{"id":433,"date":"2017-04-17T10:19:17","date_gmt":"2017-04-17T14:19:17","guid":{"rendered":"https:\/\/voixmultiples.com\/?page_id=433\/"},"modified":"2018-05-06T15:13:14","modified_gmt":"2018-05-06T19:13:14","slug":"03-territoire","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/voixmultiples.com\/fr\/naskapis\/03-territoire\/","title":{"rendered":"03 &#8211; Territoire"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Je crois que si on saisit la nature des c\u00e9r\u00e9monies et notre lien avec l\u2019ensemble, c\u2019est surnaturel et c\u2019est vrai. Quand on parlait sommairement des c\u00e9r\u00e9monies, on oubliait qu\u2019elles \u00e9taient primordiales.\">Le lien qui unit nos nations \u00e0 la nature<\/a> fait partie de ceux-l\u00e0. On pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de l\u2019imaginaire, de l\u2019inconscience sauvage et na\u00efve des Premiers Peuples. Toutefois, ces liens sont bien r\u00e9els, impr\u00e9gn\u00e9s dans l\u2019histoire et dans la vie ancienne des nomades.<\/p>\n<p>Nos cultures se lisent dans notre attachement \u00e0 nos modes de vie traditionnels, et dans nos fa\u00e7ons de vivre et de penser. Les valeurs comme le respect, l\u2019entraide et le partage sont au centre de nos collectivit\u00e9s, et plusieurs mots de nos langues en t\u00e9moignent. Auparavant, les gens \u00e9taient unis par l\u2019esprit communautaire. Il n\u2019y avait pas de vie possible sans lui. Nous avons \u00e9tabli nos lieux de vie traditionnels avec nos proches, l\u00e0 o\u00f9 nous d\u00e9sirions voir nos enfants grandir, l\u00e0 o\u00f9 nous nous sentions li\u00e9s et en harmonie avec un lieu. Mais m\u00eame si nous n\u2019habitons plus le territoire traditionnel, il est en nous, ancr\u00e9 par des mill\u00e9naires d\u2019occupation.<\/p>\n<p>Le territoire est le berceau des nations autochtones : notre culture, notre histoire, notre langue, notre spiritualit\u00e9, notre mode de vie ainsi que notre identit\u00e9 ne font qu\u2019un avec lui. Le territoire est tradition et coutumes. De nos jours, nous occupons ce territoire autrement, mais c\u2019est l\u00e0 que nous puisons notre force, notre courage et notre pers\u00e9v\u00e9rance pour continuer \u00e0 d\u00e9fendre nos droits, notre langue, notre culture et nos propres fa\u00e7ons de faire.<\/p>\n<p>Ultimement, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule constante, ce serait probablement cette chose toute simple que, plus que tout au monde, nous tentons de transmettre et de p\u00e9renniser : cette forme de sensibilit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments naturels et \u00e0 cette relation \u00e9troite qu\u2019elles entretiennent avec l\u2019\u00e9quilibre du grand tout, dans cet immense cercle dans lequel nous \u00e9voluons tous, nature, hommes ou b\u00eates.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il \u00e9tait donc pour nous insens\u00e9 de penser poss\u00e9der les choses, la terre, les \u00e9l\u00e9ments. Nous nous percevons comme une composante de l\u2019univers et non comme une entit\u00e9 distincte au sein de celui-ci : nous n\u2019avons aucun pouvoir sur les autres composantes, sauf celui de n\u00e9gocier avec elles notre place et nos relations. Aucun \u00eatre vivant n\u2019est sup\u00e9rieur aux autres. Chacun est essentiel l\u00e0 o\u00f9 il est. L\u2019eau et la terre ne nous appartiennent pas, tout comme les ceintures de wampum n\u2019appartiennent pas \u00e0 leur gardien. Le mandat de ce dernier est de les prot\u00e9ger et de les transmettre.<\/p>\n<p>Pour nous, aller dans le bois, c\u2019est entrer dans notre maison. Le territoire, dans sa totalit\u00e9, nous sert d\u2019abri, de pharmacie, de garde-manger. Nous pouvons vivre dans et avec ce territoire. Notre identit\u00e9 y est profond\u00e9ment li\u00e9e; c\u2019est pourquoi <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"Pendant des si\u00e8cles, les autochtones ont dit \u00ab\u2009ralentissez, vous allez faire mal \u00e0 la Terre\u2009\u00bb. Nous en sommes rendus au point o\u00f9 le r\u00e9chauffement climatique est devenu r\u00e9alit\u00e9. L\u2019ironie du sort, c\u2019est que les blancs poss\u00e8dent la science qui les rend en mesure de confirmer que la Terre se r\u00e9chauffe, que la calotte glaciaire est en train