{"id":464,"date":"2017-04-17T10:22:50","date_gmt":"2017-04-17T14:22:50","guid":{"rendered":"https:\/\/voixmultiples.com\/?page_id=464\/"},"modified":"2017-09-10T06:09:33","modified_gmt":"2017-09-10T10:09:33","slug":"10-langue","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/waban-aki-abenaquis\/10-langue\/","title":{"rendered":"10 &#8211; Langue"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LANGUE<\/strong><\/p>\n<p><a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"En fait, selon moi, toutes les langues peuvent tout nommer, par d\u00e9finition. Par contre, on peut avancer que les langues autochtones sont plus descriptives que les langues occidentales. Elles permettent d\u2019\u00eatre plus pr\u00e9cis quand on parle. Dans plusieurs langues occidentales, par exemple en fran\u00e7ais, on peut cr\u00e9er de nouveaux mots en combinant des racines grecques ou latines, alors qu\u2019en ab\u00e9naquis, comme dans d\u2019autres langues algonquiennes, nous puisons directement dans des racines de la langue m\u00eame. Dans les langues autochtones, on compose des mots par combinaison de racines existants d\u00e9j\u00e0 dans la langue et d\u2019autres mots; on agglom\u00e8re ces racines pour exprimer autant de r\u00e9alit\u00e9s que n\u00e9cessaires. En connaissant une certaine \u00ab banque \u00bb de racines dans les langues autochtones, on peut parler d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s n\u2019importe quoi, on peut tout inventer. Chaque individu peut avoir sa mani\u00e8re d\u2019exprimer quelque chose, et parfois apparaissent au sein d\u2019un groupe certaines conventions. Par exemple, quelqu\u2019un qui ne conna\u00eetrait pas le mot pour \u00ab fraise \u00bb mais conna\u00eetrait bien les racines ab\u00e9naquises pourrait dire mkwimen, \u00ab petit fruit rouge \u00bb, et son interlocuteur comprendrait \u00e0 quoi il fait r\u00e9f\u00e9rence mais lui signifierait que pour \u00e9viter la confusion avec d\u2019autres petits fruits rouges, mskikwimens, \u00ab le petit fruit rouge dans le gazon \u00bb est le mot employ\u00e9 pour la d\u00e9crire.\">Elle pouvait tout nommer<\/a> : les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui font mal; les neiges mouill\u00e9es et les poudreries; le vent du nord, violent, incessant; la brise calme des mers, au petit matin, lorsqu\u2019il fait presque nuit. Les langues pouvaient nommer chaque chose de la Terre, chaque \u00e9motion de l\u2019humain.<\/p>\n<p>Ce sont des langues anciennes qui nous rappellent un temps lointain et dont la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concepts pour \u00e9voquer la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tradition orale, la \u00ab po\u00e9sie \u00bb se trouve ailleurs. Elle se remarque dans la mani\u00e8re dont on va exprimer les choses, dans les images utilis\u00e9es pour ce faire, et aussi dans la mani\u00e8re dont les phrases vont \u00eatre construites. Dans la langue ab\u00e9naquise, il faut que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents, pour exprimer une r\u00e9alit\u00e9, sans obligation de respecter un ordre sp\u00e9cifique. La \u00ab po\u00e9sie \u00bb peut ainsi appara\u00eetre dans la mani\u00e8re de structurer une phrase; cette phrase peut vouloir\/pouvoir dire plusieurs choses en m\u00eame temps. C\u2019est une \u00ab po\u00e9sie \u00bb imag\u00e9e.\">po\u00e9sie<\/a> et le rythme sont autant d\u2019inspirations que la nature en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concepts pour \u00e9voquer la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tradition orale, la \u00ab po\u00e9sie \u00bb se trouve ailleurs. Elle se remarque dans la mani\u00e8re dont on va exprimer les choses, dans les images utilis\u00e9es pour ce faire, et aussi dans la mani\u00e8re dont les phrases vont \u00eatre construites. Dans la langue ab\u00e9naquise, il faut que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents, pour exprimer une r\u00e9alit\u00e9, sans obligation de respecter un ordre sp\u00e9cifique. La \u00ab po\u00e9sie \u00bb peut ainsi appara\u00eetre dans la mani\u00e8re de structurer une phrase; cette phrase peut vouloir\/pouvoir dire plusieurs choses en m\u00eame temps. C\u2019est une \u00ab po\u00e9sie \u00bb imag\u00e9e.\">po\u00e9sie<\/a> est n\u00e9cessaire et primordiale, car la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de mots pour le concept de \u00ab litt\u00e9rature \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise; il s\u2019agit avant tout d\u2019une culture \u00e0 tradition orale. R\u00e9cemment, un nouveau courant de litt\u00e9rature autochtone a \u00e9merg\u00e9, mais ne concerne pas toutes les nations autochtones du Qu\u00e9bec dans une m\u00eame mesure. Pour les Ab\u00e9naquis, le plus r\u00e9cent remonte aux ann\u00e9es 1930 pour trouver une certaine forme de litt\u00e9rature en langue ab\u00e9naquise, avec Henry Lorne Masta (auteur de Abenaki Indian Legends, Grammar and Place Names). Par contre, certains auteurs ab\u00e9naquis, plus r\u00e9cemment, ont cr\u00e9\u00e9 des \u0153uvres litt\u00e9raires en utilisant la langue fran\u00e7aise ou anglaise.