle particulier sur une structure particuli\u00e8re. Je ne vois pas comment un aborig\u00e8ne aurait pu marcher au bord d\u2019une rivi\u00e8re, trouver un morceau de bois ayant cette forme et le lancer pour qu\u2019il revienne vers lui. Pour moi, c\u2019est un mod\u00e8le venu d\u2019un r\u00eave, quelque chose de murmur\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille de quelqu\u2019un. Ils l\u2019ont construit et ont travaill\u00e9 sur le mod\u00e8le, puis \u00e7a a fonctionn\u00e9. Ils \u00e9taient faits pour fonctionner. Je ne peux simplement pas croire que c\u2019\u00e9tait presque un hasard. Je crois aussi que le langage vient des r\u00eaves. C\u2019est un don.\">r\u00eaves<\/a> redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le clan auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est intemporelle. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les po\u00e8mes. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s\u00a0: cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la transmission des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la transmission n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Les pow-wow\u00a0permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>Le pow-wow est un cadre d\u2019\u00e9change qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les pow-wow ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain nomadisme des connaissances, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu\u00a0 d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente\u00a0: elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient nous raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>Autrefois, nous \u00e9tions des \u00eatres autonomes. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p>Elle pouvait tout nommer\u00a0: les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le fragmentons pas en unit\u00e9s appel\u00e9es secondes, minutes et heures. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le Temps indien, l\u2019Indian Time.<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres\u00a0: de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire\u00a0: les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][vc_tta_section title=&#8221;Innus\/Ilnus (Montagnais)&#8221; tab_id=&#8221;1503915247900-5b6bb37e-e46f&#8221;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette histoire a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un <em>nous<\/em> pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce <em>nous<\/em> que l\u2019on veut crier, ce <em>nous <\/em>en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce <em>nous<\/em> que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nos cultures\u00a0se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones\u00a0: notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser\u00a0: cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci\u00a0: nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers;\u00a0il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien rude \u00e9tait cette vie. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre respect envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce respect. Il y a une mani\u00e8re et un temps\u00a0: avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la reproduction, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son r\u00f4le dans l\u2019univers et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la reproduction. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village\u00a0comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es,\u00a0et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de respect envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire. Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le tambour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le tambour pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos r\u00eaves redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le clan auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est intemporelle. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les po\u00e8mes. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s\u00a0: cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la transmission des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la transmission n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Les pow-wow\u00a0permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le pow-wow est un cadre d\u2019\u00e9change qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les pow-wow ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain nomadisme des connaissances, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu\u00a0 d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente\u00a0: elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient nous raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autrefois, nous \u00e9tions des \u00eatres autonomes. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p>Elle pouvait tout nommer\u00a0: les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le fragmentons pas en unit\u00e9s appel\u00e9es <em>secondes<\/em>, <em>minutes<\/em> et <em>heures<\/em>. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le <em>Temps indien<\/em>, l\u2019<em>Indian Time<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres\u00a0: de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire\u00a0: les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][vc_tta_section title=&#8221;Inuit&#8221; tab_id=&#8221;1503915423007-e1458549-9683&#8243;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette histoire a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un <em>nous<\/em> pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce <em>nous<\/em> que l\u2019on veut crier, ce <em>nous <\/em>en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce <em>nous<\/em> que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nos cultures\u00a0se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones\u00a0: notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser\u00a0: cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci\u00a0: nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers;\u00a0il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien rude \u00e9tait cette vie. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre respect envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce respect. Il y a une mani\u00e8re et un temps\u00a0: avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la reproduction, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son r\u00f4le dans l\u2019univers et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la reproduction. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village\u00a0comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es,\u00a0et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de respect envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire. Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le tambour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le tambour pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos r\u00eaves redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le clan auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est intemporelle. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les po\u00e8mes. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s\u00a0: cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la transmission des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la transmission n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Les pow-wow\u00a0permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le pow-wow est un cadre d\u2019\u00e9change qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les pow-wow ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain nomadisme des connaissances, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu\u00a0 d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente\u00a0: elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient nous raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autrefois, nous \u00e9tions des \u00eatres autonomes. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p>Elle pouvait tout nommer\u00a0: les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le fragmentons pas en unit\u00e9s appel\u00e9es <em>secondes<\/em>, <em>minutes<\/em> et <em>heures<\/em>. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le <em>Temps indien<\/em>, l\u2019<em>Indian Time<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres\u00a0: de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire\u00a0: les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][vc_tta_section title=&#8221;Kanien\u2019keh\u00e1:ka (Mohawks)&#8221; tab_id=&#8221;1503916059573-f8a4d0ef-24fd&#8221;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette histoire a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un <em>nous<\/em> pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce <em>nous<\/em> que l\u2019on veut crier, ce <em>nous <\/em>en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce <em>nous<\/em> que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nos cultures\u00a0se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones\u00a0: notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser\u00a0: cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci\u00a0: nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers;\u00a0il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien rude \u00e9tait cette vie. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre respect envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce respect. Il y a une mani\u00e8re et un temps\u00a0: avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la reproduction, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son r\u00f4le dans l\u2019univers et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la reproduction. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village\u00a0comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es,\u00a0et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de respect envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire. Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le tambour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le tambour pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos r\u00eaves redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le clan auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est intemporelle. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les po\u00e8mes. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s\u00a0: cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la transmission des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la transmission n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Les pow-wow\u00a0permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le pow-wow est un cadre d\u2019\u00e9change qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les pow-wow ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain nomadisme des connaissances, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu\u00a0 d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente\u00a0: elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient nous raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autrefois, nous \u00e9tions des \u00eatres autonomes. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p>Elle pouvait tout nommer\u00a0: les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le fragmentons pas en unit\u00e9s appel\u00e9es <em>secondes<\/em>, <em>minutes<\/em> et <em>heures<\/em>. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le <em>Temps indien<\/em>, l\u2019<em>Indian Time<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres\u00a0: de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire\u00a0: les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][vc_tta_section title=&#8221;Mi\u2019gmaqs (Micmacs)&#8221; tab_id=&#8221;1503916170892-7399136a-e0dd&#8221;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette histoire a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un <em>nous<\/em> pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce <em>nous<\/em> que l\u2019on veut crier, ce <em>nous <\/em>en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce <em>nous<\/em> que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nos cultures\u00a0se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones\u00a0: notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser\u00a0: cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci\u00a0: nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers;\u00a0il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien rude \u00e9tait cette vie. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre respect envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce respect. Il y a une mani\u00e8re et un temps\u00a0: avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la reproduction, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son r\u00f4le dans l\u2019univers et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la reproduction. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village\u00a0comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es,\u00a0et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de respect envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire. Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le tambour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le tambour pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos r\u00eaves redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le clan auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est intemporelle. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les po\u00e8mes. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s\u00a0: cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la transmission des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la transmission n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Les pow-wow\u00a0permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le pow-wow est un cadre d\u2019\u00e9change qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les pow-wow ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain nomadisme des connaissances, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu\u00a0 d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente\u00a0: elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient nous raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autrefois, nous \u00e9tions des \u00eatres autonomes. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p>Elle pouvait tout nommer\u00a0: les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le fragmentons pas en unit\u00e9s appel\u00e9es <em>secondes<\/em>, <em>minutes<\/em> et <em>heures<\/em>. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le <em>Temps indien<\/em>, l\u2019<em>Indian Time<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres\u00a0: de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire\u00a0: les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][vc_tta_section title=&#8221;Naskapis&#8221; tab_id=&#8221;1503916295143-7dd129cc-6705&#8243;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette histoire a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un <em>nous<\/em> pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce <em>nous<\/em> que l\u2019on veut crier, ce <em>nous <\/em>en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce <em>nous<\/em> que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nos cultures\u00a0se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones\u00a0: notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser\u00a0: cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci\u00a0: nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers;\u00a0il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien rude \u00e9tait cette vie. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre respect envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce respect. Il y a une mani\u00e8re et un temps\u00a0: avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la reproduction, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son r\u00f4le dans l\u2019univers et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la reproduction. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village\u00a0comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es,\u00a0et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de respect envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire. Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le tambour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le tambour pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos r\u00eaves redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le clan auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est intemporelle. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les po\u00e8mes. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s\u00a0: cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la transmission des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la transmission n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Les pow-wow\u00a0permettent de nous retrouver et de partager. Car tout ce qui les entoure poss\u00e8de un c\u00f4t\u00e9 sacr\u00e9, protecteur, personnel. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une folklorisation de la culture. Il n\u2019y a rien \u00e0 vendre, rien \u00e0 photographier. Tout est partage, d\u00e9monstration. Chaque objet constitue \u00e0 lui seul un signe, une puissance symbolique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le pow-wow est un cadre d\u2019\u00e9change qui permet une sorte de renaissance color\u00e9e de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les pow-wow ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain nomadisme des connaissances, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu\u00a0 d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente\u00a0: elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient nous raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autrefois, nous \u00e9tions des \u00eatres autonomes. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p>Elle pouvait tout nommer\u00a0: les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le fragmentons pas en unit\u00e9s appel\u00e9es <em>secondes<\/em>, <em>minutes<\/em> et <em>heures<\/em>. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le <em>Temps indien<\/em>, l\u2019<em>Indian Time<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres\u00a0: de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire\u00a0: les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][vc_tta_section title=&#8221;Waban-Aki (Ab\u00e9naquis)&#8221; tab_id=&#8221;1503916317287-4f81e43c-834a&#8221;][vc_column_text]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire. L\u2019histoire est blanche. Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. Quelques images, ici et l\u00e0, dans un manuel d\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9cois. Des Am\u00e9rindiens qui cultivent le ma\u00efs. Les autres, nomades, qui chassent et cueillent. Des peaux d\u2019animaux sur leurs \u00e9paules et des shamans gu\u00e9risseurs. Des tentes en forme de c\u00f4nes; d\u2019autres en demi-cercle. Et les maisons longues dans lesquelles on vivait par dizaines. L\u2019imaginaire reste plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 observer des modes de vie consid\u00e9rablement diff\u00e9rents des civilis\u00e9s. Souvent, l\u2019histoire ne nous en dit pas plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons regarder l\u2019histoire non plus comme une lointaine d\u00e9ception, mais plut\u00f4t comme faisant partie d\u2019elle, comme l\u2019ayant construite. L\u2019histoire que nous voulons vous raconter n\u2019est plus que blanche, elle se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, des mers et des hommes. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 regarder qui nous sommes et \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Cette histoire a des failles et elle a aussi des forces incroyables, une r\u00e9silience, une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Comme finalit\u00e9, un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voulons d\u00e9nouer l\u2019amn\u00e9sie collective. Dire. Partager. Nous inscrire dans le r\u00e9el. Traverser le temps. Accompagner la marche du monde. S\u2019ancrer dans l\u2019espace. Se recr\u00e9er un <em>nous<\/em> pour peupler les territoires du pr\u00e9sent, ces territoires qui nous ont faits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce <em>nous<\/em> que l\u2019on veut crier, ce <em>nous <\/em>en \u00e9bullition dans lequel nous portons tous les espoirs fragment\u00e9s. Ce <em>nous<\/em> que nous tentons d\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Revivre dans la mixit\u00e9 qui nous compose d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nos cultures\u00a0se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones\u00a0: notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser\u00a0: cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci\u00a0: nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers;\u00a0il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien rude \u00e9tait cette vie. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHASSEUR-CUEILLEUR<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pas les animaux. Notre respect envers eux a toujours \u00e9t\u00e9 inscrit dans nos mythes, dans nos r\u00e9cits et dans nos coutumes. C\u2019\u00e9tait un honneur pour nos anc\u00eatres de se nommer par des noms d\u2019animaux aux traits de caract\u00e8re similaires aux leurs. Nos habitudes de chasse parlent \u00e9galement de ce respect. Il y a une mani\u00e8re et un temps\u00a0: avec remerciements et offrandes \u00e0 la vie qui s\u2019offre pour servir la n\u00f4tre; jamais \u00e0 la saison de la reproduction, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la chasse sportive. L\u2019animal est conscient de son r\u00f4le dans l\u2019univers et du besoin que nous en avons; c\u2019est donc volontairement qu\u2019il vient vers le chasseur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La chasse et la p\u00eache sont encore aujourd\u2019hui des bases pour la survie de notre mode de vie traditionnel et constituent un apport essentiel de nourriture pour plusieurs familles. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chasse que survivent plusieurs pratiques artisanales, car la chasse fournit les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 leur r\u00e9alisation; c\u2019est pourquoi nous devons pr\u00e9server les ressources et prot\u00e9ger la reproduction. Pour nos communaut\u00e9s, \u00eatre un bon chasseur implique aussi, et surtout, la connaissance des m\u0153urs de l\u2019animal et l\u2019intelligence d\u2019en tenir compte pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le bon chasseur est aussi celui qui partage ses captures avec la communaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019arriv\u00e9e des cong\u00e9lateurs a chang\u00e9 nos pratiques en permettant la conservation de la viande \u00e0 plus long terme, le partage se fait encore aujourd\u2019hui, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle clanique ou familiale plut\u00f4t qu\u2019avec tout le village\u00a0comme autrefois. Ainsi, les a\u00een\u00e9s qui n\u2019ont plus d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 la chasse ne sont jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chez nous, rien ne se perd. Toutes les parties de l\u2019animal ont une destin\u00e9e et servent \u00e0 un usage, \u00e0 une pratique. Toute la viande du caribou ou de l\u2019orignal est bonne. Tout peut \u00eatre mang\u00e9. Comme les loups, nous ne laissons rien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, des parties sont jet\u00e9es parce que la vie en ville modifie nos pratiques. Les carcasses d\u2019animaux, souvent abandonn\u00e9es par des chasseurs, sont gaspill\u00e9es,\u00a0et cela nous heurte. Le fait d\u2019exhiber la t\u00eate d\u2019un orignal sur le capot de sa voiture en guise de troph\u00e9e \u00e9galement, puisqu\u2019\u00e0 nos yeux, cela d\u00e9montre un manque de respect envers l\u2019esprit de l\u2019animal, envers le don qu\u2019il a fait de sa vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SPIRITUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Entre la naissance et la mort, la vie n\u2019est qu\u2019un accessoire. Ce qui compte \u00e0 nos yeux, c\u2019est la survie de l\u2019esprit qui d\u00e9pend des proches qui doivent entretenir l\u2019esprit des disparus, entre autres par les liens que tisse avec eux le tambour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Utiliser cet instrument impose un respect particulier, impose une sobri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, porte dans son symbolisme la puret\u00e9 et le caract\u00e8re primordial des relations qui nous lient aux \u00eatres, au monde et aux esprits. Nous nous r\u00e9approprions cet organe qu\u2019est le tambour pour rester vivants. Nous frappons sa membrane pour qu\u2019enfin le sens de nos r\u00eaves redevienne compr\u00e9hensible \u00e0 travers le chaos de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Plusieurs se battent pour le rapatriement des ossements de nos anc\u00eatres conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es ou des universit\u00e9s. Nous voulons les ramener pr\u00e8s de nous, dans nos communaut\u00e9s, une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, puisqu\u2019il est impensable pour nous de les abandonner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRES, L\u00c9GENDES ET MYTHES FONDATEURS<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences des nations, les animaux nous rassemblent dans leur symbolique. Ils sont un langage commun du territoire. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on raconte l\u2019histoire de l\u2019ours, du loup, du porc-\u00e9pic, du corbeau et de la baleine dans plusieurs nations et selon des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours \u00e0 partir des connaissances et des pouvoirs attribu\u00e9s \u00e0 la b\u00eate.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Traditionnellement, plusieurs affirmaient que nous avions tous un anc\u00eatre animal et que celui-ci d\u00e9terminait le clan auquel nous appartenions, nous pr\u00eatant au passage ses aptitudes, sa force et cet enracinement bien particulier au territoire. Certaines l\u00e9gendes avan\u00e7aient de surcroit que nous d\u00e9pendions de l\u2019esprit des animaux chass\u00e9s pour survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les animaux sont, en quelque sorte, notre point d\u2019origine. Ils sont ceux qui, par leurs sacrifices et leurs enseignements, nous ont forg\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est intemporelle. Elle fait partie de l\u2019\u00e9poque hors du temps situ\u00e9e dans un espace vaporeux o\u00f9 sont tiss\u00e9s les r\u00eaves et les po\u00e8mes. La l\u00e9gende se souvient du temps o\u00f9 les animaux \u00e9taient les semblables des humains. Elle trouve tout naturel que les esprits apparaissent et disparaissent selon leur fantaisie, sans raison apparente. Elle n\u2019est pas rationnelle. Elle est color\u00e9e et fougueuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est vivante. Elle nous enseigne ce qu\u2019il faut savoir. Elle nous raconte nos cr\u00e9ateurs, h\u00e9ros surnaturels, amis, ennemis, et nous situe sur la terre et dans le ciel. La l\u00e9gende est l\u2019amie de l\u2019esprit, l\u2019alli\u00e9e de la sagesse, l\u2019assistante de la m\u00e9moire. Elle est tragique, comique, effrayante ou rassurante. Elle est philosophe, tricheuse, agitatrice, sans vergogne, spirituelle ou frivole. Elle a toutes les qualit\u00e9s et tous les d\u00e9fauts du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende est essentielle. On ne saurait vivre sans l\u2019euphorie, la surprise, la tristesse et les connaissances que nous procurent ces histoires. Elles mettent le monde en r\u00e9cit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Multiples comme les arbres de la for\u00eat, les mythes de la cr\u00e9ation du monde sont nombreux et se d\u00e9clinent en plusieurs versions. Tout en \u00e9tant diff\u00e9rents, ils se ressemblent. Chaque nation, chaque communaut\u00e9, chaque famille a sa version.