de fondre. \u00c7a fait des si\u00e8cles que les autochtones le disent. On prend maintenant conscience qu\u2019on est tous dans le m\u00eame bateau. R\u00e9cemment, la science a confirm\u00e9 que la c\u00e9r\u00e9monie de la fum\u00e9e purifie l\u2019air. On le savait aussi\u2009! Un a\u00een\u00e9 m\u2019a confi\u00e9 qu\u2019un des plus grands crimes de l\u2019humanit\u00e9 est d\u2019avoir vol\u00e9 le savoir des esprits. La science appartient aux esprits. Ils l\u2019ont cr\u00e9\u00e9e et nous leur avons vol\u00e9e pour l\u2019utiliser \u00e0 mauvais escient. J\u2019ai trouv\u00e9 que \u00e7a donnait froid dans le dos de penser que plut\u00f4t que de repr\u00e9senter le progr\u00e8s, la science \u00e9tait en fait un vol de savoir auquel on n\u2019avait pas droit en tant qu\u2019\u00eatres humains. C\u2019est un long d\u00e9bat sur le monde spirituel.\">la protection de l\u2019environnement<\/a> et l\u2019importance de l\u2019eau sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans nos traditions. Le territoire est une ressource vitale pour nous, non seulement pour la nourriture et pour les mati\u00e8res premi\u00e8res, mais \u00e9galement parce que notre m\u00e9decine traditionnelle utilise certaines parties animales. Les cours d\u2019eau sont nos routes et nos garde-mangers; il faut donc en prendre grand soin.<\/p>\n<p>Il est facile d\u2019oublier combien <a class=\"lightbox_trigger\" href=\"#\" data-description=\"\u00c0 l\u2019\u00e9poque, quand on voulait chauffer la maison, il fallait aller chercher le bois et le couper, qu\u2019on ait les outils ou pas. Il fallait ensuite faire le feu pour r\u00e9chauffer la maison. Aujourd\u2019hui, on tourne un bouton, un thermom\u00e8tre. Aucun travail n\u2019est requis. On ne peut donc pas pr\u00e9tendre qu\u2019on survit. Les gens s\u2019entraidaient. Ils ne consommaient et ne gaspillaient pas autant. Par contre, m\u00eame pour ma g\u00e9n\u00e9ration, qui a v\u00e9cu dans des maisons bo\u00eetes d\u2019allumettes et sans eau courante, on ne peut pas tenir les choses pour acquises.\">rude \u00e9tait cette vie<\/a>. \u00c9puisante, \u00e9reintante. Une continuelle course \u00e0 la subsistance. Les besoins primaires parfois difficiles \u00e0 combler. L\u2019hiver aride et les famines qui se succ\u00e8dent. Le froid qui mord et qui tue les faibles. Les b\u00e9b\u00e9s qui meurent apr\u00e8s leur premier souffle \u00e0 cause des pi\u00e8tres conditions d\u2019hygi\u00e8ne et les m\u00e8res qui s\u2019\u00e9teignent en donnant la vie, en laissant des orphelins. Les maladies inconnues qui emportent des familles enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fou pour d\u00e9sirer le retour en arri\u00e8re, vivre comme les anc\u00eatres. Et il faudrait \u00eatre ignorant pour ne pas saisir toute la grandeur de leur accomplissement. De leurs souffrances et de leur survivance, nous sommes les h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>Cette for\u00eat, elle \u00e9tait habit\u00e9e depuis un temps qui d\u00e9passe les 400 ans d\u2019histoire occidentale, depuis un temps qui se compte par mill\u00e9naires. La for\u00eat parcourue d\u2019une montagne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un ruisseau \u00e0 une rivi\u00e8re. Leur combat, leur vie et leurs difficult\u00e9s nous auront servi de guide. C\u2019est parce qu\u2019ils ont march\u00e9 et habit\u00e9 les for\u00eats sauvages qu\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons y aller pour nous recentrer. C\u2019est parce qu\u2019ils ont port\u00e9, ram\u00e9 et tu\u00e9 l\u2019animal que nous sommes encore habitants de ces territoires. Et lorsqu\u2019il nous arrive, durant les vacances d\u2019hiver, de prendre le train, de regarder filer les horizons enneig\u00e9s, d\u2019habiter quelques jours le silence \u00e9loign\u00e9; lorsqu\u2019il nous arrive, en pleine temp\u00eate, de rester dans la cabane de bois, il ne faudrait jamais, en aucun cas, oublier de qui nous sommes les descendants, ceux qui nous auront permis d\u2019aimer notre territoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE TERRITOIRE Il y a des liens difficiles \u00e0 briser, des arbres centenaires, enracin\u00e9s et r\u00e9sistants, impossibles \u00e0 tuer. 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