\">litt\u00e9rature<\/a> d\u2019un peuple commence par l\u2019oralit\u00e9 de sa <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concepts pour \u00e9voquer la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tradition orale, la \u00ab po\u00e9sie \u00bb se trouve ailleurs. Elle se remarque dans la mani\u00e8re dont on va exprimer les choses, dans les images utilis\u00e9es pour ce faire, et aussi dans la mani\u00e8re dont les phrases vont \u00eatre construites. Dans la langue ab\u00e9naquise, il faut que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents, pour exprimer une r\u00e9alit\u00e9, sans obligation de respecter un ordre sp\u00e9cifique. La \u00ab po\u00e9sie \u00bb peut ainsi appara\u00eetre dans la mani\u00e8re de structurer une phrase; cette phrase peut vouloir\/pouvoir dire plusieurs choses en m\u00eame temps. C\u2019est une \u00ab po\u00e9sie \u00bb imag\u00e9e.\">po\u00e9sie<\/a>.Elle est un \u00e9lan vital qui te saisit par le ventre, qui tiraille au fond de la gorge. Elle est un territoire de mots en friche qui n\u2019attendent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9couverts puis diss\u00e9min\u00e9s au gr\u00e9 du vent. Nous en sommes l\u00e0. Dire le beau. Dire le vrai. Dire le monde. Participer, avec notre regard singulier, \u00e0 cette belle et grande narration, \u00e0 cette richesse de perspectives.<\/p>\n<p>Avec les mots, nous retrouvons et partageons la beaut\u00e9 qui nous entoure, les histoires et le regard particulier sur le monde qu\u2019apporte chaque langue; toutes ces particularit\u00e9s qui nous font na\u00eetre et qui nous forment sur le plan identitaire. Pour nous, la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concepts pour \u00e9voquer la \u00ab po\u00e9sie \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tradition orale, la \u00ab po\u00e9sie \u00bb se trouve ailleurs. Elle se remarque dans la mani\u00e8re dont on va exprimer les choses, dans les images utilis\u00e9es pour ce faire, et aussi dans la mani\u00e8re dont les phrases vont \u00eatre construites. Dans la langue ab\u00e9naquise, il faut que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents, pour exprimer une r\u00e9alit\u00e9, sans obligation de respecter un ordre sp\u00e9cifique. La \u00ab po\u00e9sie \u00bb peut ainsi appara\u00eetre dans la mani\u00e8re de structurer une phrase; cette phrase peut vouloir\/pouvoir dire plusieurs choses en m\u00eame temps. C\u2019est une \u00ab po\u00e9sie \u00bb imag\u00e9e.\">po\u00e9sie<\/a>, la langue de l\u2019observation, coule de source, va de soi. C\u2019est elle qui permet de d\u00e9chiffrer le r\u00e9el de la mani\u00e8re la plus fluide et la plus organique qui soit.<\/p>\n<p>Les langues autochtones nous racontent notre histoire, les endroits o\u00f9 nos anc\u00eatres ont march\u00e9. Elles sont cependant dans l\u2019incapacit\u00e9 de nommer toute la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de concept pour la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb; je l\u2019ai exprim\u00e9 comme \u00ab les nouveaux outils que les Blancs fabriquent \u00e0 tous les jours \u00bb.\">Modernit\u00e9<\/a>, tous les changements brusques et rapides.<\/p>\n<p>Les langues autochtones s\u2019\u00e9crivent peu, comme elles se lisent par un petit nombre seulement. Elles \u00e9taient des langues pratiques, cr\u00e9\u00e9es pour nommer la fonction des choses. Elles n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour l\u2019\u00e9criture, mais plut\u00f4t pour le chant et les discours. Ces deux arts sont les mieux ma\u00eetris\u00e9s encore aujourd\u2019hui. Dans la <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de mots pour le concept de \u00ab litt\u00e9rature \u00bb dans la langue ab\u00e9naquise; il s\u2019agit avant tout d\u2019une culture \u00e0 tradition orale. R\u00e9cemment, un nouveau courant de litt\u00e9rature autochtone a \u00e9merg\u00e9, mais ne concerne pas toutes les nations autochtones du Qu\u00e9bec dans une m\u00eame mesure. Pour les Ab\u00e9naquis, le plus r\u00e9cent remonte aux ann\u00e9es 1930 pour trouver une certaine forme de litt\u00e9rature en langue ab\u00e9naquise, avec Henry Lorne Masta (auteur de Abenaki Indian Legends, Grammar and Place Names). Par contre, certains auteurs ab\u00e9naquis, plus r\u00e9cemment, ont cr\u00e9\u00e9 des \u0153uvres litt\u00e9raires en utilisant la langue fran\u00e7aise ou anglaise.\">litt\u00e9rature<\/a> autochtone nouvelle, on se sert des langues maternelles pour recr\u00e9er le temps des anc\u00eatres, pour renouveler le regard sur leurs gestes, pour po\u00e9tiser la grandeur de la nature. Chaque mot renferme une imagerie puissante et vraie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA LANGUE Elle pouvait tout nommer : les montagnes et les rivi\u00e8res; les bois tendres, mous ou durs; les baies sauvages comestibles ou celles qui&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":993,"parent":137,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"temp-side-by-side-separate.php","meta":[],"categories":[5],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/464"}],"collection":[{"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=464"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/464\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2167,"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/464\/revisions\/2167"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/137"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/993"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}