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les sujets de l\u00e9gendes sont vari\u00e9s\u00a0: cr\u00e9ation des plan\u00e8tes et de la Terre; conflits et guerres; amour, luxure, gourmandise, paresse, fripouilleries et chapardage; fant\u00f4mes et cr\u00e9atures monstrueuses; m\u00e9chants sorciers ou gu\u00e9risseurs d\u00e9vou\u00e9s; animaux bienfaiteurs ou nuisibles, plantes nourrici\u00e8res et m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes nous rappellent qui nous sommes et de quelle culture nous sommes issus. En plus de donner des le\u00e7ons de vie, elles \u00e9duquent sur les interdits en \u00e9tablissant ce qui \u00e9tait permis ou inacceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9DUCATION ET TRANSMISSION<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 la transmission des savoirs \u00e9tait naturelle et le principe de survie, plus fort que tout. Pour apprendre \u00e0 vivre dans les bois et sous les tentes, il fallait apprendre \u00e0 tanner la peau du caribou, \u00e0 tresser des raquettes, \u00e0 p\u00eacher au harpon, \u00e0 faire cuire du pain dans la cendre. C\u2019\u00e9tait par l\u2019exemple qu\u2019on \u00e9duquait les enfants. C\u2019\u00e9tait en observant qu\u2019ils apprenaient. Parce que tout ceci \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La reconnaissance du r\u00f4le de sage ou d\u2019a\u00een\u00e9 ne va pas n\u00e9cessairement avec l\u2019\u00e2ge. Nos sages sont des passeurs d\u2019histoires, de r\u00e9cits, de traditions. Ils sont les gardiens de notre culture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les enfants tiennent \u00e9galement une place importante dans nos soci\u00e9t\u00e9s dont la coh\u00e9sion est assur\u00e9e par le respect plut\u00f4t que par l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est avec leurs parents que les jeunes apprennent, en vivant la m\u00eame exp\u00e9rience qu\u2019eux et en d\u00e9couvrant par eux-m\u00eames pourquoi il faut ob\u00e9ir. Le r\u00f4le du parent est de guider, sans imposer, pour ne pas interf\u00e9rer avec les esprits qui guident \u00e9galement l\u2019enfant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par la cr\u00e9ation des r\u00e9serves, par le soudain changement de mode de vie, ces savoirs sont devenus accessoires. Et puisque l\u2019\u00e9cole \u00e9tait celle de la vie, la transmission n\u2019avait plus de support, ni dans la pratique, ni dans la fonction directe des choses \u00e0 fabriquer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle \u00e9tait beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que celle pratiqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens \u00e0 leur arriv\u00e9e, et le choc des pensionnats a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus grand pour nos enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>RETOUR AUX SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>Il s\u2019y produit un bouillonnement, un amalgame de savoirs, de signes et de symboles que les diff\u00e9rentes nations se transmettent. Les pow-wow ainsi que cette dimension de partage des savoirs sont intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Pour renouer avec des pratiques trop longtemps laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9largissement des fronti\u00e8res de connaissances devient n\u00e9cessairement une question de survivance culturelle. Ces \u00e9v\u00e8nements se veulent donc des v\u00e9hicules permettant un certain nomadisme des connaissances, comme ils permettent \u00e0 bon nombre de gens de retrouver et d\u2019assumer ce lien perdu\u00a0 d\u2019une identit\u00e9 commune. Les nations se m\u00e9langent, se racontent les unes les autres et apportent ainsi, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, des traditions sp\u00e9cifiques, une sagesse riche et irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9galias t\u00e9moignent de cette passion, de cette fiert\u00e9 et du d\u00e9sir d\u2019appartenance. \u00c0 travers leur confection et leur port rituel, nos jeunes se red\u00e9couvrent, s\u2019identifient, se spiritualisent, donnent un sens \u00e0 leur existence et \u00e0 leur diff\u00e9rence, un sens qui se passe de mots, qui \u00e9merge dans le faire, dans la praxis. Ce retour aux pratiques ancestrales, comme les danses et les chants de tambour, est encore une fois intimement li\u00e9 \u00e0 la communion des \u00eatres et des esprits, au respect de la vie comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute r\u00e9flexion sur le monde et sur la place qu\u2019on y tient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00caTRE ENSEMBLE<\/strong><\/p>\n<p>Avant la cr\u00e9ation des bandes, il y avait des clans familiaux. Pour cohabiter en clans, il fallait un chef, des m\u00e8res de clans, un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique. Car pour survivre, il fallait \u00eatre ensemble. L\u2019esprit communautaire n\u2019\u00e9tait pas une valeur incidente\u00a0: elle \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations. Comme l\u2019entraide entre petits et grands. Comme le partage entre pauvres et riches. Comme le travail ardu en temps de famine. Les anc\u00eatres, s\u2019ils pouvaient nous raconter leur vie, diraient sans doute qu\u2019ils n\u2019avaient pas le choix, que c\u2019\u00e9tait ainsi que \u00e7a se passait. Chaque r\u00f4le \u00e9tait \u00e9tabli pour la survivance. L\u2019homme \u00e9tait le pourvoyeur, le chasseur, le protecteur. Il puisait dans les labeurs de tous les jours la fiert\u00e9 et le contentement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chasseurs, il y avait les m\u00e8res de clans. Des femmes d\u2019autorit\u00e9. Elles \u00e9duquaient, elles ordonnaient. Elles ont fait cuire le pain et nourri leur famille. Pendant que les hommes partaient de longues p\u00e9riodes, elles assuraient la survie des leurs, faisaient face aux querelles, rendaient justice. Tout le jour, elles s\u2019assuraient que les leurs aillent bien. Jusque dans la nuit, elles en prenaient soin. Ces grands-m\u00e8res vieilles de 100 ans. Ces m\u00e8res \u00e0 peine pub\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autrefois, nous \u00e9tions des \u00eatres autonomes. Les femmes accouchaient sous les tentes. Les familles \u00e9taient autosuffisantes. La viande \u00e9tait abondante par p\u00e9riode. L\u2019autonomie reposait sur les connaissances acquises des si\u00e8cles pass\u00e9s. Libres de penser. Libres d\u2019agir. Avec comme seul imp\u00e9ratif la survie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le lien familial \u00e9tait le noyau de nos nations, la base sur laquelle on se construisait. La famille \u00e9tait le cercle resserr\u00e9 par lequel on faisait grandir le peuple.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait avant les r\u00e9serves, avant l\u2019assimilation, avant les pensionnats. \u00c0 un certain moment, il y a eu une brisure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p>Elle pouvait tout nommer\u00a0: les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la po\u00e9sie et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est n\u00e9cessaire et primordiale, car la litt\u00e9rature d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa po\u00e9sie. Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la po\u00e9sie, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la modernit\u00e9, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la litt\u00e9rature autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>NOTION DE TEMPS<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne croyons pas poss\u00e9der le temps. Ne le fragmentons pas en unit\u00e9s appel\u00e9es <em>secondes<\/em>, <em>minutes<\/em> et <em>heures<\/em>. Ce sont de plus grands cycles qui r\u00e8glent nos vies, les passages du jour \u00e0 la nuit, les saisons, les cycles de vie et de mort. Nous n\u2019avions pas de montre autrefois. Nous prenions le temps n\u00e9cessaire pour chaque activit\u00e9. Un voyage avec de jeunes enfants \u00e9tait plus long. On montait le campement l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait rendu. C\u2019est ce que plusieurs appellent le <em>Temps indien<\/em>, l\u2019<em>Indian Time<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette notion du temps, vu comme un mouvement continu, long et lent, cr\u00e9e parfois une rencontre difficile entre nos cultures r\u00e9ciproques. Alors que la vie moderne cherche \u00e0 le contr\u00f4ler par additions et soustractions, nous sommes le temps, nous voguons avec lui. Tous nos mythes expriment une conception d\u2019un monde \u00e0 partager o\u00f9 tout est en relation et o\u00f9 tout baigne dans un temps universel dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur sont imbriqu\u00e9s, puisque tout ce qui arrive, m\u00eame aux plus petits \u00e9l\u00e9ments de ce monde, a un impact sur les autres\u00a0: de l\u2019explosion d\u2019un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire au Japon, si loin, aux op\u00e9rations mini\u00e8res locales, si pr\u00e8s, les impacts toucheront plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, sept selon nos philosophies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CHEMIN<\/strong><\/p>\n<p>Le pass\u00e9 nous raconte une histoire\u00a0: les brutales transformations des Premiers Peuples, du nomadisme \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9, de l\u2019autosuffisance \u00e0 la d\u00e9pendance, de la fiert\u00e9 \u00e0 la honte. Cette histoire, puisqu\u2019elle est \u00e9crite dans le temps, ne peut s\u2019effacer. Elle existe pour nous rappeler que la mentalit\u00e9 colonisatrice peut d\u00e9truire des identit\u00e9s, des nations, des humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut parler de l\u2019incapacit\u00e9 de cet esprit colonialiste \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable rencontre avec la pens\u00e9e de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette histoire, construite par des morceaux de m\u00e9moire, nous montre \u00e0 quel point l\u2019humain est un \u00eatre r\u00e9silient. M\u00eame dans la perte et la souffrance, il est capable de survivre, capable de se relever, de se remodeler, de rena\u00eetre. Capable de retrouver son chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 et la diversit\u00e9 du r\u00e9el, nous sommes debout \u00e0 l\u2019intersection des cultures. Notre identit\u00e9 pr\u00e9sente se situe l\u00e0, dans cet entrem\u00ealement des possibles, dans cette richesse de m\u00e9tissage que sous-tend une culture vivante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00catre [et l\u2019art] autochtone est donc en devenir. Il est en dialogue, ouvert au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9change, tout en restant bien ancr\u00e9 dans ses traditions. C\u2019est peut-\u00eatre dans le d\u00e9passement de ce dualisme que r\u00e9side son avenir.[\/vc_column_text][\/vc_tta_section][\/vc_tta_accordion][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text] PROLOGUE Le pass\u00e9 nous raconte une histoire. L\u2019histoire est blanche Elle transpire la soumission. La mentalit\u00e9 colonisatrice devant une sauvagerie, comme ils disent. 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